Voir sa lettre à Michel Cerularius
Orientaux pénétraient même en Occident et la situation de l’Italie, où les uns et les autres se heurtaient sans cesse, les forçait à se fréquenter et à échanger leurs idées sur les divergences qui les séparaient. Ces idées étaient-elles conformes à celles des princes et des prélats qui dirigeaient la politique? Existait-il dans la masse des fidèles une tendance au schisme? Tous les témoignages montrent le contraire. Autant les déclarations des puissances portent la marque de la raideur et de l’intransigeance, autant les rapports entre les fidèles sont remplis d’une douceur, disons le mot, d’une tolérance et d'une charité vraiment chrétiennes.
Et d’abord, en parcourant les textes de cette époque, on est frappé du respect que chacune des deux Églises témoignait pour le culte de l’autre. Raoul Glaber, blâmant la coutume qu’avaient les fidèles de cracher dans les églises, vantait à ses compatriotes la conduite toute opposée des Grecs et leur respect pour les règles ecclésiastiques *. Des églises latines et des monastères latins existaient dans l’empire d’Orient : les empereurs les prenaient sous leur sauvegarde. L’un des monastères du mont Athos était peuplé par des habitants d’Amalfi ; les moines latins n’ignoraient pas sa réputation et l’on vit un moine du mont Cassin, qui fut plus tard abbé de son monastère sous le nom de Jean III, s’exiler volontairement pour fuir le gouvernement d’un abbé simoniaque et, après avoir passé six ans dans un monastère du Sinaï, venir se réfugier au milieu de la communauté de la Sainte-Montagne. Son biographe raconte qu’il avait résolu d’y finir ses jours, quand une vision l’engagea à revenir dans son pays1 2. Et dans le « Typicon » de Constantin Monomaque, rédigé en 1045 pour le mont Athos, il était question du navire que les religieux de ce monastère devaient toujours tenir prêt pour leurs voyages à Byzance 3
1. Raoul Glaber, V, 1, 7 : « apud Græcos ubi semper ténor ecclesiasticus cautissime viguit. »