‹ Le seau enlevéChapitre 29 sur 40 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Stakce I. — « Géminants, Pétroniens.»— Le poëte appelle les Bolonais Pétroniens et las Modénais Géminants, à cause du grand neutre de personnes qui poi'tent les prénoms de Pétrone et de Géminant, deux saints dont lun est patron de Bologne et l'autre de Modéne.

Stance il — « Neveu du gouverneur du monde. » —■ Tassoni, mécontent de la cour de Savoie, dédia la troisième édition de son poëme à Antoine Barberin, neveu d'Urbain VIII ; c'est à lui qu'il fait allusion dans cette stance.

Stance IV. — « La reine de la mer Adriatique. » — Venise. La République de Venise, conduite par un Sénat éclairé, n'entra point dans les différends qui agitèrent l'Italie, et, voyant la décadence de l'Empire des Grecs, elle profita de sa chute.

Stance V. — « Les nourrissait d'espoir et de promesses. » — On a changé messes en pro^ messes dans le texte, parce que c'est un péché mortel, dit Salviani, de badiner sur l'imperfection des prêtres.

— « Peuple du Potta... celui du Siça. » — Le peuple du Potta, Tassoni désigne ainsi les Modénais, appelant les Bolonais celui du Sipa, parce que les habitants de Bologne disent Sipa au lieu de Sia.

Stance VIL — « Poussa soudain. » — Depuis que l'empereur d'Allemagne, en l'an 1226, eut

donné des limites aux Etats de Bolo^e et de Modéne, les Bolonais, mécontents de ce que l'empereur n'avait pas étendu davantag-e leurs limites, tracassèrent sans cesse les î^Iodénais. Ils faisaient des trêves, les rompaient tout-à-coup et venaient saccager le territoire de Modéne^. Ainsi en 1234, ils mettent plusieurs bourgs à îeu et à sang-, ravageant tout ce qu'ils nepeu- Tent emporter; en 1239, ils viennent attaquer les Modénais jusque dans leurs faubourgs, leur faisant de nombreux prisonniers, pillant, tuant beaucoup de monde, et réduisant en cendre le bourg de Saint-Pierre. La plupart des faits que nous signalons dans nos cotes touchant la guerre des Bolonais et des Modénais, sont pris dans Ghirardacci et Campanacci, historiens bolonais, et dans Sigonius et Vedriani, historiens modénais.

Stance IX. — « a sa gauche sont les flots où autrefois est venu tomber le Fils du Soleil. » — Le Pô, ou Phaéton, conduisant mal le char de son père, fut foudroyé par Jupiter et tomba.

~ « Le torrent de la Secchia. » — C'est l'ancien Gabel dont parle Pline, et que cet auteur met au rang des neuf plus grandes rivières qui ont leur source dans l'Apennin. Ce n'est plus qu'un ruisseau sujet à de fréquents débordements.

Stance X. — « Leurs fossés tellement comblés.» — Les annales de Modéne marquent effectivement que, dans ce temps-là, les nobles sortaient de la ville, y rentraient le jour, la nuit, quand il leur plaisait, mais que plus tard on construisit des portes et qu'on nettoya les fossés.

— « Une nuit, le tocsin. » — Tassoni , en écrivant ce passage, pensait sans doute à ce que firent les Modénais quand les Bolonais surprirent Saint-Césaire.

St4N'ce XI. — « Un seau pour casque. » — Arma amens capio, nec sat rationis in armis, dit Enée en fuyant de l'embrasement de Troie. Dans des conjonctures pressantes, imprévues, on perd aisément la tête, et

Chacun s'arme au hasard des choses qu'il rencontre.

Stance XII. — « La ville avec ses tarières. » —Ce sont les armes de Modène, qui portent deux tarières croisées ; au-dessous sont ces mots : Avia pervia. Ces mots ont rapport à ce que dit Ovide, Invia virtuti nulla est via.

Sta>(ce XIII. — « Ghérard, fils de Rangon. » — Ce personnage de Ghérard est véritable et suivant l'histoire de Campanacio et de Sigo^ nio lui et Thomasin Garzoni, dont il est parlé à la an du cinquième chant, furent capitaines des troupes modénaises dans cette guerre, et le dernier fut fait prisonnier avec le roi Enzio.

Stance XIV. — « Fossalte. » — Village à une lieue de Modène ; c'est à cet endroit que fut pris et défait par les Bolonais Enzio, roi de Sardaigne. Devant ce village coule un ruisseau torrentiel nommé Tepido; il est entre Modène et le fleuve Panare.

Stance XVI. — « Renoppia. » — Nom inrenté par Tassoni.

Stance XVII. — « Maccabrus des Anguilles. » -r- Tassoni raille, sous ce nom, certain auteur de son temps, qui avait fait de très-longs et de fort insipides commentaires sur quelques sonnets impertinents.

Stance XIX. — « Mon grand-père. » — Un Gérard Rangon fut potesta de Modène en 1156, précisément dans le temps de la désolation de Milan.

Staxge XXVI. — « Le capitaine Curzio. » — Curzio Saracinelli se distingua surtout dans

les guerres de Flandres et de Portugal, et y rendit de grands services à sa patrie. C'était un homme brave comme Bayard, bon capitaine, rarement malheureux, mais trop présomptueux. Villars a retracé le caractère de ce guerrier dans ses Mémoires.

Staxce XXVIIL — « César Viano. » — Doc* teur qui avait perdu le nez d'un coup d'écritoire. Tassoni, pour le consoler de cette disgrâce, le lui fait perdre d'une façon plus honorable.

— «Constantin des Maillettes. » —Noble automate fort riche et fort vilain, étrangement embarrassé de son loisir.

Stance XXIX. — « De la famille Zambeccari. » — Une certaine année, à l'époque du carnaval, des masques ayant rencontre Tassoni dés'uisé en docteur, un d'eux lui lança un fromage mou sur la figure, tandis qu'un autre, le culbutant dans la boue, lui enlevait son bonnet de velours. Tassoni ayant appris que le premier était Zambeccari, et l'autre un Scadinari, deux étourdis, leur fait, pour ven-

feance, trancher la tête. Au reste, la plupart es personnages dont parle Tassoni dans son poëme vivaient ou de son temps ou pendant celui de la guerre qu'il décrit.

Stance XXXI. — « L'hôte du Hibou. » — Cabaret hors de la porte Saint - Félix , une des portes de Bologne, dont le propriétaire d'alors, grand hâbleur, se piquait de vendre d'excellent vin muscat. C'était un coquin qui empoisonnait tout le monde avec ses vins frelatés.

Stance XXXIV.— «Jean Marie de laGrascia. » — Bolonais, espèce de fermier général qui levait habilement des impôts sur toutes choses. U était l'exécration de tous ses concitoyens.

Stance XXXV. — « Radaldo Ganaceti. * —• La famille Ganaceti, une des plus distinguées

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qui fût dans Modène, suivit tantôt le parti des Guelfes, tantôt celui des Ghibellins. Rusés caméléons, ils profitaient adroitement des sottises des deux partis.

Stance XXXVII. — « Il fait ôter à ces morts. » — C'est pour railler Homère que Tassoni fait dépouiller les morts par Gliérard, comme Homère ne manque pas de faire ainsi dépouiller le vaincu par le vainqueur.

Stance XXXIX. — « L'antique race desl Boï. » — Les Bolonais disent tirer leur origine des Boïens, peuple de la Gaule Cisçadane, c'est-à-dire au delà du Pô, où ont été les duchés de Parme et de Modène. Ancien- Eement, Bologne s'est appelée Bo'iona.

Stange XL. — « La Tiède. » — Tassoni, en illustrant ainsi l'origine du nom d'un simple ruisseau, a voulu tourner en ridicule tous les généalogistes de son temps, passés et futurs, et berner tous les faquins crésufiés, qui, sur les titres les plus impertinents, se fabriquent des ancêtres e-t des généalogies distinguées.

Stance XLI. — « Manfredi Pio. » — Modénais qui vivait vers l'époque des faits que chante Tassoni, et qui fut chef de la faction ghibelline.

Stance XL VIII. — « Tous les bouchers ensemble. » — L'italien dit : Vexccllent faucheur des bouchers.

Stance LIV. — « Les Anciens. » — C'était comme une sorte de Conseillers d'Etat ou d'Ecbevins qu'on élisait parmi les nobles bourgeois et les honnêtes marchands de la ville. Ils étaient huit, et leur élection se faisait de deux en deux mois.

Stance LXI. — « Les Catalines. » — Les villageoises des environs de Modène se nomment presque toutes Catherine. Elles sont propres et ont un petit air éveillé. Tassoni leur fait

porter des provisions dont les Modénais sont trés-friands.

Stance LXIII. — « Là, Manfredi. » — Morani, dans ses Annales, rapporte que, précisément dans le temps de l'enlèvement du Seau, Manfredi ayant remporté une grande victoire ^ vint en rendre grâce à Dieu et à Saint-Georges, environné du peuple et de ses soldats, et qu'il offrit en grande révérence au glorieux martyr cent quarante-neuf cierges longs et gros, trois cents plus minces et dix-huit drapeaux de satin. Le texte dit : Manfredus summa cum rcvercntia, militum et tolius populi comitantis ordine, martijri glorioso oblulit funa- Ua cerea longa et grossa centum et quadroginta et novem, et alia minora treccnta, ac ododecim vexilla oioscrica. Tassoni s'est donné, comme on voit, la liberté de travestir à sa fantaisie l'offrande de Manfredi.

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