CHANT TROISIEME
Stance I.— « Au roi Enzio. » — La mère de ce roi Enzio s'appelait Blanche ; elle était de la famille des Marquis de Montferrat de Piémont. Riccobaldi, qui vivait du temps d'Enzio, dit que c'était un jeune prince dont ses ennemis même admiraient la bravoure et la générosité. Frédéric II, son père, le fit, en 1238, roi de Sardaigne ; il n'avait alors que treize ans.
Stance IV. — « Ta noble raoe royale, après toi, gouvernera cette ville. » — Une fomille Bentivoglio prétend tirer son origine d'Enzio qui, pendant sa prison, se serait amouraché d'une trés-jolie Bolonaise.
Stanxe XI. — « Le comte de la Roche de Culagne. • — Culagne est un petit village. Il a appartenu au comte de Vallisneri de Regge, qui eut grand soin de ne point prendre le titre de seigneur de Culagne, avili pour jamais par Tassoni.
Stance XII. — « Le capitaine Martau. » — Grand et insigne poltron, que l'Arioste a introduit dans son poëme.
Stanxe XIII. — Un grand limier de piumes et de cornes. » ^ Les cornes étaient anciennement une marque de souveraineté. On les porte encore aujourd'hui en Allemagne comme un signe de noblesse. Plutarque dit que le fameux Pyrrhus, roi d'Epire, se faisait distin-
gner par deux grandes cornes de bouc qui surmontaient son casque.
Stance XIV.— « Irénée de Montecuculli. »— Un Montecuculli était tellement peint au naturel dans ce portrait, qu'il était impossible qu'on l'y méconnût. 11 ne prit point la chose en galant homme et menaça le poète du châtiment ordinaire . Tassoni l'ut intrépide et ne voulut rien changer.
Stance XV. — « Attolin l'honneur... Tempereur... de Grèce lui a ceint l'épée de chevalier en même temps qu'à dix autres guerriers. » — Quand Baudoin II, empereur de Constantinople, vint en Italie pour y demander des secours contre Paléologue qui l'avait détrôné en 1261, il passa par Modène et arma effectivement des chevaliers, parmi lesquels Attolin, Gui de Roie, Livizzan, Renier, Balugole, tous personnages dont parle Tassoni dans son poëme.
Stance XIX. — « Ceux qui jadis ont vogué sur l'onde. » — Les habitants de Bouden, petite ville auprès de laquelle coulait jadis le Pô.
— « Tracent leurs sillons au lit du grand fleuve. » — Le Pô, près Ferrare.
Stance XX. — « L'archiprêtre Guidon...
Bravi. » — Cet archiprêtre, aidé de tous les Guidons, ses parents, s'empara de Final en 1307. Il s'y maintint pendant deux ans. Jean Bosquet l'en chassa et remit cette ville aux Modénais. — Les Annales de Modène font bien mention d'un Bravi , mais elles ne rapportent sur lui ni sur sa famille aucune particularité.
Staxce XXIV. — « Le fin et prudent Claretto. » — Honoré Claretto ; son aventure est véritable. On la trouve détaillée dans un ouvrage de Paul Caisotto, intitulé Istorie di Nizza.
— « Comme un damné. » — L'italien dit.
il blasphémait soixante frères gris, c'est-à-dire goixante Cordeliers.
Stance XXX. — « Ce fut là que Labadin. » — • Ce Labadin était un fameux grammairien, mais de la plus grande simplicité du monde. Tassoni avait étudié sous lui les éléments de la langue latine. Labadin se trouvant à Bazouare, où il avait un bien de campagne, on vint l'avertir un jour qu'une de ses vaches, qui lui donnait beaucoup de lait, était morte. A cette nouvelle, il se mit en colère, blasphéma saint Pierre, dit Tassoni, s'écriant : « Estelle morte, tout à fait morte ?» Le messager lui répondant que oui : « N'importe, reprit Labadin, cours vite trouver ma femme, et dislui de composer le breuvage dont voici la recette ; s'il reste à la bête le moindre souffle de vie, nous la sauverons. •
Staxce XXXV. — « Son écu est chargé d'un gril. » — Les armes de Bosquet représentent des barres de fer; Tassoni a cru qu'il pouvait en faire un gril.
Stance XXXVI. — « Giacopin le rusé. » — Ce .Jacopin, selon toute apparence, était le huitième de la famille des Rangoni, qui porta le nom de Jacopin. II mom'ut en 1641. L'épithète que lui donne Tassoni lui convenait à merveille.
Stance XLI. — « L'idée de cette forte et belle litière parut depuis. » — Tassoni a peut-être vu cette litière en Espagne, ou bien U a lu quelque part une histoire analogue. Le connétable ici désigné était Ferdinand de Velasco. Davila en donne une idée très-mince. Ce connétable était gouverneur de Milan, lorsque Henri IV entra dans la Bourgogne pour en chasser les Espagnols. Velasco eut ordre d» passer les monts et d'aller au secours de H ligue expirante.
Stance XLVI, — « Si gros et si gras, qu'on
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dirait des porcs. » — Tassoni parle ainsi de^ habitants de Moatezibio et de Varano, parce qu'ils font l'huile de poisson. Les habillements, les armes, ont rapport à la façon de s'armer. de se vêtir des paysans de ces cantons. Les uns aiment l'ail et les ciboulettes, Tassoni leur fait empoisonner avec ces légumes le fer de leurs flèches; d'autres aiment la musique, il les fait chanter ; ceux qui ont la réputation d'être voleurs, traîtres, assassins, les rusés, les lourdauds, les courageux, les poltrons, les gueux, tous sont parfaitement caractérisés.
Stance L. —«Mais, émerveille à voir ! cinquante de leurs femmes. » — Le comte Cesi, seigneur de Pompéian, avait habitué de jeunes paysannes à manier le mousquet. Il prenait plaisir à les exercer et distribuait des prix aux plus adroites.
STA.-tcE LIV. — « Un diable enragé au milieu des roseaux. » — Proverbe italien, Fare un diavolo in un caneto (faire le diable à quatre).
Staxce LV. — « Cette troupe... n'est pas venue pour tirer la quintaine. » — Quintaine, ancien terme de manège : poteau que l'on fichait en terre et contre lequel on s'exerçait à courir avec la lance et à lancer des dards.
Staxce LVIL — « Montetortore. » — Le duo de Modène, en 1613, avait résolu de disputer le passage par ses Etats aux Florentins, qui al^ [aient au secours du duc de Mantoue. Le comte ■^aul Busantin, seigneur de Culague, était du parti de Montetortore à la tête d'une troupe de cavaliers. Le bruit courut qu'il avait prL» la fuite à la vue de quelques soldats ennemis, et abandonné son poste avec tant de précipitation qu'il avait perdu tout son bagage. Oa y trouva, entre autres choses, de petites brosses pour nettoyer les dents, deux peignes d'écaille, un grand miroir, un parasol, une demidouzaine de savonnettes musquées, des gants
parfumés, des flacons d'eau de senteur, une douzaine de petits moachoirs blancs trés-fîns.
Stance LXMII. — « Le camp tout entier du More Ag-ramant. • — Ce roi, ennemi de Charlemagne, vint, selon l'Arioste, mettre le siège devant Paris et combattit longtemps contre les Paladins de France.
Stance LXXIX. — • Pour devise ils portent deux petits f.ies de pourceaux. » — L'italien dit fcgatclli, qui sont des morceaux de foie de pourceau enveloppés dans des morceaux de crespine, enfilés en une brochette; entre chaque morceau l'on met une feuille de laurier, comme on en met aussi avant le premier et après le dernier. Supposant une allusion à cette surte de rajioût, il sera facile d'entendre la veste à quartier bianchi et vermigli et le tramczze di Lauro e le frontière; autrement, il y a de l'obscurité.