Psellos, t. I, p
D’ailleurs de pareilles idées s’alliaient chez lui à une certaine indifférence dans les questions religieuses qui excitaient les passions de ses contemporains. De même qu’il établissait à ses frais un service quotidien à Sainte-Sophie, de même, les besoins de la politique aidant, il ne craignit pas de faire construire une mosquée en pleine Byzance. Il suivait en cela l’exemple de ses prédécesseurs, mais ce fait ne montre pas moins un certain détachement des passions religieuses, cinquante ans avant les croisades. Non content de faire bâtir cette mosquée, il fournit même à ses frais tous les objets du culte *.
Ainsi un penchant à la frivolité ou, pour mieux dire, à la niaiserie, une absence totale de goût pour tout ce qui était intellectuel alors, art ou théologie, un fonds assez mince d’idées religieuses qui tournaient souvent à la superstition la plus enfantine et, par-dessus tout cela, une sorte de désintéressement, un mépris des opinions trop tranchées et une absence totale de fanatisme, telle est la peinture fidèle de l’esprit de Constantin IX. Mais l’homme n'est pas une juxtaposition d’entités entre lesquelles s’élèveraient des cloisons étanches : natures physiques, intellectuelles et morales sont réciproquement les conditions l’une de l'autre. Aussi les seules idées directrices que nous ayons découvertes dans l’esprit de Constantin IX, peuvent déjà nous faire prévoir quelles furent les habitudes de son caractère.
Il ne faut pas nous attendre à trouver en lui un de ces caractères énergiques de fondateurs de dynastie qui ne sont pas rares dans les annales byzantines. Son trait principal semble être, au contraire, l’indifférence et l’apathie, dès que ses goûts ou plutôt ses passions ne sont plus en jeu.
Il avait d’abord un tempérament très ardent qu’il ne put jamais dompter et qui lui fit commettre des fautes si grosses
1. Heyd, Histoire du Levant (traduct. franc., p. 51), d’après des Annales musulmanes ; — Du Cange, Constantinopolis christiana, p. 164, énumère quelques mosquées construites à Byzance avant ou après le règne de Constantin IX.
qu’elles auraient pu amener sa chute, s’il n’avait toujours été soutenu par la chance qui le protégea toute sa vie. Psellos avoue que Constantin IX était incapable de maîtriser ses penchants amoureux et qu’il les laissait s’égarer en mille fantaisies *. Les autres chroniqueurs le regardent, avant tout, comme un débauché 1 2. Marié à l’impératrice Zoé, qui était beaucoup plus âgée que lui, il ne tarda pas à la délaisser complètement 3 4 5 et il eut l’audace d’afficher publiquement la liaison secrète qu'il avait avec Sclérène avant son avènement. De l'aveu même de Zoé, malgré les conseils de son entourage, il fit d’abord rappeler Sclérène à Byzance *. Il se contenta d’abord de la voir très souvent, inventant les prétextes les plus étranges pour aller la retrouver 6, puis paraissant auprès d’elle sans contrainte 6 et la comblant ouvertement de présents 7 . Bientôt il ne trouva pas cette liberté suffisante et, pour donner une sorte de consécration officielle à son amour, il fit dresser, avec l’autorisation de Zoé, un acte qu’on appela le contrat d’amitié, « o-uyya cpiXl a? », qu’il fit ratifier par le sénat et qui permit à Sclérène d’avoir un appartement au palais 8. Elle eut un titre officiel, celui d’Augusta « t\ SsëaoTY) 9 ». On la vit paraître dans toutes les cérémonies publiques à côté de l’empereur, entre Zoé et Théodora i0. Un jour même, le peuple s’impatienta et faillit prendre très mal ce mépris de l’opinion. Une procession devait avoir lieu en l’honneur des saints Martyrs. L’empereur sortait à pied du palais au milieu de sa garde. Tout à coup des murmures écla-