‹ Le seau enlevéChapitre 8 sur 40 · DE LA LITTÉRATURE ITALIENNE XIX · texte numérisé non relu

DE LA LITTÉRATURE ITALIENNE XIX

trêves qui fut rorapue (1248) par la prise d'un seau, qui fait le sujet de la Secchia Rapila. Cette conquête, la Valeur, la défaite et la captivité d'Enzio, fils de Frédéric, la prise de Rubiera, celle de Gastelfranco, sont autant de faits conformes à rhi»toire. Il est cependant difficile de savoir au vrai si le seau, objet de notre poëme, est véritablement la cause de la guerre chantée par Tassoni. Il n'y a point d'historien qui parle de ce seau, quoique pourtant il est certain qu'on garde à î»îodène, dans une forte tour, un seau de sapin saspendu à la voûte d'unp salie du Trésor de l'élise cathédrale, avec une chaîne de fer qui aurait servi, dit-on, à fermer la porte de Bologne, par laquelle entrèrent les Modénais quand ils ravirent ce seau. Tassoni lui-même dit que la guerre qu'il chante est vraie ; pour le seav^, on tient qu'il on fut l'occasion. Sigcnio et Vedriani, Bolonais, Guidaracci et Campanaccio, Modénais, ne rpppojtent dans leurs histoires d'autres causes de cette guerre que la suite des différends qui ont toujours existé entre les d.îuî Etats de Bologne et de Modène. Ils disent même que les papes de ces ttmps-là avaient part en ces démêlés, à cau.se des factions des Guelfes et des Ghibellins, car ce fut le légcil Oclavian Ubaldini qui' incita les Bolonais à faire aux Mcdénais l'insulte d nt il est question dans le poëme de Tassoni.

Campanaccio, qui a écrit particulièrement cette guerre, en parle d'une autre manière. Voici sommairement ce qu'il en dit :

• Les Modénais, fâchés de ce que les Bolonais retenaient sous leur domination les villes de Nonanlola et Sancesareo, qui avaient toujours été de leur domaine, les envoyèrent prier de les leur rendre, et ensemble da vouloir bien leur donner leur amitié, qu'ils souhaitaient d'avoir. Les Bolonais leur répondirent que Nonanlola s'était volontairement d îi.aée à eux et que Sancesareo

leur était denreurée pour les frais des guerres passées: que pourtant ils voulaient Ijien les leur rendre pour leur faire voir qu'on ne pouvait les surpasser ni en puissance ni en générosité. Les Modénais se crurent maltraités et insultés par cette réponse, et le chagrin qu'ils en conçurent les fil résoudre à la guerre, et, pour cet effet, sans en dire mot, ils appelèrent à leur secours Enzio, roi de Sardaigne, leur ami, fils de Frédéric II, empereur d'Allemagne, ennemi du pape. Les Bolonais en étant avertis, se préparèrent diligemment à la défense et se mirent en campagne avant même les Modénais, et vinrent tout d'abord camper sur les bords de la rivière du Panare, qui faisait la séparation de leurs Etats.

Peu après, Enzio, de son côté, y arrive incontinent avec ses troupes allemandes et celles de Modène. Et comme les deux armées se regardaient l'une l'autre, pour s'opposer à celle qui voudrait passer la première ; le roi, qui était jeune (il n'avait pas encore vingt-cinq ans) et était plein de courage, désirant d'en venir aux mains sans attendre plus longtemps, fait passer pendant la nuit une partie de ses troupes à un gué qui était plus bas, croyant surprendre les Bolonais; mais il s'était trompé : ils le reçurent fièrement et le repoussèrent avec grande perte pour lui. Il ne laissa pas, la nuit suivante, que d'aller à Nonantola, la croyant prendre sans coup •férir ; mais les avis qfui lui avaient été donnés étaient "aux ; il fut contraint de revenir. Les Bolonais, prenant 'jccasion de son absence, passent la rivière au même gué, pour venir sur les Modénais ; le roi Enzio vrive qu'ils étaient à Fossalte ; là, se donne une sanglante bataille, le jour de la Saint-Barthélemy 124^ (24 aoûi). Le roi combattit vaillamment; il attaqua Lambertazzi, vaillant capitaine, qui lui tua son cheval; remonté sur un autre, il fut enfin pris et mené à Gastelfranco, d'où il fut ensuite conduit à Bologne en un triomphe magnifique.

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