CHANT DEUXIEME
Staxce il — « La salle où le duc régnant fait serrer son avoine. » — Salle où s'assemblèrent jadis tant d'iHustres sénateurs. Sans respect pour un lieu où l'on voyait encore les portraits des Potta, un duc de Modène y fit serrer d'abord de l'avoine ; son successeur y lit loger (les mulets. L'on y voit des comédiens depuis 1713.
Stanxe IIL — « Comte palatin. » — Titre d'honneur que l'on gagnait par les services que l'on rendait à un prince, en quelque charge de son Etat ou de son palais.
Staxce V. — « Notre peuple est un peuple da diables. » — « Les Bolonais, dans ces temps orageux qui désolèrent l'Italie, se montrèrent toujours inilexibles , courageux et guerriers ;
vainqueurs ou vaincus, ils ne laissèrent jamais reposer leurs armes qu'à reg-ret.
— « Ont passé le Rein. » — Le Rein, rivière de Lombardie qui passe dans le Bolonais et va se jeter dans le Pô.
Stance VI. — « On ne peut défaire ce qui est ftit déjà. — Pour prouver cette vérité, Barotti cite Aristote le plus sérieusement du monde : Fadum non contingit non esse factum, dit ce philosophe dans un de ses livres de morale à Nicomaque, chapitre premier.
Staxce YII. — « Rarabone de Tasso. » — Modénais, chef de banque; on appelait ainsi le premier d'entre les Anciens, qui étaient huit et qui se rangeaient autour d'une table pour consulter.
— « Surnommé Tassone. » — Tassoni badine ici lui-même sur son nom, disant en riant qu'il tirait son origine de ce Rarabone Tassone.
Stance X. - « Rejetant son capuchon. » — On se coiffait alors, en Italie, d'une espèce de capuchon que les capucins portent encore.
— « Fils de Becco. » — Aianfredi, qui est un des héros de ce poëme, est aussi grossier dans ses expressions que le sont quelquefois ceuK de Viliade. La simplicité des temps héroïques est l'excuse de ces termes.
Stance XL — « Marcello de Bolognino. » ~ Marcello, Bolognino sont les noms de deux pièces de monnaie de très-peu de valeur.
Stance XII. — « Taisez-vous, faquin. » — Il est étonnant que Manfredi, apostrophé ain^i, ne réplique rien, lui que notre poète nous Xiiontre aussi bouillant qu'Achille ; sans doute, le Potta avait sur l'esprit des siens plus d'autorité qu'Agamemnon.
Stance XIII. — « Baldi, son principal docteur, y — Camille Baldi avait une maison de campagne à Crève-Cœur. C'était un savant
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personnag-e, mais complètement dépourvu de goût : on en peut juger par ses ouvrages, composés sur les plus pauvres sujets. Outre ses risibles commentaires sur les Physiognomiques d'Aristote, il a écrit un livre sur la manière de connaître les inclinations des hommes à l'inspection des ongles.
Stance XV. — « Jadis elle a vu mourir Panca. » — Appian Alexandrin, décrivant l'endroit où fut tué le consul Pança par les troupes de Marc-Antoine, semble indiquer les vallées de Creve-Cœur, où les habitants sont de la couleur des grenouilles.
— « Nommée Crève -Cœur. » — Ménage n'a guère imaginé d'étymologie aussi heureuse que celle-là.
Stance XVII. — « Où naît l'Aurore. » — Toutes plaisanteries sur les habitants de Crève-Cœur, gens fort rustiques, et dont les terres sont précisément telles que les décrit Tassoni.
Sta:^ce XX. — « Qu'on lui fera réponse >e jour suivant. » — D'après un article des règlements du sénat de Modène, on ne devait jamais décider d'une affaire importante le jour qu'elle était proposée. Tassoni a voulu que les Modénais observassent ce sage règiemeùt sur un point d'aussi grande importance que l'était l'échange d'un seau contre la seigneurie de Crève-Cœur.
Sta.'ïce XXIII. — * Saint-Géminant. » — Cette circonstance rend le peuplier intéressant. L'art de relever les plus petites choses se remarque principalement dans les auteurs anciens.
SiANCE XXIV. — « La guerre et la mort. » — Imitation des défis que faisaient les Romains. Avant d'en venir aux hostilités, les aiiciens maîtres du monde envoyaient quatre licteurs sur les frontières ennemies: là, ila
demandaient à haute voix la restitution qu Rome prétendait devoir lui être faite, décla rant la g-uerre si , dans l'espace de trent jours, l'ennemi n*avalt pas donné satisfac tion.
Sta>'ce XXX. — « Le prince de Délos. » - Apollon. Le Soleil était alors dans le Bélier C'est apparemment ce qu'a voulu marquer It poëte en ornant Apollon du collier de la Toison d'or. Il a choisi six genêts d'Espagne poui coursiers, parce qu'ils sont des" plus vifs à lî course. Les vingt-quatre jeunes filles sont lei Heures. ^
Stance XXXL — « Une plume de héron. » — Pour montrer que Pallas favorisait les Bolo« nais, qui étaient Guelfes. D'après Osius et Mussati, la faction des GhibeUins portait un bouquet de plumes sur l'oreille gauche, et celle des Guelfes en portait un sur l'oreille droite.
Stance XXXIL — « Arrive ensuite la déesse d'amour. » — Vénus paraissant après Pallas fait un contraste que le vieux Saturne qui vient ensuite relève encore.
Stance XXXIÏL — « Saturne vieux et catarrheux. » — Les anciens représentaient ce Dieu avec une longue barbe et une physionomie pâle et rechignée de vieillard Tassoni nous montre Saturne enfermé dans une litière, parce que le mouvement de cette planète est fort lent et presque imperceptible.
Stance XXXV. — « Diane. » — Barotti nous dit que Tassoni envoie Diane laver son linge, pour apprendre aux filles désireuses de conserver leur fraîche beauté, qu'elles ne doivent point vivre dans l'oisiveté. Il cite l'exemple de la vertueuse princesse Nausicaa, qui blanchissait elle-même son linge, et aussi les filles du roi Danaiis, très-durernent élevées par leur père, qui les envoyait puiser de Teau dans de
grandes cructies, et cela depuis Argos jusqu'au lac de Lerne.
— «Sa mère. . . en tricotant des bas d'estame.»
— Latone est représentée tricotant, parce que c'est le métier ordinaire des vieilles femmes.
Stance XXXVI. — « Junon Lucine. » — Lucine, de lux (lumière), déesse qui présidait aux accouchements des femmes et à la naissance des enfants; on la confond tantôt avec Junon, tantôt avec Diane.
— « Ménippe, » — Philosophe cynique, qui ne s'embarrassait g-uére de la bonne chère. Lucien nous dit qu'il se nourrissait de fromage et de vieilles croûtes de pain qu'il portait toujours dans son bissac.
Stance LXI. — « Fils d'Alcmène, non encore guéri de la folie. » — Hercule, après avoir tué Lj'cas, ou selon d'autres, lole, devint tellement furieux qu'il tua sa femme Mégare, et tous les enfants qu'il avait eus d'elle.
Stance LXII. — « Portant le chapeau et les lunettes de Jupiter, Mercure. » — Plaisanterie sur Jupiter qui, n'étant qu'un faux dieu, a besoin de lunettes pour voir. Mercure était le messager de Jupiter : on le représentait souvent avec une bourse à la main ; il passait pour le dieu du gain, de .l'éloquence, des fllou3 et des ribauds.
Stance XLIII. — « Son bâton pastoral à crosse. » — Le bâton que portent aujourd'hui les évêques était jadis le Utuus augurai dont se servaient les anciens. Tassoni le met à la main de Jupiter au lieu d'un sceptre, parce que Dieu prévoit l'avenir, et que ce même bâton est interprété par Servius : Regium baculum in quo pokstas csset dirimendarutn Litium.
— « Le peuple artiste qui travaille la soie. »
— Les Chmois; ce peuple passe pour le pre-
mier qui ait filé la soie et qui s*eii soit fait des vêtements.
Stance XLV. — « La Mort et le Temps. »
— Tassoni représente Jupiter comme leur appuyant le pied sur la tête pour marquer l'indépendance de ce dieu, affranchi du pouvoir qu exercent avec tant d'empire le Temps et la Mort.
Stance XL VI. — * Les horribles combats des Rats et des Grenouilles. » — Homère a fait un poëme intitulé : Batrachomyomachie\ c'est à cet ouvrage auquel il est fait ici allusion.
Stance XLIX. — « Moi, si ma belle déesse ne me contredit pas. » — Tassoni parle ici en astrolog-ue. Lorsque l'étoile de Vénus est en opposition à celle de Mars, elle corrige ce que les influences de cette dernière ont de pernicieux.
Stance L. — « Jusque chez les tripiers et les vermicelliers. » —L'Italien dit fin le tripe, ce sont des tripes : e la segne, des morceaux de pâte qu'on fait bouillir, et qui font l'un et l'autre un bruit singulier en bouillant.
Stance LUI. — « Quoi ! cette ville qui vit continuellement dans les fêtes et les chants.»
— Le carnaval et les mascarades commencent à Modéne trois mois avant le carême. Il y règne durant tout ce temps-là une licence effrénée.
— « Je leur ferai un pied de nez à leur barbe.»
— L'Italien dit : Que leur barbe d'or devienne et demeure d'étoupe.
Stance LXIV. — « Courait un Palio. » — Un Palio était une pièce d'étoffe riche que l'on suspendait au bout d'une grande rue et qu'on donnait à celui qui arrivait le premier au but. Il s'est couru jadis plusieurs sortes de Palio, à pied, à cheval, sur des buffles, sur dss ânes.
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Lesjupres de la course étaient prés du but sous le Palio.
Stance LXTX. — « Riche en menteurs. » — On dit, rire sardonien (ou sardonique), pour désigner ceux qui déguisent leur tristesse, et puis le proverbe : Tout insulaire est menteur ÎOmnis insulanus mendax).