CHAPITRE PREMIER
Dans la 'Ville Impériale aussi, il existait, depuis fort longtemps, des églises latines, dans lesquelles le rite latin était exercé avec la plus entière liberté. Certains monastères avaient même, autrefois, appartenu aux papes en toute propriété, car dans une lettre adressée par le pape Jean VIII à l’empereur Basile Ier à la fin du ixe siècle, ce pape félicitait et remerciait l’empereur d’avoir restitué à l’Eglise romaine une de ses plus anciennes possessions, le monastère Saint- Serge *. On ne sait si les papes avaient gardé cette possession jusqu’au xie siècle, mais il est certain qu’à cette époque les églises de rite latin étaient devenues assez importantes. On peut conjecturer, d’après des documents d’une époque postérieure 1 2, que les Amalfitains joignaient à la possession de leur monastère du 'mont Athos, au moins celle d’une église urbaine, l’église de Sainte-Marie des Amalfitains. Au commencement du xic siècle, le roi Saint-Etienne de Hongrie avait fondé à Byzance, avec l’autorisation de Basile II, une église qu’il plaça sous le vocable du saint son patron 3 4. Cette église était destinée à la « nation hongroise » ; les offices y étaient célébrés d’après le rite latin et son clergé était entretenu aux frais du roi de Hongrie \ Enfin, la garde impériale des Yaranges, composée d’Anglo-Saxons ou de Northmans très attachés à l’Eglise romaine, avait aussi son église nationale tout près même de Sainte-Sophie, la Panaia Varanghiotica 5. Les cérémonies latines se célébraient donc, pour ainsi dire, chaque jour, sous les yeux des Byzantins. Loin de mettre obstacle à leur exercice, les empereurs accordaient à leurs adeptes la plus complète protection, et la persécution que Michel Cerularius exerça contre ces églises fut regardée par tous comme une grande nouveauté.