CHAPITRE II
Le 25 mars 1043, jour de l’Annonciation *, une immense procession se déroula entre le palais de la Magnaure 1 2 et l’église Sainte-Sophie. Le nouveau patriarche en occupait le
centre; les hauts dignitaires de l’Etat et de l’Eglise lui servaient de suite et il s’avançait parmi eux, « brillant comme le soleil au milieu du cortège des astres 3 ». Les éclairs de joie que lançaient ses regards semblaient être « des rayonnements de l’esprit ». Arrivé dans la basilique le cortège se divisa : les uns se rangèrent dans le chœur autour de l’autel ; les autres firent la haie dans le vestibule. Ces préparatifs achevés, Michel Cerularius s’approcha de la Sainte Table et s’agenouilla devant elle profondément 4 5. Solennel et ineffable fut sans doute l’entretien qu’il eut avec Dieu, car en se relevant, il parut à toits animé d’un nouvel éclat dont les causes ne pouvaient être que miraculeuses 6. Il donna sa bénédiction au peuple et, après avoir accompli tous les rites, il sembla « jeter pour toujours les fondements de la vertu 6 ». Le lendemain; un des hauts fonctionnaires qui avait assisté à cette pompe, Christophoros, plus tard juge à Mitylène, consacrait dans quelques vers le souvenir de cet événement. « Hier, dit-il, l’Annonciation a rempli la Vierge d’allégresse; hier aussi la maison du Seigneur a été comblée de joie par celui qui, élevé sur son trône au milieu de nous, est venu apporter la paix à tous les chrétiens 7.
Tel est dans ses grandes lignes le récit de V Oraison funèbre , Michel Cerularius aurait été choisi par la volonté toutepuissante de l’empereur qui songeait à le créer patriarche
1. Psellos, I, Orais. fun. pp. 328-329; — Cedrenos, t. II, p. 550; — Zonaras, t. XVII, 22; — Joël, p. 63 (9), An. Syn. Chron. (Sathas, t. VII), p. 162 (26).
2. Ce palais, situé entrele grand palais et l’église Sainte-Sophie, formait une sorte de vestibule que l’empereur traversait pour se rendre dans la grande église (voir Labarthe et Du Cange).