CHAPITRE II
lèrent ; la foule s’écriait qu’elle ne voulait pas de Sclérène pour impératrice. « Nous ne voulons pas, s’écriait-elle, qu’on fasse mourir nos mères. » (On désignait ainsi Zoé et Théodora.) Un grand tumulte s’éleva : la vie de l'empereur fut en danger. Il ne dut son salut qu'à l'intervention des deux princesses porpliyrogénètes qui apaisèrent elles-mêmes le peuple, mais il dut rentrer au palais et la procession n’eut pas lieu 1 (1043).
De pareilles leçons furent perdues pour Constantin IX. Après la mort de Sclérène, qui eut lieu peu de temps après son avènement et qui lui fit verser d’abondantes larmes, il se consola en portant son amour à des objets de plus en plus bas. Un jour, il vit une jeune Alaine qui avait été emmenée à Constantinople comme otage. Elle n’était pas belle, mais avait la peau très blanche et des yeux magnifiques. L’empereur prit feu aussitôt pour elle et abandonnatout.es ses autres conquêtes 2. L’impératrice Zoé n’était pas morte : il n’osa, de son vivant, installer sa favorite au palais, ni, après sa mort, la couronner impératrice; mais il la combla d’honneurs et la couvrit littéralement de pierres précieuses de la tête aux pieds 3 4 5 * *. Elle eut, ni plus ni moins que Sclérène, le titre de Sébasté \ et elle acheva de consumer les débris du trésor que lui avaient laissés ceux ou celles qui l’avaient précédée dans la faveur impériale.
La prodigalité, tel est, en effet, le second trait du caractère de l’empereur 8. Avant son avènement, il avait déjà la réputation d’un élégant et- d’un fastueux : à peine monté sur le trône, il ne vit dans le pouvoir qu'un moyen de satisfaire ses coûteuses fantaisies, et lui, qui se trouva plusieurs fois à la veille d’être renversé, faute d’avoir une armée pour le défen-