‹ Le seau enlevéChapitre 10 sur 40 · DE LA LITTEUATURE ITALIENNE XXIII · texte numérisé non relu

DE LA LITTEUATURE ITALIENNE XXIII

comme l«s comparaisons ; tous les caractères eo soni; bien frappés, bien soutenus. Tassoni a voulu mettre ensemble Gallût et Raphaël; c'est ainsi qu'un portrait grotesque est suivi d'un tableau souvent magnifique, sublime même. L'enjouement comique succède à des traits terribles ; partout on voit une force, une vivacité de coloris qui peignent l'art et le géni;^. Pour nous. Français, un peu moins de hardiesse cynique n'eût point sans doute déparé le poëme. Tassoni appelle un chat un chat, mais, on le sait, le^ oreilles italiennes, telles que celles des vieux Latins, ne sont point alarmées de certains mots, el on peut dire de l'italien ce que l'on dit de son père .•

Le latin dans le? mots brave l'honn'teté. Mais le lecteur français veut être resppcté; Du moindre sens iiupur la liberté l'outrage, Si la pudeur des mots n'en adoucit l'iuiage.

BoiLBAc, Art poétique.

Nous pouvons, avec indulgence, pardonner à Tassoni la manière irrévérents, plus qu'irrévérente même, avec laquelle il parle des dieux du paganisme ; mais nous regrettons de trouver dans son ouvrage la mythologi-e et le christinnisnie mêlés ençemble : pour certains esprits, cette opposition sera trouvée piquante, pour d'autres, elle sera malséante. Les temps et les idées des hommes changent ; ce doit être là, sinon une absolution complète, au moins un motif à indulgence pour Tassoni, libre dans sa façon de penser et plus libre encore dans ses allures.

Si l'on considère la beauté des descriptions, la justesse des comparaisons, la douceur des vers, la facilité des rimes, la netteté do l'expression, la pureté du langage, l'on ne fera nulle difficulté d'avouer qu'on ne retrouve pas à un si haut degré toutes ces qualités dans maints auteurs plus renommés que Tassoni.

Il a voulu mêler, nous le répétons, le sérieux au burlesque : son sérieux est noMe et élevé, son burlesque enjnué et rempli de sel agréable : quoi de plus sérieux et de plus poétique que ses descriptions ? quoi de plus sérieux que les combats de ses héros ? quoi de plus passionné que les sentiments amoureux qu'il décrit en divers endroits de son poème ? La fertilité de son imagination se reconnaît dans les revues qu'il fait des armées, où chaque compagnie y est remarquable par quelque chose de singulier, lorsqu'il parle des soldats, des pays d'oîi ils viennent, des capitaines qui les conduisent, ou des devises de leurs enseignes et drapeaux. Il en est de même quand il décrit les combats et les escarmouches, et la manière dont les uns et les autres sont blessés ou tués : il le fait avec une diversité infinie, accompagnée toujours ou d'un sérieux qui n'ennuie point ou d'un burlesque achevé.

11 doane, en outre, à ses héros des caractères qui aident à soutenir ce sérieux et ce burlesque. Ghérard, Manfredi, Salinguerre, Voluce, Eazio, le roi de Sardaigne, ne font que de grandes et sérieuses actions; le comte de Culâgne n'en fait que de ridicules et de bjrlesques, et. pour rûpprcchcr et comme unir ces deux extrêmes, il introduit dan? son p lëme un Titta nourri à la cour de Rome, qui, seivant l'habitude des courtisans, ne s'adonne qu'à son plaisir et à sa vanité avec les plus pauvres sentiments de valeur, qu'il a soin pourtant de faire valoir le plus qu'il peut, ce qui offre un adroit passage du sérieux des uns au burlesque de l'autre.

La description de l'assemblée du Conseil des Dieux est (chant II) en son commencement d'un style grand et héroïque, mélangé de gaieté et de burlesque agréable.

Nous ne dirons pas de l'épisode d'Endymion (chant VIII) qu'il est charmant, mais qu'il n'est pas trop à sa place, sednunc non erat hic locus Horace, Ars poetica)

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