‹ Le seau enlevéChapitre 39 sur 40 · CHANT ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHANT ONZIÈME

Staxce I. — « La couronne d' Actéon. » — Un jour qu' Actéon, fils d'Aristée, était à la chasse, il vit Diane qui se baignait dans une fontaine. Cette farouche déesse, irritée de ce qu'il avait vu ses attraits, sans autres ornements que ceux de la nature, le métamorphosa en cerf, et ses chiens le déchirèrent. La colère de Diane ne venait sûrement que de quelque défaut secret dévoilé au chasseur. D'autres disent qu' Actéon eut les bonnes grâces de Sémélé, amante de Jupiter, et que ce Dieu, pour se venger, orna le chef d' Actéon d'un bois de cerf.

Stance YIII. — « Cassé la tête à un de ces insolents. » —Tassoni fait ici allusion à l'impudence et à l'effronterie des sbires et cochers de fiacre de Rome.

Stance XV. — « Son corps à cette terre renommée. » — La ville de Ferrare.

Stance XVL — « La ville de Florence. » — L'italien dit la Citta del Fiore, la ville de la Fleur. On appelle ainsi la ville de Florence à cause d'un lys qu'elle porte dans ses armes.

Stance XXIV. — « Cette liqueur généreuse qui donne du courage. » — Quand on a bien DU, dit Horace, craint-on la guerre ou l'indigence.

Stance XXVI — « û riantes étoiles du ciel

d'amour!» — Toutes comparaisons tirées de Pétrarciue. Les auteurs italiens du seizième siècle imitèrent parfaitement en cela Pétrarque : mais ils n'eurent point les grâces qui font pardonner à l'amant de Laure "bien des ridicules.

Stanxe XLI. — « Caspar Salviani. » — Ce Salviani était, nous dit M. de Cédors, un des Çlus intimes ainis que Tassoni eût à Rome. Il était de l'académie des Humoristes, fondée par Paul Mancini, en 16C0. C'est en riant avec Salviani que Tassoni composa l'éloge du bourreau, qu'il lut en pleine académie. C'était une satire trés-mordaiite. Ses confrères lui en firent des reproches, et l'Erytrée, qui en parle dans un de ses ouvrages, s'écrie à ce sujet : « Qu'est-ce que l'oreille de l'homme peut entendre de plus afifreux que le nom de bourreau? » Tassoni fait voir que le bourreau est un des ministres de la justice aussi bien que le Potta ; que son nom. seul fait trembler les scélérats ; qu'il est utile, nécessaire, indispensal)le dans tout gouvernement bien réglé, et que ce n'est point une flétrissure pour lui que de tuer des hommes; puisque les gens de guerre, dont la profession est ti'ès-honorée, en tuent grand nombre avec bien moins de raison que lui.

— « Frangipani. »— Les Frangipani sont une famille romaine dont le nom dériverait des mots latins frangere payiem, parc-e que dans un. temps de famme un de ses membres aurait fait distribuer au peuple de Rome du pain et du blé. Cette famille portait pour armes : dazur à deux mains d'argent tenant un pain (Tor coupe en deux moitiés. Elle s'est signalée aux douzième et treizième siècles par soa acharnement contre le parti guelfe et le Saint- Siège, surtout contre le pape Gélase II, Jean de Gaëte, qui, arraché de l'autel et maltraité d'une manière indii;ne par Ceucio Frangipani,

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fut obligé de se réfug-ier en France. Les Frangipani, durant de long-ues années, furent de zélés défenseurs de l'empire contre les Papes. Après la bataille de Tagliacozzo, un Frangipani ayant trahi et livré Conradin et reçu pour prix de cette trahison des fiefs considérables, s'établit à Naples où il devint chef d'une nouvelle branche de cette famille. Un Frangipani, qui servit en France sous Louis XIII, inventa des parfums et des odeurs qui ont été nommés de son nom Frangipanes. Il fut le dernier de sa branche, n'ayant point voulu avoir d'enfants. On trouve encore aujourd'hui des Fringipani en Hongrie et dans le Frioul.

Staxce XLVI. — « Le somptueux palais d'un seigneur.» —C'est le palais du cardinal Sacrati, qui était de Ferrare. Cette Eminence, qui ne pouvait le supporter, eut beau le faire turlupiner par tous les officiers de sa maison, l'intrépide Culagne, qui avait résolu de ne décamper qu'au bout de cinq semaines, tint bon.

Stance L. — « Fulvio Testi. » — Fulvio Testi, grand ami de Tassoni, avait la clef de tout le poëme du Seau enlevé : c'est lui qui fournit plusieurs plaisanteries à notre auteur sur le comte de Culagne. Testi, à l'âge de vingt ans fit imprimer à Ferrare, en 1613, un volume d'odes, où, comme Horace, il célèbre les héros, l'amour, le vin et la galanterie. C'est le poè'te de son temps qui ait le mieux réussi dans le genre lyrique.

Staxce LI. — « Celle que votre cœur adore.» — C'était une Espjagnole nommée dona Maria di Ghir, qui faisait dans Rome le métier de courtisane, et qui ruina de fond en comble le Romaùi Titta. Hercule Bentivoglio, dans la première de ses satires, fait mention de la ruine complète de ce héros.

StaxceLIV. — « Faire mourir le comte.» —

Ce fait, vrai au fond, est un peu altéré, le voici au vrai. Un amant de la femme du comte voulut, dans Rome, se défaire du mari. Il manqua son coup, et Culagne le fit emprisonner avec sa femme.

Stance LVII. — « Du ressentiment toute une journée. » — Le peureux Culagne affecte la modération, il se rappelle sans doute ce conseil de l'apôtre : « Que le soleil ne se couche point sur votre colère ( sol non occidat super iracundiam vestram). •

— « En champ clos. » — Culagne était noble et marquis. Titta était manant selon les idées d'alors, il n'était pas permis de se commettre ainsi en dehors du champ de bataille.

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