CHAPITRE II
phane et précieux, ou bien un vase de Thériclès que rend plus beau une désignation nouvelle ou une magnifique expression; ou un coquillage; ou un poisson, le merle argenté, le melegkoryphe doré ; et chacun d’eux émettait des sons d’une façon particulière au moyen d’un système mécanique. L’un lui présente un aromate rond, enchâssé dans l’or; l’autre un diamant, un morceau de marbre ou une cscarboucle ; un aulre des perles, soit rondes et bien blanches, soit divisées et allongées. Et il trouvait du charme à ces objets, soit pour leur beauté, soit pour leur forme, soit pour leur construction. Venaient ensuite des astrologues, puis, après eux, des devins, de ceux qui ne connaissent pas autre chose que leur art de divination et qui, d’ailleurs, sont crus, non pour leur art, mais à cause de leur pays ; l’un parce qu’il est Illyrien, un autre parce qu'il est Persan... *. » Quel était, d’après Psellos, l’objet des visites de ces charlatans? Ils connaissaient les vertus merveilleuses des pierres et apportaient au patriarche le secret de faire de l’or. Malgré toutes leurs recettes, « le fer restait toujours du fer; l’airain ne prenait de l’or que la couleur 1 2 ». Il semble, en effet, que cette recherche de la pierre philosophale ait occupé l’esprit de Michel Ccrularius ; mais il eut, en tout cas, pour complice, son futur accusateur, car on a retrouvé un traité
1. Bibl. nat., ms. grec 1182, fol. 148 : « VA XXoç èir’ aXXio è<p6wet xà\v aüXEtov •
xal é'féijïi; -rcavxEi; EÎa^Eaav • ô àv0o6â'fo; • ô xwv irotxiXùJv ÔT^ioupyoi; • b àpoipiaxoepopo; ’ ô jjLETîœptÇüJV xo 88<j>p • ô x+jv ptuXixT)v Xi0ov jSocSi xtvÜ>v • ô xàç irupapiSaî xaxaaxEU dÇwv • ô ^puuoyviiu.uv * ô xà; X!0o'jç elScjç • xal dXXoç àXXo xi tpépiov ISeixvu ■ ô [aIv xuueXXio; xfjç StacpavoG; üeXXou xal TtoX’jxip.ou • ô 6è 0-rçpixXEt p.Exà xûv xalvwv ôvopiâxwv xal xf,? iroXuxsXEiaç xÜ>v Xe^euv • ô 81 xOj'yûXtov • f[ dto-irâptov ' r, ipyupoü xdxxupov • ypuaoü (j.sXEyxopu:pov • ISiaç ÏEVxa tptovài; 6nà fAT,yavtxoü Ttvsûp.axoî. 'O 8â TtEprpEplç apupta axiyaajt xa0YiXw[AÉvov y p'jaotç * ô 8è àSâjjtavxa t\ XuyvtVrjv ri àtvOpaxa • xal àXXù; [xapyapixaî ^ xqùç àxptêü? Èasatpoulvou; xal Xsuxoxdxouç, t, xoùç xaxâxtov StEa/TifiaxtauEvou; • xat Èxlp-rcExo xüv piv, xü xâXXst • x£>v 81 xtp <jyr\aaxi • xüv 81 xr, p.T)yav?i. ’Ao’xpoXôyot 8É xive; èirl xouxoïç xal (xâvxEtî x<ï>v oùSlv eïSoxuv oùS’ 8xt ptavxEta; eISoç ÈntaxapiÉvtov, TuaxEuop.Évtov 81 SXKtùi oùx, àizà xt,ç x^vti;, dXX' inb xoü ëOvouç • 8xt ô p.Èv ’lXXuplo; • ô 81 néparr,<; »
2. Mss. gr.,1182. Bibl. nat., fol. 148 : « ’A-xexeXeïxo 8’ oùSév • dXX’ ô o[8r,poî
aù0t; tjlSripoç xal ô yaXxôç ypuaôç dypl T0& XPü)iA®T01» . ”
sur la « Fabrication de l’or » que Psellos lui-même avait dédié au patriarche *.
Mais ces curiosités ne pouvaient remplir toute la vie de Michel Cerularius, et il faut se mettre en garde contre les insinuations malveillantes par lesquelles Psellos essaye de prouver son indignité. D’après son réquisitoire, « jamais il ne prenait parta une conversation sacrée, jamais il ne tenait une tablette en main....; il était ignorant des principaux dogmes.... ; jamais il ne consultait, à leur sujet, des livres ou de plus sages que lui 1 2 ». D’après le même pamphlet, il manifestait cet esprit irréligieux jusqu’au pied de l’autel. « On l’a vu rire et bavarder à la Sainte Table 3 4. » — « Il a déshonoré l’hymne admirable en l’honneur du Christ \ » Ou bien, « saisi comme de folie, il s’avançait à travers l’église, avec un appareil sacré, la tiare en tête, escorté de chaque côté par des troupes symboliques, semblable à un Dieu marchant à travers le ciel 5 ». Ici Psellos se trahit luimême, car une pareille gravité s’accorde mal avec l’attitude irrévérencieuse qu'il prêtait d’abord au patriarche dans l’exercice de ses fonctions. Il faut croire, au contraire, que c’est par la majesté de son maintien que Michel Cerularius a séduit le peuple dont il devait plus tard soulever les passions. Cette majesté n’était pas, d’ailleurs, le fragile décor qui servait à masquer d’âpres ambitions, mais l’expression sincère des hautes pensées qui formaient le fond de sa vie religieuse.
1. Xpuacnrota. Voir Ruelle, Revue des Études grecques, année 1889, p. 260.
2. Bibl. nat., ms. gr., 1182, fol. 147 bis : « Tà 8è pTjSiitoxE |iï)8e xoïç OeioxI-
potç xwv AÔyuv Trpoaop.iXeïv , p.^8e xi dtveXtijai SeXxiptov . OùSèv yoûv xûv xaô’
Tip-àî f|8ei Soyjxâxwv, où8’ 8xt tjéêoi i\ Tticrxaxo . oùSé xi xwv èitl xaûxa pt6X£uv
dvéïrtuÇcv o68è tüv aotpo xÉptov £t:u9exo... »
3. Id. , fol. 147 : « Xotl xfi lepâ xpaixdÇiQ itpoTriYYKTS, xal feXüv üirco xal axtopaiX- XdpLevo;. »
4. Id. : « Tàv Oaupdcutov xoü 8|j.oô 'Ir.aoù; 0ptâpt6ov 8v Sl\ itpûxa êiù fUYiXoïç xpoitaio iç xaxTiveyxs, 8-r)|ioa£av aîa^ûvTjv fiyeiTO. »
5. Id. fol. 147 bis : « Et Sé ttoxe xoü yeXav litEXÉXT)axo Oopioü xal pcm'aç sir (pu— ixXaxat xal itpoat'Lv xoîç dtSuÎTO’.<; gExà zr\ç tepà; èxe£ vt)i èTti 6oXt,; xal xt,ç xt8âpeioç, xal SopupopoûpiEvoî âxaxEpwOsv xaï<; <jupL6oX:xaïs xàt-eat • xal otaSr, 0eôç -Kpài xôv EvSoxEpov (tyoptEVOî oùpavov. »