‹ Le Second Empire: dialogues politiquesChapitre 2 sur 3 · IM · texte numérisé non relu

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: < Je die dooc que l'intérM général de l'Europe, et de U France eomme de l'Europe, veut le respect des traités et le œaintiea de 1» paix qui repose sur le» traités : cela n'euchalne en aucune façon la liberté de notre patrie dans l'avenir; cela n'enchaîne en aucune façon 863 destinées ; l'aveair amëoeFA oe qu'il plaira à Dieu.

• Eh bien, messieurs, il d'; s aucun homme sensé qui ne sache qu'il n'y a aujourd'hui point de question de paix isolée eu Europe ; que tout se lie , que tout se tient ; une question de paix italienne est inévitablement une question de paix européenne. {Av anire: C'est vrai!) Crojez-voua ou ne eroyex-voaa pas que la paix Italienne soit compromise? Croyezveus ou ne croyez-vous pas qu'il y ait eu Italie un mouvement énergique, redoutable, qui travaille ft susciter la guerre dans la péninsule, à chasser par la g-uerre l'Autriche de l'Italie, à amener le remaniement territorial de l'Italie tout entière? L'honorable H. de Lamartine ne vous disait pas autre chose tout k l'heure ft cette tribune ; tous les faits qui sont sous vos yeux, tous les écrits qui voua arriveut, toutes les paroles que vous entendez , vous expriment ce dessein, cette intention, cette passion.

t Ces jours derniers, uu des chefs de la jeune Italie» M. Mazzini, m'écrivait par la voie des journaux, par le National, pour me dire que c'était là ce qu'il voulait, ce qu'il faisait, ce it quoi il travaillait, C9

qu'il espérait bien accomplir, et que lui et ses amis ne cesseraient pas de susciter toutes les populations, et d'entraîner tous les gouvernements en Italie, vers ce but,

( Groyesf-Tous que l'Autriche se laissera faire? Croyez-voiis qu'elle ne se défendra pas 1 £t quand elle se défendra , croyez-vous qu'elle se défendra seule ? Est-ce que tous ne savez pas que les autres puis- ■anoes du Nord sont irrévocablement liées avec elle sur cette question î {Afouvement. ) Estnw que vous ne savez pas que le cabinet anglais ne se détacherait pas d'elle sur cette question! {Mouvement.) Elst-ce que vous ne savez pas que le cabinet de Londres a répondu formellement, h la demande du cabinet de Vienne, qu'il ne pouvait pas admetbe un changenimt au ttatti quo territorial en Italie?

f Je m'étonne que des faits si connus ne frappent pas votre attention ou que vous n'en teniez aucua compte, comme si vous ne les saviez pas ! Dés que la fermentation de l'Italie a éclaté, le cabinet de Vienne s'est adressé aux grands cabinets européens pour leur dire qu'il n'entendait pas se mêler des affiùres intérieures de chaque État italien , qu'O n'entendait apporter aucun obstacle aux réformes intérieures que les souverains , de concert avec leurs peuples, jugeraient à propos d'accomplir ; mais qu'il ne pouvait admettre que ces réformes allassent jusqu'au remaniement territorial de l'Italie, et qu'il réclamait d'à-

vance leur adhésion au mtûntieD du statu quo territorial. Les cabiDets ont répondu ea adhérant au statu f «0 territorial, eu lui déclarant q^u'il était pleinement en son droit de le maintenir, et....

« M. Odilon Babbot. Contre les puissances étrangères, et non contre l'Italie ! (Rumeurs. — N'interrompez pas ! )

I M. GuizOT. Si l'honorable M. Odilon Barrot, qui m'interrompt, connaissait les pièces dont il s'agit, il verrait que c'est précisément contre les mouvements italiens, qui voudraient chasser l'Autriche de l'Italie, qu'elle avait voulu se prémunir auprès des cabinets, et que c'est précisément & propos de ces mouvements que les cabinets lui ont répondu que le statu qw> territorial italien, car dans le ttaiu quo territorial européen est compris le statu quo de l'Italie, que ce ttaiu quo est garanti par les traités. Et il faudrait une imprévoyance que je ne puis concevoir, même quand je l'ai sous les jeux, mémo quand je la vois, pour méconnaître que. si un pareil fait arrivait, et si la France se mettait du c6té du mouvement italien , vous verriez à l'instant mAme la coalition des quatre puissances se former contre nous. (A^iétvM au centre.)

I Oui! il faut un étrange degré d'ignorance et d'imprévoyance de la politique européenne pour avoir un instant de doute & cet ^ard. {Trit-bien! trishienl)

• Messieurs, en 1831, dans cette même enceinte, au moment de l'ébranlement subit de notre pays et de l'Europe, nous n'avons pas voulu jouer, contre les traités, la partie révolutionnaire du remaniement territorial de l'Europe . Noos avons bien fait.

I Nous avons bien fait, dans FhitérAt de la imm^ité et de la dignité de notre pays, comme dans Fïatérét de son repos et de sa prospérité. Ce qu'on vous demande aujourd'hui, c'est (fe jouer cette partie pour le compte de Fltalie; c'est de Paire, pour enlever la Lombardie h l'Àutriebe, ce que vous n'avea pas voulu &ire pour reprendre vous-rnSmo la frontière du Rhin et ta frontiëte des Alpes. {À» centre .- Tris-hien! Triê-Hent)

• Voilà ce que l'on vous demande. Cela ae vaudrait pas mieux moralement que ce qu'on vous demandait en 1831 ; cela serait dix fois plus insensé. Je repousse absolument une t^e idée, et jamais asouu des membres qui ont l'honneur de siéger sur ces bancs ne se prêterait k une politique aussi superâcielle que téméraire. {Trig-biex ! )

( Je tiens pour démontré que les întérèts de la paix européenne ont été bien soutenus, bien défendus par la politique que nous avons suivie dans la question italienne.

t Voyons les intérêts de la politique religieuse. •

M. Guizot, après avoir étubli qu'à ses yens kt

quesltoa de poliliqne religieuse eu Italie, c'était la réconciliation èincère, sérieuse, profonde de la religion et en particulier de l'Êgliie catholique avec la société moderne; après avoir rappelé les faits qui, depuis Pie VII jusqu'à Pie IX, tendent à consacrer celte réconciliation désirable, reprend soi) discours en ces termes :

( Mais, permettez-moi de votiâ le dire, Messieurs, yous oubliez les conditiooB de ces faits-là. tous ou- .blies les conditions de leur succès. Savez-vou^ ce qu'il faut pour que le pape Pie IX réussisse dans la grande œuvre qu'il a entreprise t II faut qu'on ne lui demande pas ce qu'il ue peut pas et ne doit pas ioire comme pape „ il faut qu'on n'entame pas sa souveraineté, sa souT^aineté Bpirituelle et les qobditions. temporelles de sa souveraineté spiEituelle ; il faut que la papauté reste entière- Vous pouvez bien lui demander^ et à grande raison, de poursuivre la réconciliation de la religion avec k société moderne ; mais elle ne peut pas s'abdiquer eUa-méine ; «lie ne peut pas se détruire elle-même ; jl faut qu'elle e& maintienne dans toute sa sjdendeur et. dans toute sa pureté. C'est l'honneur et la gloire et le besoin de l'Italie, aussi bien que de la ville de îtome et da la .papauté elle-même.

* Il faut donc qu'oji ne demande au pape que ee qu'il peut fiiire, et en même twap» il ^ut que le pape

soit bien soutecu, fennement soutenu contre ceux qui Toudrwent lui faire faire plus ou autre chose.

* Eh bien, vous ne pouvez vous dissimuler que le pape est aujourd'hui soumis b. la pression de deux forces qui traTailleut & s'emparer de lui et & faire de lui un instrument. On veut s'emparer du paipe pour en faire tin instrument de guerre contre l'Autriche ; on veut qu'il devienne l'instrument de ce fait-là, et en mâme temps on pèse sur lui pour qu'il devienne, dans l'organisation des sociétés italiennes, l'iostrument d'idées, de théories que j'appellerai... que je n'appellerai pas si on ne veut pas, radicales ou révolutionnaires, mais qui ne conviennent pas à. l'ordre, qui ne conviennent pas à l'organisation régulière et pacifique des sociétés. On veut se servir du pape pour le remaniement de l'Italie et pour une organisation politique bien prto d'Mre républicaine.

* Je reviens et mon idée, et je dis qu'il y a des influences, des forces qui pèsent sur le pape et qui lui demandent des choses qu'il ne peut pas et qu'il ne doit pas faire.

I Le pape ne peut être qu'un instrument d'ordre et de paix. Et quand je dis un instrument, je lui en demande pardon & lui-même ; ce n'est pas le mot dont je dois me servir. Le pape ne peut soutenir que la cause de l'ordre, de la paix et de l'amélioration régulière, pacifique des sociétés. Il n'est pas, depuis tant do siècles, le représentant le plus éminent des

idées de conservation, de perpétuité, d'ordre, pour venir les abdiquer en ce moment et se faire un instrument de guerre, de désordre et d'anarchie ; il ne le fera pas. [Bravo ! bravo !)

t Comptez sur la nature de l'institution autant que sur le caractère de l'homme; le pape, le pontife, le prêtre, s'il le fallait, sauverait le souverain qvâ, je l'espère, n'est pas compromis. [Nouvelle a^robation au centre.)

■ (Voilà, messieurs, ce que j'appelle la politique m^ ligieuse ; et c'est celle que nous avons pratiquée et que nous soutenons en Italie : c'est celle que nous soutiendrons....

< En vérité, je ne puis assez m'étenner quand j'entends parler de l'annulation de notre politique au dehors, de l'affaiblissement de nos inâuences et de DOS alliances. Uais, messieurs, qu'est-ce qui se passe en Italie ? Quelle est la politique qu'essayent de faire prévaloir les princes, les gouvernements, les hommes sages et bien intentionnés de l'Italie ? Quelle est cette politique » C'est la politique libérale et modérée, la politique du juste milieu, celle que nous pratiquons ici, celle qui a réussi en France, celle qui réussira au dehors, si les "hommes ont assez de prévoyance et de courage pour en comprendre la portée et les conséquences .

« Je le dis aujourd'hui aux Italiens, comme je l'ai dit en 1831 h mon pays : s'ils savent se contenter des

— lié —

réformée paiBiUement et régulièrement praticables aujourd'hui; s'ils savest s'arrêter sur la peute aur laquelle ou veut les précipiter; s'ils continuent d'entourer leurs princes, de fortiâer leurs i^uvemcpimits;' s'ils continuent de ae tien &ire, de be rien demander que ce qui peut se fwte de concert avec leurs gou versements, sans troubler la pais de l'Europe; e'Us savent faire cela, ils réussiront dans ce qu'ils ont entrepris aujourd'hui, et ce qu'ils auront fait aujourd'hui fera le rest« s'il iJaît à Dieu, et le jour où il i^aira à Dieu, » {Tréê-bien! Très-Uen!)

M. Thiers répODdilà M. Guizol, «t cette répODse fat telle, que le prcstdent du CAoseil put constater à l'instant même, de\'ant la Chambre, le complu «wieerd qui existait etAn M. Thiers et lui sur les point» les plus essentiels de la question italienne. Leur langage et leur pose dilTeraienl ; leurs opinions étaient bien près l'une de l'autre. M. Thiers mettait un accent plus vif dans l'expression de ses sympathies pour l'Italie et de ses griefs contre la prépondérance aulricbienoe ; 11 parlait des réformes avec plus d'entralaemeat et d'exsgéraUon ; il disait qu'il fallait vbsener les tratléi, nutis les détester; il avait la voix et le geste du chef de l'opposition, et M. Guizot la parole plus «slKte el plus grave «^ eh^ du aiuistère. Mais allra an fond, et la qaestioa italienne.

pour H. Thîers comme ponr M. Guizol, c'était tes. réfitrme» et non lu guerre, les réformes par les princes et nm contre eux ,*c'éiait le maintien du statu quo terriloriei en Italie et le reipêct des traités ; c'était rsécomi arec l'Angleterre pour amduire cette pùli- 't'fiM. Voilà le programme commun. ■Iloes'agitpas,

■ disait H. Thiers, du remaaiement des territoires,

■ il s'agit, au contraire, de les faire respecter, mais

• tous, les petits comme les grands. Il s'agit d'en-

■ couraçer les souverains. Ia question est tout en-

• lière dans ce que nous pouvons et devons faire « ponr ritalie. Ce que doqs pouvons et devois faire,

■ c'est de réclamer pour elle l'application des traités.

■ CcJa vent dire que le Piémont, que Parme, Mo-

■ dise, Florence, Rome et Naples, sont indépen- « dantt, qu'ils peuvent se donner ks constitutions

• qa'lt leur plait, quand il leur plaît, dans la me- « sare qu'il leur plait de dioislr, et que personne n'a « le droit d'intervenir.

■ Vous me direz : Ce n'est pas assez ; les Italiens < se s'en coDteateront pas. Sans doute ceux qui souf-

■ fnat, et je compatis à leurs souffrances, tous de^

• nanderout davantage; mois faisons d'abord le K nécessaire, le.postible^ faisons-le. >

M. Thiers tourne sa pensée en déclarant que la Fcance aurait dû ne pat séparer 6a pelitique lîe ceile

de l'AngîetetTe en Italie; que les deux puissances unies auraient dû dire : Il faut respecter tous les territoires en Italie; il faut observer les traités et les faire observer; il faut respecter l'indépendance des gouvernements et les engager même à réformer lès abus. La question est donc bien simple, ajontait-i) ; je ne nie pas l'avenir de l'Italie; je pose la question pratique comme elle me paraît devoir être posée.

Daas sa réplique â M. Thiers, M. Gulzot, en coaslalanl la coaronnilé de leurs vues et en relevanl cerlaEnes exagérations et certains eulralnemeats de son adversaire politique, terminait ainsi ce grand débat r

« L'indépendance des États et de leur goùver-

■ nement' a pour nous la même imporlaDce et est

■ l'objet du même respect que le maintien de la

■ paix et des traités. Je crois, comme M. TliEers, « que rétablissement d'institutions libres tourne

■ au profit de la France, de son influence, de sa « grandeur; à une condition étendant, à la condi-

■ tîon que ces tentatives réussissent, à la condition

■ que ces gouvernements constitutionnels deviennent « des gouvernements réguliers et durables. Savez-

■ vous ce qu'il y à de plus dangereux, de plus fatal

■ pour le régime constitutionnel, pour ce côté de < l'équilibre européen? Ce sont les tentatives tnfrucr

■ lueuses ou malheureuses. Savez-vous ce qui a le

■ plus nui aux rérormes en Italie, aux progrès de

■ rilalie? Ce sont les révolutions de 1830 et de

< 1824; ces révolutions mal conçues, venues mal à

< propos, s'établissantsur demauvaisprincipes, Ton-

■ dantdes institutions impraticables. C'est là unedes « principales causes qui ont retardé pendant si long- • temps le progrès, les réformes et la liberté de l'Ita-

■ lie. Je n'ai nulle envie de voir recommencer des

< tentatives pareilles. ■

Combien les faits, un moisaprès,se chargeaient de eonflrmer ce langage, ces conseils et ces prévisious ! M. Guizot, au moment où il parlait, n'avaità rappeler que les dates des révolutions de 1830, de 1834 et de 1851, comme dates fatales à la liberté italienne, ^ous avons, nous, à rappeler la date bien plus fatale encore de 1848. La leçon est plus complète. Ce qui étonne, ce qui décourage, c'est que ces leçons servent si peu, et qu'on recommence les expériences condamnées, les mêmes fautes, les mêmes erreurs, pour échouer sur les mêmes écueils.

L'opposition de 1831, en France, MM. de la Fayette, MauguinetLamarqueconseillaienlàCasimir .Périerdedécbirer les traités, de reconquérir les frontièresdu Rhin, de prêter à toutes les insurrections les armée^de la France, de tenter le remaniemenl lerri-

torial de l'Europe. Un sait avec quelle énei^te Casimir Périer comballil celle polllique. L'opposiUoa de 18i7 allait moins loia ; elle reprocbail à M. Guizot de n'avoir pour l'Italie que des sympathies lièdes; de ne pas assez encourager le mouvement qui emportait ce beau pays; de dire à Pie IX : Prenez garde.taintpère, au lieu de lui crier : Courage, saint-père! Elle lui conseillait aussi de promettre l'épée de la France, si la cause ilalienae, pour être sauvée, exigeait qu'on la tirât. Elle voulait que la lutte eu Italie fut dirigée contre l'Autriche et prit le caractère d'une hostilité et d'une rupture. Les uns disaient qu'il fallait déchirer les traités, les autres qu'il fallait les détester. Nous venons de voir avec quelle autorité et quelle force M. Guizot résistait à celte polllique qui fut mise en lambeaux, quelques jours après, par la révolution de I84â. Ce furent, en effet, des révolutions mal conçues, venues mal à propos, s'établissant sur de mauvais principes, fondant des institutions impraticables qui firent dévier et avorter le mouvement des réformes de 1847 ; ce furent en effet les princes que l'on opprima, ce fut Pie IX qu'on exila à Gaëfe et Charles-Albert quis'cxila lui-même bientât après, pour mourir abaudonné en Portugal; ce fut, en effet, à Rome, le prêtre qui sauva le souverain; ce fut, en effet, le chaos européen que l'on créa.

Aujourd'hui, la politique que l'on conseille encore à Napoléon III, celle que le Piémont veut imposer à la France, n'est-ce pas toujours cette politique du chaos que Casimir Périer et M. Gaizot ont repoussée absoliiment , énergiquement, et que les faits ont si hautement condamnée depuis vingt-sept ans? Ne reste-(-il pas vrai que, si la France se mettait du côté du ttUmvemealiti\ien,ronverrait la coalition des qu^re puistances se reformer tôt ou tard contre la France isolée? La base de la politique de la France ne doit-elle pas être toujoursles droit .- permanents et absolus, les faits existants et reconnus ; pas de révolution et pas de gueire? N'est-ce pas toujours contre ia politique des chimères et de la confusion que doit être dirigée l'action de la Frani», à laquelle l'empereur doit- Conserver la paix, l'ordre et le progrès?

LE PUBLICISTE

Je vous remercie, mon cher ministre, de nousavoir reporté à ces grands souvenirs de la tribune française, renversée en 1848. Ne vous scmble-t-îl pas qu'en écoutant M. Guizot, après avoir entendu M. de Cavour et ses échos en France , nous sortons d'une atmosphère malsaine, chargée d'orages, où règne la passioQ politique, où la télé est lourde et ûé-

vreuse, où ronrcspirel'ainlelSiS, pourrentrerd&ns l'aimosphère calme et sereine de la raison politique? J'aurais voulu envisager la question italienne sous UQ autre aspect. Vous ave;t dit avec raison que l'Iialie, comme la Pologne, avait vu é'chouer le succès de ses tentatives d'indépendance par deux causes : la première, c'est qu'elle a confié jusqu'ici ce succès à la révolution qui, chaque fois, l'a compromise; la seconde, c'est que la question italienne, comme la question polonaise, est une question européenne et qui porte dans ses flancs la guerre générale.

Cependant Je me suis demandé souvent s'il n'y avait pas une solution pacifique à donner à la question de l'indépendance italienne à Milan et à Venise. Les nobles aspirations du comte de Maistre, de Mansoni et de Sylvio Pellico, deMassimod'Azeglio . et du comte Balbo, de Pie IX et de tous les papes guelfes qui ont lullé contre l'empire en faveur de la liberté italienne, toutes ces aspirations sout-elles irrévocablement condamnées?

Ne pouvait-on pas et ne pourra-t-on plus rattacher la question italienne à la question d'Orientet proposer Danube, de larges compensations es? M. le comte de Fallonx vient Correspondant, cette idée, qui est 'tient h M. de Talteyrand qui eu

proposa la réalisalioa dans leplao de paciflcatioD générale qu'il présenta à Napoli^on I" après la victoire d'Austerlitz. Le comte Baibo l'a jeiée comme sa dernière ospérance dans son MvndelteSperanze d'Italta . Je voulais la reprendre aujourd'hui el en examiner la valeur avec soin. Nous y reviendrons demain.

L'HOMME D'ÉTAT

Celle idée , en effet , mérite d'être étudiée ; mais Napoléon III ne semble pas plus disposé à l'aecuelllir que NapoléoD l" n'a consenti à l'accepter des maios du prioce de Talleyrand.

Avant de terminer cet entrelien déjà long, recueillons-nous un moment pour résumer noire pensée sur la situation extérieure de l'empire.

Cette situation comprend trois époques qui correspondentà trois politiques. La première est l'époque de la guerrede Crimée; c'estralliance occidentale el la haute fortune qu'elle apporte à l'empire. La seconde date du congrès de Paris : la France se rapproche delaRussie et se sépare derAutriche ,en nourrissant l'espérance vaine de ne pas rompre l'entenle avec l'Angleterre. La troisième naît après l'attentat du 14 janvier; c'est l'alliance avec le Piémont et le mariage sarde qui la caractérisent; c'est la rupture de

l'alliance occidentale el la meuace d'une guerre générale et révolatioriDaire qui la sIgDaleiil.

VoDS avez décrit la première époque : Napoléon III trouve la France dans l'isolemeat, entourée des défiances européennes; on refuse d'appeler mon frère et mon eottsin l'emperenr parvenu ; nn coup de la fortune ou de la Providenccouvre la guerre d'Orient d'où sort la triple alliance occldeotate ; l'empire, par la gloire des armes et le bonheur de sa politique, ne se trouve pas à la suite, mais à ta tête de cette forte alliance et il la domine ; il rend à la Fraiiœ I» gloire militaire dont elle avait été depuis longtemps sevrée et en même temps lui conserve la 'lois, condition de sa prospérité intérieure.

Napoléon IIJ, appuyé sur l'Angleterre, assurait la sécurité de la France et la paix de l'Europe; appuyé sur l'Autriche qui engageait inéviiablement la Prusse après elle et qui lui apportait l'influence germanique tout entière, il arborait le principe conservateur que l'Autriche représente; ai^uyé sur Rome, il participait à la force du principe rdigienx et catholique dont TÉ^ise dispose. Il avait fait de la France la première des puissances militaires, la première des puissances conservatiices, la première des puissances catlraliques.

L'Europe de ISlSétait dissoute, avœ les alliances

qui la cousUluaieiit ; il n'élait plus besoio de faire la guerre pour déchirer les traités que la France avait appris à délester, puisque ces traités avaient perdu une partie de leur valeur. Napoléon III avait rencontré la fortuoe inouïe de prendre cette éclatante revanche de Waterloo, avec l'aide de l'Angleterre et de TAutrlcbe. Il marchait visiblement à la suprématie européenne qae déjà on ne lui contestait presque plus; il avait trouvé son étoile, et comment l'avail-il trouvée? En ne cherchant pas à créer, à précéder les événements, è les précipiter, à les faire se cabrer en les fouettant, mais en se bornant modestement à les suivre et à s'en servir avec sagesse et bahilelé.

H ne lui restait plus qu'à jouir des fruits de cette politique extérieure, en consolidant la situation, è donner i la France, après une guerre glorieuse, une paix fécondequ'on lui avait promise, à semer, dans ce sol labouré par les révolutions, des institutions fortes et vivantes que la liberté politique plus tard aurait couronnées, à fortifier les digues opposées k la révolution, qui était domptée, mais qui ne secroyait pas vaincue, & ramener à l'empire les classes politiques indifférentes ou hostiles, à conquérir à la religion, à la morale, à l'aisance, celle partie encore si nombreuse de la population qui, au milieu d'un pays de foi et de

croyance, eonnatt à peine les préceptes du Christ ; qui, au sein de la terre la plus fettile du monde.peut à peine jouir de ses produits de première néeessité (i). Il ne luirestait plus enfin que des ruines à relever, des faux dieux à aifMtre et des vérités à faire triompher (2).

Arrivé à ce faite, la tête tourne aux plus sages, la main maniiue aux plus fermes, surtout quand on y est seul, et qu'oa ne rencontre pas ces utiles résistances que présentent les fortes institutions.

De cette situation d'iiier , jetez directement le regard sur la situation d'aujourd'hui, et mesurez la distance qui les sépare. Au lieu de celle grande alliance occidentale à la tête de laquelleon se trouvait et qui ouvrait de si admirables perspectives à la France, on se met à la suite de la petite alliance du Piémont qui lui-même est à la suite des réfugiés, à la suite de la révolulion réveillée, encouragée, excitée, beaucoup plus sûre aujourd'hui de tout bouleverser que M. de Cavour n'est sûr de vaincre. On marche vers la rupture avec l'Angleterre qu'on avait juré d'éviter, en courant, à travers les hasards, après l'alliauce de la Russie que peut-éti'e on n'atteindra pas. On consomme la rupture avec l'Autriche, en.

(1) Discours de Bordeaui. — OEuvret de Napoléon III, 1. III, page 341.

ressuscïlant, au béoéûce de celte puissance, le mou* vement germanique de 1813. Oji préparc la rupture, avec Rome, qui n'a jamais profllé k personne. Ou alarme l'Europe qu'on avait rassurée; on inqutèle les iotéréls conservateurs et religieux qu'on avait' accepté ta mission de défeudre. Les traités de 1815que le silence de la France avait longtemps couverts et dont la valeur semblait disparaître avec les, alliances qui en formaient la base, ces traités remis, imprudemment en cause, la France ne va-[-elle pas les voir de nouveau solennelicmcut consacrés, sanctionnés par le vote européen du futur congrès qui maintiendra la paix ouqui suivra la guerre?

On descend de Is suprématie européenne à laquelle on touchait, pour retourner ù l'Uolement dont on était sorti. On abandonne la voie tracée par la Providence et on l'on avait rencontré le succès, pour entrer dans la voie où le premier empire s'est égaré et perdu. Si l'on Tait un pas de plus dans cette voir, on va se trouver dans cette position fatale de n'avoir plus qu'une paix liumiliée à accepter des mains du congrès, à cause des espérances et des prétentions impossibles qu'on aura permis de soulever et dont on restera solidaire, ou de n'avoir.plus à faire qu'une guerre révolutionnaire et injuste, une guerre sans cause et que personne ne peutdéflnir ni compreadret

UM guerre sans autres résultais que des périls, avec l'Ëurepe coulre soi, av«c ropiiiion contre soi, et sans l'enthousiasme de la France. Paix bumitiée ou guerre révolutionnaire, politique pusillanime ou provocatrice, abaissement ou chute, voilà le dilemme vers lequel la politique du Piémont pousse l'empire, et aux deux twuts de ce dilemme je a'apen;ois que la mine. On tomberait snr l'éoMil italien indiqué il y a prés de dix ans par le princa de Melternlch, en devenant l'empereur révolutionnaire.

11 est impossible, au spectacle auqud nous assistons, de ne pas se rappeler, comme je l'ai fait déjà, la célèbre entrevue de Dresde du 38 juin 1813 entre Napoléon I" et le prince de Metternlch, et d&as laquelle l'empereur, au lieu d'accepter la paix magnifique qu'on lui offrait, en gardant dans les limites de l'empire la Belgique, la Hollande, les provinces Rhénanes, le Piémont, la Toscane et Naples, c'est-à-dire la prépondérance européenne, préféra la guerre qui l'eatratna un an plus tard dans les plaines de Waterloo. Napoléon I" &i celte guerre contre l'Europe, contre l'opinion, contre l'avis de ses conseillers et de ses généraux, contre la protestation de la France qui voulait la paix. II devait échouer, et l'on ne conçoit pas qu'un géuie de cette trempe ne l'ait pas clairement aperçu. En sortant de cet entretien célè-

bre, M. de Metternich répondit a& géaéral Berthier qui lui dcmapdait avec anxiété s'il était content de l'empercnr : ■ Oui, j'eo suis content, car il a éclairé • ma conscieoce, et, je vous le jure, TOlK maître a ■ perdu la raison (1). ■

Napoléon III peut prouver qu'il n'a pas perdu la sienne, en s'arrélant, en se dégageant des étreintes funestes du Piémont, en reprenant la liberté et l'indépendance de sa politique, eu ressaisissant la silualion qu'il avait créée el qui va lui échapper.

Comment, des hauteurs de râltianee occidentale, est-on tombé au bord de ce précipice? Nous l'avons expliqué : en s'écarlant de la ligne droite, de la grande route dans laqnelle on marchait, pour prendre les chemins de traverse de la politique, dans lesquels on s'égare.

Il ne fallait pas, au congrès de Paris, abandonner la politique triomphante de la guerre de Crimée, pour en essayer une toute contraire, avecdes chances incertaines. Il fallait rester uni à l'Angleterre et à l'Aulricbe, tout en aidant la Russie à rentrer dans le concert européen, n'étant plus ainsi assujetti à une alliance exclusive, mais les dominant toutes ; il fallait, après avoir fait la guerre contre la Russie, ne

(I) M.TUen.BitlMredttCmuubaeidefEmpiu.

pfts essayer de diriger le congrès de Paris contre l'Autriche et l'Anglelerre et ne pas y introduire le Piémont, en grandissant la fiévreuse ambition de CCI agitateur révolutionnaire qui conspire contre l'Europe. H fallait ne pas laisser tomber sans résultats la question d'Orient, si riche d'avenir, pour soulever prémalurémenl la question italienne dans des conditions telles, que la révolution ou la guerre doit nûccssaî rement on sortir.

Nous l'avons vu : la France, depuis dix ou quinze ans, avance en Italie et l'Aulriche recule. Si l'Autricheesl dans lés légations, la France esta Rome; si l'Aulriche est à Milan, la France est à Turin. On pouvait consolider cette position, on ne devait pas la compromettre.

Au lieu de vouloir exclure l'Autriche de l'Italie, contre la foi due aux traites et en menaçant la paix, on aurait du s'allier à elle. Au lieu d'attaquer son inSuence, il fallait la partager, foncier le double protectorat des deux grandespuissances catholiques dans la Péninsule, y travailler ensemble, et de concert avec les princes italiens, aux améliorations, aux réformes à introduire et à étendre, et surtout à éteindre le foyer de la démagogie qu'on y enlrelicnl el à fortifier les pouvoirs trop faibles pour résister et pour agir. On devait suivre en Italie une poli-

tique de goaverncmeat, el ne pas y eacourager la politique que M. Gurzot a si bisD nommée la poliligue du chaos.

Nous avons apprécié la valeur réelle du principe des nationalités dont on agite le drapeau, principe vrai quand on le concilie avec les traditions historiques de l'Europe, principe faux quand on le met au service de la révolution qui l'a altéré et compromis, comme elle a altéré et compromis un autre principe légitime et sacré : la liberté politique. Nous avons mesuré tout le danger dont le monde serait menacé, si ce principe des nationalités était arboré en même temps par les deux empires, la France et la Russie, alliés pour le faire triompher au Nord et en Orient par le panslavisme et au Midi par Vitalianisme. Ce serait non-seulement le démembrement de la Turquie, dont on détacherait les nationalités grecques, roumaines, slaves et maronites, ce dont je me consolerais aisément, mais ce serait le démembrement de l'Autriche, qui, depuis le traité de Westphalie jusqu'à nos jours, a été l'axe de l'équilibre européen, ■ et dont l'exisleoce, selon le mot de Tal-

■ leyraud, est indispensable, dans sa masse, au sa-

■ lut des nations civilisées. ■

Si la question italienne existe, si la Lombardo- Vénétie peut devenir un État indépendant, si, selon

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