Rapports... I. Bourreliers, p
constituer légalement des chambres syndicales, — réformes qui doivent amener l'émancipation progressive des ouvriers, — ils formulent aussi d'autres revendications où ils font appel à l'intervention de la loi, pour éviter dès maintenant à certaines catégories de travailleurs des souffrances vaines, pour faciliter leur développement physique, intellectuel.et professionnel.
Nous avons déjà rencontré la plupart de ces vœux dans Les rapports de Londres. En 1867 la plupart des délégués réclament pour les enfants l'instruction gratuite, et beaucoup obligatoire. Ils justifient par l'intérêt social cette atteinte à la liberté des. parents, les tourneurs en cuivre s’approprient la phrase de Jules Simon : « Le premier peuple esl celui qui a le plus d’écoles (1) », et jugent la contrainte de la loi-indispensable pour vaincre certaines résistances (2).
1. Recueil. 1, p. 99. « La première chose à instituer, dit le délégué Henry, est l'enseignement gratuit et obligatoire. Les parents n'ont pas le droit de donner des idiots à la société : la loi ne doit donc pas craindre de porter atteinte à la liberté générale. » Rapports... L. Balanciers, p. 28, cuirs et peaux, P. 17, ébénistes, p. 40, facteurs, p. 69. [II. Peintres en bâtiments, p. 6, tourneurs en cuivre, p.18. € On est trop habitué dans notre pays à compter sur l'appui du pouvoir ; il faut savoir s’en passer. Mais nous ne devons lui demander que deux choses qu’il ne saurait nous refuser car elles sont indispensables pour que tous nos efforts ne demeurent pas infructueux : 1° l'instruction primaire gratuite et obligatoire ; 2° la liberté de réunion absolue el sans restriction. » EL. Mécaniciens, p. 163.
2, Aux congrès de l'Intérnationale, la question de l'instruction gratuite avait été discutée et si la majorité des délégués parisiens avaient resulé en 1862, à Genève, devant le principe de l'instruction obligatoire,
ils en avaient senti toute l'importance. Cf. Fribourg. L'association
internationale des travailleurs, p. 59-61.
A défaut de la loi, les ouvriers en sentent tellement l'utilité que certains s’imposent l’obligation contractuelle de faire-instruire leurs enfants. Tels les membres de la Société en commandite simple des ouvriers facteurs de pianos et orgues : l’articie 19 de leurs statuts contient la clause suivante : « Tout sociétaire s’engage, sous peine d'exclusion de la société, à faire donner à tous ses enfants l’instruction nécessaire (1) »
Ils demandent une réorganisation de l'apprentissage, conçu de façon à ce qu’il fasse acquérir à l'enfant une instruction professionnelle suffisante, par une loi sérieuse dont l’application serait facilitée par une certaine publicité donnée aux contrats d'apprentissage, et assurée par une inspection qui pourrait visiter les ateliers et Les dortoirs des enfants et porter plainte quand la moralité ou la santé des jeunes ouvriers risqueraient d’être compromises (2). Plusieurs métiers demandent même une réglementation autoritaire du nombre des apprentis (3).
Beaucoup sont aussi partisans d’une réglementation
nouvelle du travail des enfants. La loi de 1841 est aussi
1. Rapports... Facteurs, p. 62. De même la Société générale des ouvriers ferblantiers réunis, fondée le 13mai 1866: Art. 58.« L'immoralité prenant sa source dans le manque d'instruction, tout sociétaire ayant des enfants est tenu de leur faire donner, suivant ses moyens, sous peine d'être exclu après deux avertissements successifs qui seront donnés dans les trois mois. » Office du Travail, Les Associalions professionnelles ouvrières, t. III, p. 193.
2. Rapports... I, Balanciers de haute précision, p. 24, bourreliers, p. 26, ferblantiers, p. 23. III. Tourneurs en cuivre, p. 3