LA PERRIÈRE I
Il faut que Ledoux se lève, il ne peut s'en empêcher.
Cette nuit-là, ce fut épouvantable.
. Les machines s'affolaient, battaient toujours plus vite, accélérant de seconde eh seconde le mouvement de leurs bras, de leurs marteaux, de leurs courroies, et le bruit montait, devenait ouragan. Ledoux savait que la fabrique allait sauter; haletant, il se précipitait aux portes; les unes après les autres elles résistaient ; les escaliers se dérobaient; il se retrouvait sans cesse au milieu de ce déchaînement.
Lorsqu'il s'éveilla, il se sentit devenir fou.
Dehors, le tapage continuait. Des roulements se répondaient dans la montagne. Et c'était un vacarme de cheminées en détresse, des chutes de ferrailles sur les pierres, des craquements d'arbres. Aux murs passaient des zigzags, de lumière. Ledoux se rappela sa religion d'autrefois et pria le bon Dieu de le faire mourir.
A l'aube, il se leva. Ses membres étaient de plomb. Il but de Teau-de-vie et sortit. La fraîcheur le soulagea. Il suivit l'avenue. Le lac miroitant au soleil attira ses yeux. Il s'étendit sur le bord gazonné, les pieds dans le vide, et regarda l'eau calme qui réfléchissait les arbres. Il ne cherchait même pas un moyen