‹ Le seau enlevéChapitre 19 sur 40 · XXI · texte numérisé non relu

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Après eux, paraissent les six cents fantassins et les quatre-vingts cavaliers que Saint- Félix, Midolle et Camurane ont envoyés : Nerazio Bianchi et Tomasin Fontana sont les chefs de ces guerriers dans cette nouvelle guerre. Tomasin a sur son étendard une grenouille armée d'une épée et d'une rondache; Nérazio, qui conduit la cavalerie, a une demilune en champ d'or.

Après eux se montrent en armes les peuples qui vivent au bord de cette rivière qui s'étend de Bomport à la Bastie, gens pauvres, mais glorieux et tiers, vivant de leur mieux de leur négoce sur la terre et sur l'eau ; ils sont au

nombre de quatre cents ; sur leur bannière rouge et toute brillante d'or, Bagarotto, fils de Rarabone, a fait peindre une seringue à enfler un ballon.

Près de Bagorotto marche le fin et prudent Claretto, qui, enflammé d'amour pour la belle Qona Anna de Grenade, vient d'arriver ce jour même, plein de tristesse de ce qu'un certain Genevois la lui a enlevée; il est accouru, car à Parme oi> lui a donné des indices certains qu'il retrouverait la fugitive à Bomport; mais là il en perd toute trace et vestige; il en jure comme un damné.

Tout en blasphémant, il entre pour se rafraîchir dans un cabaret dont les portes sont garnies d'armes ; la, il trouve Bagorotto rassemblant ses soldats épars. A peine ils se sont vus et reconnus, qu'ils sont dans les bras l'un de l'autre et s'embrassent, car ils étaient grands amis à la cour ; tous deux ont abandonné les maigres espérances qu'elle donne à ses courtisans en les laissant mojrir de faim.

Tout en discourant, Claretto raconte à son ami la longue histoire de ses nouvelles amours et de leurs mille intrigues; il lui retrace de combien de manières le petit dieu a, par maints stratagèmes, berné tous ses rivaux, et

que ce qui anjourd'hui met le comble à se3 douleurs, c'est que la belle lui accordait toutes ses grâces, « Mon frère, lui dit Bagarotto en souriant, chaque jour, tu feras donc 4e nôa= velles fredaines?

» Viens avec moi à la guerre, laisse là toutes tes folies de désœuvré ; la gloire et la renommée ne s'acquièrent pus à faire ie galant pour les beaux yeux d'une femme coquette. » A ces mots, Claretto, sans répondre, car l'ardeur guerrière vient d'enflammer son cœur, s'arme d'une pique sans même songer à boire, Mais revenons à notre revue des autres compagnies de combattants,

Voici Cittanova, Fredo, Cognente déployant leurs étendards où sont peints Pyrame et Tbisbé renversés morts sous un mûrier ; ils sont environ quatre cents, sous le commandement de leur duc, Furiero Manzol, jeune homme plein de mérite et de nobles talents; son agilité est extrême ; nul mieux que lui ne sait danser la nizzarde ou la canarie, ni battre une cabriole en rair.

Ensuite, et presque en même temps, arrivent les gens de Villavara, Albereto et Navicelli; ils sont trois cents conduits au lieu du rendezvous par le fier boiteux Ugolin Noveili ; sur

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leur enseigne est peint un ciel orageux, éclatant en pluie sur un cliamp de fèves. Ils sont suivis de ceux de Corleto et Bazzouara, qui courent à l'envi l'un de l'autre.

Corleto, cœur joyeux, l'émule de Grevalcore Crèvecœur, est celui qu'Aug-uste a surnommé ainsi, Cœur joyeux, le jour qu'il fut vainaueur d'Antoine, et partagea avec lui l'empire du monde ; Bazzouara, aujourd'hui terre ,ngrate, couverte de sueur, fut autrefois féconde en beaux faits d'armes et d'amour; ce fut là que Labadin, personnage plein de prudence, fit son fameux breuvage pour ressusciter sa génisse qui était morte.

Ces guerriers marchent sous la conduite du docteur Mazello, qui, laissant tous ses livres à l'aventure, a couru aux armes ; sous sa cotte d'arme et son casque à l'antique, on dirait un Marcellus. Il porte pour devise une rave avec sa semence d'or. Derrière eux s'avancent ceux de Rabiera et de ^^larzaglia ; ils ne font ensemble qu'une compagnie.

Bertholdo Grillenzo est leur guide. Ce grand bretteur et fameux lutteur porte pour armes en sa bannière un matcjlas troué, d'où s'échappe de la laine. Cette compagnie est égale à l'autre, si ce n'est qu'elle est un peu plus forte.

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En tout, les habitants des quatre villes de Cor» leto, Bazzouara, Rubieraet Marzaglia forment juste un corps de mille hommes.

Après eux, Galvan Castaldi, Franceschin Murano, cnpitaines des compagnies de Porcile, Montale, Cadiane et Mugnano paraissent ; ils viennent joindre leurs gens à l'hôtellerie de l'enseigne des Deux-Echelles : Galvan commande à trois cents haliebardiers, Murano à trois cents piquiers; Galvan porte pour devise une balance ; Murano, pour la sienne, une pie blanche et noire.

Alberto Boschetti, armé et à cheval les suit; il est comte de Cesario et de Bazzano, dont il s'est depuis peu rendu maître, après en avoir chassé la garnison et son capitaine; il s'3' maintient par sa valeur. Ce chef commande à cent cavaliers, tant de ses nouveaux sujets que de ses vassaux à qui il a fait, par force, prendre les armes.

Sa démarche est fiére ; son écu est chargé d'un gril, en l'honneur de saint Laurent; il a la lance au poing, le cimeterre au côté ; sa compagnie est légère et toute belle. Les combattants des villes de CoUegara et Corticella s'avancent après lui ; sur leur étendard est un renard qui fait la chatte morte ; Bernard Ca-

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lori, leur chef, les a amenés au nombre d'un peu plus de trois cents tranche-fromages.

Rang-on avait deux fils d'une haute valeur : Ghérard le fort, Giacopin le rusé. Ghérard était l'aîné, et son droit d'aînesse lui donnait l'honneur de commander les troupes de son père ; mais il a bien voulu, en cette guerre, en céder la gloire à son frère ; et ce guerrier qui se montre portant fièrement sur le cimier de son casque une coquille d'or, c'est Giacopin,

Qui conduit au combat les hommes de Spilimberto, Vignola, Savignano, Castelnovo, Campiglio, Ceiano, Cuja, Montorsolo, Marano et Malatigna, qu'il a rassemblés et équipés, en tout cent cavaliers, leurs javelots à la main, et mille archers à pied, qui ont empoisonné le fer de leurs flèches' avec de l'ail, des poireaux et des ciboulettes.

Pendant qu'ils défilent sur la droite, sur la gauche, ce guerrier qui vient prendre place au champ 4u rendez-vous est Piehi, tils de Prendiparte^-, avec l'élite 'le la Mirandole. Il a nom Galeotto, nom alors fameux et redouté dans toute l'Italie : cent cavaliers, vêtus de cottes de mailles, obéissent à ses ordres; pour armes il a une tenaille.

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