DE LA LITTERATURE ITALIENNE XXI
L'Empereur son père envoya menacer les Bolonais, s'ils ne lui rendaient son fils ; ils s'en moquèrent ; alors, changeant de Ion, il leur proposa, pour sa rançon, d'environner leur viile d'un fil d'or, ce qu'ils refusèrent également. Le roi tâcha de s'échapper, mais cela fut découvert; enfin, il mourut à Bologne, ù quarante-huit ans, après une captivité de vingt-trois années, durant laquelle il fut traité avec toute sorte d'honneurs et de divertissements. Ses funérailles furent magnifiques et toutes royales ; il fut inhumé en l'église Saint- Ambroise, où l'on lui éleva un riche mausolée avec des inscriptions honorables.
Il est parlé dans cette histoire de plusieurs personnes dont il est aussi question dans le poëme de Tassoni, comme du légal Ubaldini, du préleur de Bologne Ugon, de Thomassin Gorzanese, de Bosio Duara, de Ghérard, de Manfredi, de Lambei lazzi et de beaucoup d'autres, et le poëte s'est servi de quelques particularités de la véritable histoire qu'il a déguisée et ornée de figures poétiques, ce qui lui a fait dire dans la préface de son poëme, que son ouvrage conserve partout l'apparence de la vérité. Mais, en voilà assez sur l'histoire des temps où s'est passé l'événement qui fait le sujet de la Secchia Rapita.
Le Poème. — Le seau, objet du poëme, est une pure fiction du poëte qui, pour se moquer des Bolonais et faire tomber sur eux toute la raillerie, comme cela paraît dans tout son ouvrage, leur attribue la faiblesse et la bassesse des Modfjiais.
Le vrui sujet de cette giieireest \enu, comme nous l'ayons dit plus liuut, de la deuiiinde faite par les Modénais aux Bolonais des deux villes de Nonantola el Sancesareo, en /eur offrant aussi la paix avec leur amitié. Notre auteur a changé la chose et fait faire au contraire cette demande par les Bolonais aux ]\î' ijt-îviis, sous le nom et le pré-
texte d'un seau qu'ils disent leur avoir été pris par ceux de Modène, Les termes dont se servent les ambassadeurs Bolonais dans le poëme et ceux de la réponse qui leur est faite par les Aïodénais se rapportent parfaitement à la véritable demande et à la véritable réponse que fit Bologne à Modène, qui S'en scandalisa si fort, comme on voit au second chant (stances 6 et 2l).
Un seau gardé, comme nous l'avons rapporté, depuis longtemps à Mcdèae, a fourni à Tassoni le titre et le sujet de son poëme. 11 est probable que ce seau était tout simplement un modèle de quelque mesure ou le type d'une sorte de seau; quant à la fiction à laquelle il a donné lieu dans le poëme, elle est sans doute née et fondée sur quelque tradition railleuse, chez les Modénais.
Lo changement que Tassoni a fait, en attribuant aux uns ce qui devait être attribué aux autres n'est pas la seule licence qu'il se soit permise dans son œuvre ; il a osé, usé largement, des licences et de la liberté qu'autorise la poésie. L'âne qui est jeté par les Modénais dans Gasteifranco, fut jeté, suivant l'histoire véritable, dans Modène, lorsque, après la défaite de l'armée, la ville fut assiégée par les Bolonais.
Nous allons maintemant dire du poëme dont nous avons entrepris la traduction ce que l'on peut louer en lui ; nous signalerons ensuite les défauts que les critiques lui reprochent.
Eloge de la Secchia RapUa. — Comme la Secchîix Rapita renferme d'un bout à l'autre une satire très-fine contre plusieurs personnages alors vivants, au temps oii Tassoni a composé son poëme, cet ouvrage plut infiniment à une nation née caustique. De nos jours, les personnalités n'existent plus; cependant, dépouillé de ce sel, le poëme conserve encore de réels agréments: beaucoup de feu, de gaieté, de légèreté, une vive et brillante imagination en forment le foid. Rien de varié et de neuf