DE -A. LITTERATUKE ITALIENNE XXV
Nofre poëte ne nous donne-t-il pas, comme délassement, ce chant de Taveugle Scurpinel, vieux ménestrel appelé par la guerrière Renoppi.j pour charmer les loisirs des ambassadeurs Bolonais. A ce titre, nous croyons qu'il a droit à trouver grâce devant les plus jévères critiques. Nous conviendrons sans peine que Diane y est un peu vive ; une Vénus française ne s'enflammerait pas aussi promptement que la Diane italienne... elle y mettrait des formes, plus de retenue; mais au fond... nous nous arrêtons. Le poëte nous fait passer un instant délicieux, ne soyons pas si sévère.
Il en est de même de l'épisode du chevalier Mélinde (chant IX) et de son enchantement. La manière dont Tassoni parle de cet enchantement et des différentes joiites des autres chevaliers, fait voir qu'il sait traiter de la manière la plus agréable les aventures de chevalerie. Le neuvième chant, qu'il emploie tout entier à cette description, a le même caractère que tout le poëme, c'està-dire le mélange du grand et du sérieux avec l'enjoué et le burlesque, et la course du comte de Culagne avec le récit que vient faire le Nain des aventures de son maître, ferment d'une manière fort plaisante ce neuvième chant.
Critique de la Secchia Rapita. — Après avoir vu l'éloge du poëme de la Secchia Rapita de Tassoni, nous allons énumérer les reproches que les critiques ont faits et font à cette œuvre.
Tassoni, disent les critiques, offre des morceaux brillants, ingénieux, qui marquent la fécondité et la grande Tacilité de l'auteur pour la poésie; mais son poëme marche avec trop de lenteur, et ses épisodes, à quelques-uns près, sont plats, ses caractères nuls.
Il emploie presque deux chants entiers à de fastidieux dénombrements ennuyeux, parfois même grossiers.
En général, ses plaisanteries quelquefois heureuse».
sont rarement délicates. C'est ainsi qu'obusant de l'abré» ?iatioa par laquelle les Modénais désignent leur Podesla, il appelle continuellement ce premier magistrat de leur rille d'un nom qui est celui d'une chose [Poiia, pot) fort intéressante et utile, mais qui jamas n'a été celui d'un magistrat.
Le portrait du comte de Culagne est trop chargé pour être vrai; cet homme était odieux à Tassoni, à qui la haine a pourtant inspiré l'épisode le plus heureux de son poëme; le caractère qu'il lui donne, très-plaisant, est parfaitement adapté au genre de son poëme. Toutefois, hàtons-nous de dire et de proclamer que le portrsit ignominieux qu'il a tracé paraît n'avoir nullement ressemblé à l'original qu'il a voulu peindre. Le comte-- Brusaatin de Culagne, Ferrarais, avait peut-être plus de courage que Tassoni. Il est certain qu'en l!2#, à un tournoi qui se donna à Ferrare, il remporta le prix contre des adversaires qui n'étaient nullement enchantés. C'est ce que Tassoni a très-plaisamment parodié; mais nous pensons qu'on doit regarder son Culagne comme un nom et un portrait purement imaginaires.
Pourquoi, disent encore les critiques, pourquoi avoir iûêlé les divinités de la fable avec la religion chrétienne ? pourquoi faire arriver avec eux sur la même scène le pape et les Ghibellins, faisant ainsi un anachronism.e qui ne se soutTre pas dans un ouvrage un peu raisonnable ? Ne peuton leur répondre: Qui ne pardonne à Virgile d'avoir fait ▼ivre Didon au temps d'Enée?...
Pourquoi raconter, disent encore les critiques, son sujet d'un seul jet, depuis le commencement jusqu'à la fin? c'est contraire aux règles et aux usages reçus. Ce reproche est-il sérieux?
11 n'a point mêlé, dit-on, encore d'amours sérieuses à ses aventures de guerre, ainsi que les poètes ont l'habitude de le faire en ces sortes d" ouvrages.