CHAPITRE PREMIER
dans son voyage à Rome et écrivit plus tard sa vie 1 ) . Hugue de Flavigny devait ses renseignements à l’abbé de Sainte- Vanne. Que les historiens grecs gardent sur cette question un silence absolu, rien d’étonnant, puisqu’il s’agit pour eux d un échec. Mais cet événement frappa l’imagination des Latins et la colère qu’il excita montre que toute querelle n’était pas encore apaisée entre les deux Églises : ni Constantinople ne renonçait complètement à l’espoir de reconquérir l'autonomie religieuse que Photius avait voulu lui donner, ni Rome n’était décidée à faire fléchir le moindre de ses principes.
Plusieurs faits montrent que si cette persévérance des deux adversaires ne produisait pas de résultats éclatants, elle n’était pas endormie pour cela. A plusieurs reprises, patriarches et empereurs eurent l’occasion de ressaisir le terrain perdu depuis Photius; jamais ils ne la laissèrent passer. Si la lutte n’était pas ouverte, elle se manifestait pourtant par des heurts et des déclarations d’intransigeance sur les principes qui, pour être des attaques dérobées, n'en étaient pas moins dangereuses.
Ainsi Photius avait soulevé la question de la juridiction de l’Eglise romaine dans l’Italie méridionale et chez les Bulgares et ce conflit de territoire 'avait excité les passions de l’Église d’Orient bien plus que l’adjonction du Filioque au symbole ou la question du baptême par immersion. En principe, les Grecs avaient éprouvé un échec notable, mais de fait ils ne tardèrent pas à reprendre les concessions qui leur avaient été arrachées. Grâce aux fondations d’églises et de monastères, l’hellénisme fut vainqueur en Italie et en Bulgarie ; il restait à consacrer sa victoire et ce fut l’œuvre des deux empereurs Nicéphore Phocas et Basile II.
Déjà l’E glise grecque était toute puissante dans une grande partie de l’Italie méridionale, depuis qu’au vme siècle, Léon l’Isaurien avait rattaché au patriarcat de Constantinople les
1. Vie de Guillaume, abbé de Saint-Bénigne (Mabillon, Acta O. S. B., VIum saecul.).
évêchés de Calabre et de la Terre d’Otrante l. Malgré leurs protestations, les papes avaient dû accepter cette diminution d’autorité. Nicéphore Phocas acheva de hâter l’expansion de l’Eglise grecque d’Italie en accomplissant la même œuvre pour l’Apulie. Désormais l’usage du latin y fut interdit dans toutes les cérémonies religieuses et le grec devint la seule langue ecclésiastique. Mesure bien plus grave encore, il ordonna, de sa propre autorité, au patriarche de Constantinople, d’élever au rang d’archevêque l’évêque d’Otrante et d’en faire le métropolitain de toute l’Apulie 2. Nous ne possédons pas la novelle qui établit ces changements importants, mais ils sont attestés par Luitprand, archevêque de Crémone, qui se plaint, dans le récit de son ambassade, de ce qu’il regarde comme une usurpation : double usurpation, en effet, puisque, non seulement de nouveaux territoires étaient enlevés à l’Egîise latine, mais encore la hiérarchie ecclésiastique était modifiée sans l’autorisation du pape : en fait, Nicéphore Phocas agissait comme si l’Eglise grecque eût été autonome.
Telle fut aussi la conduite de Basile II à l’égard de la Bulgarie. Après avoir fait la conquête de ce territoire et l’avoir annexé à l’Empire, il résolut de trancher, une fois pour toutes, le litige entre Borne et Constantinople, en supprimant les fonctions du patriarche bulgare et en le remplaçant par un simple archevêque, suffragant du patriarche de Byzance. Les novelles rendues en Tannée 1020 placèrent à la tête de la Bulgarie, le moine Jean, qui établit son siège à Achrida 3; il eut sous ses ordres toute une hiérarchie épiscopale, mais désormais la Bulgarie fut rattachée à Constantinople et gouvernée par des archevêques de race grecque. Le successeur de Jean, Léon, appartenait au clergé de Constantinople;