‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 10 sur 132 · SU · texte numérisé non relu

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sitions de Dupont de l'Eure à la commission d'enquête sur les Journées de Juin, ou le récit de Marie, rapporté par Émile Thomas (tous deux adversaires des doctrines socialistes et ennemis de Louis Blanc), ou encore donner une entière créance aux confidences de Lamartine notées par Lord Normanby (malgré Les très nom= breuses inexactitudes que présente son journal)? Il nous semble vraiment que non, car si les membres du Gouvernement Provisoire se sont expliqués sur la création de la Commission du Luxembourg, c'était après les Journées de Juin et la plupart devant la commission d'enquête. L'on peut vraisemblablement croire qu’ils cherchaient alors à éluder le plus possible de leur responsabilité même indirecte dans ces événements sanglants. Et ce qui nous pousse à adopter cette opinion, c'est qu’ils ont eu encore la même attitude humiliante dans une autre circonstance, pourtant moins tragique, Ils ont gardé le silence pour ne pas se compromettre quand Pierre Leroux, dans la discussion du projet d’abrogation du décret du 2 mars, leur reprochait leur affectation à présenter ce décret comme l’œuvre exclusive de Louis Blanc. Quand il s’est agi de défendre cet acte « auquel chaque membre du Gouvernement Provisoire avait prêté l’appui de son nom et, apparemment du moins, le sceau de sa conscience » (1), aucun n’a

1. Moniteur, 21 août 1843, p. 2225, col. 2. Discours de Pierre Leroux. Même silence aussi quand le même jour, Garubon demande aux membres du Gouvernement provisoire et notamment au citoyen Marrast « si, lorsqu'il a signé le décret du 2 mars, il a eu l’intention

de servir la cause de l'humanité ou s1 au contraire il a voulu tromper

le peuple en l’abusant ».

osé dégager sa responsabilité d'un tel acte, ni surtout en revendiquer sa part.

Ainsi, quoique devenue peu à peu la tribune du socialisme, redoutable pour le pouvoir même qui l’avait instituée à cause de son influence sur les masses, la Commission de Gouvernement pour les travailleurs semble être, à l’origine, l’expression exacte des intentions du Gouvernement Provisoire à l'égard des ouvriers (1). S’il ne voulait « créer un ministère qui fût celui de l'avenir, remplacer par une organisation paternelle du travaii l’anarchie qui couvait sous son vaste désordre l'oppression de la multitude (2) », il se mettait sans tarder à la recherche des remèdes capables de diminuer les souffrances causées par le régime économique, il affirmait son désir de résoudre la question du travail avec le concours des travailleurs eux-mêmes.

Le seul résultat effectif de cette collaboration du Gou-

vernement provisoire et de la Commission du Luxem-

1. Telle semble être aussi l'opinion de M. Georges Renard: « On s'est demandé s’il fallait voir une machiavélique intention dans l'acte par lequel les modérés du Gouvernement Provisoire déportaient ainsi du Luxembourg les deux plus hardis de leurs collègues (Louis Blanc et Albert, l’un président, l'autre secrétaire de la Commission). Cela est possible; mais il est aussi permis de croire que ce fut un expédient dont personne sur le moment même, pas plus Louis Blanc que Lamartine, ne mesura l’exacte portée, et, ce qui semble Le prouver, c’est l'inquiétude que provoque bientôt cette commission du Luxembourg chez ceux mêmes qui l'avaient instituée, et l'effort qu'ils firent pour en neutraliser l'influence. » Histoire socialiste, tome IX, p. 9.

2. Parole de Louis Blanc interprétant la demande du Ministère de Progrès; Garnier-Pagès, op. cit., p. 183; Louis Blanc, op. cit., t. I, p. 134.

NS

bourg a été la promulgation du décret du 2 mars fixant des limites à la durée de la journée de travail. Ce n’est plus en faveur d’une catégorie particulière d'ouvriers que les législateurs interviennent, ni sous l'influence exclusive de l'idée charitable ou de considérations humanitaires résultant de la publicité donnée aux souffrances des travailleurs, mais le décret est rendu au nom de leur dignité d’homme (1).

Quoique les préoccupations du Gouvernement, s’efforçant de maintenir l’ordre jusqu’à la réunion d’une assemblée régulièrement constituée, ne lui aient pas laissé la possibilité de profiter des autres travaux de la Commission du Luxembourg, il ne faut pas croire qu'il ait renoncé à son rôle tutélaire. Le caractère social dont il aurait voulu marquer ses réformes, est affirmé dans le rapport que Dupont de l'Eure faisait, le 6 mai 1848, à l’Assemblée Constituante, sur les actes du Gouvernement Provisoire : « La Révolution accomplie par le peuple, disait-il, devait s'organiser selon nous au profit du peuple par une série continue d'institutions fraternelles et tutélaires, propres à conférer régulièrement à tous les conditions de dignité individuelle, d'instruction, de salaires, de moralité, d’éléments de

1 « Considérant... 1° qu’un travail manuel trop prolongé, non seulem:nt ruine la santé du travailleur, mais encore en l’empéchant de cultiver son intelligence porte atteinte à la dignité de l’homme. . »

A quelques mois d'intervalle, le Journal des Débats jugeait ce décret, le 4 mars, comme « opportun et bien conçu, il ne contient rien que chacun désormais ne doive professer », et le 31 août, au contraire, « ce décret est à coup sûr un de ceux qui ont fait le plus de mal à no: tre pays ».

nos

travail, de secours et d’avènement à la propriété qui supprimassent le nom servile de prolétaires et élevassent les travailleurs à la notion de droit, de devoir et de bien-être des premiers-nés de la propriété (1). » L'Assemblée Constituante, quoique composée en majorité d'éléments modérés, semble avoir adopté d'abord pour programme la déclaration que Dupont de l’Eure lui avait faite le 6 mai. Si le 10 mai, lorsqu'elle refuse de créer, à la suite d’une nouvelle demande de Louis Blanc, un ministère du Progrès, elle nomme parmi ses membres un Comité du Travail, c’est qu'il paraît nécessaire d'aboutir rapidement à la réalisation des réformes promises. Ce n’est pas que la Constituante s’effraie du plan de réformes proposé par Vidal et Pequeur au nom de la Commission du Luxembourg (2), ou qu’elle ait voulu ouvertement sc substituer à elle, mais puisque la Commission s'était écartée de la tâche qui lui

avait été proposée, puisqu'elle avait démontré « que les

1. Mon., 48,p. 968, col. 1. En comparant ces paroles avec celles que Louis Blanc prononçait dans la même occasion,on voit quel abîme séparait les partisans de la République. des partisans de la République sociale. « Ce que nous avons dit, ce que nous soutiendrons, c'est que l'État doit intervenir entre le faible etle fort pour protéger le faible, c’est que l'État a un devoir de tutelle à remplir envers les ignorants, envers les pauvres, envers tous ceux qui ont besoin de protection, envers tous ceux qui souffrent ; l'État tuteur : l'État donnant le crédit non plus seulement au riche, mais au pauvre ; l'État intervenant dans l’industrie, non pour la désorganiser, mais pour la régler ; non pour l’accaparer, mais pour en exclure le principe d’antagonisme. » Mon., 48, p. 969 et 970,

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