‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 108 sur 132 · EE · texte numérisé non relu

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idées républicaines : « Considérant que a privation des libertés politiques est un obstacle à l'instruction sociale du peuple et à l’émancipation du prolétariat : {° l'émancipation sociale des travailleurs est inséparable de leur émancipation politique ; 2 l'établissement des libertés politiques est une mesure première d’une absolue nécessité. » [Influence d’autant plus dangereuse pour l'Empire qu’à Genève, au Congrès de la Paix (septembre 1867), venait de se conclure l’alliance des internationaux et des blanquistes.

Il pouvait donc paraître utile de chercher encore une fois à conquérir par des promesses Les sympathies des travailleurs. Parmi les raisons qui ont contribué encore à faire évoluer le pouvoir dans un sens libéral, il ne faut pas négliger aussi l’attitude des délégations ouvrières. Car leurs réunions souvent très nombreuses et leurs discussions vives, mais où l’ordre n’avait jamais cessé de régner, avaient montré que l’éducation politique du prolétariat était en train de se faire (1), et qu’il était prudent de lui accorder les libertés dont il s’était montré digne, sans attendre le moment où il serait capable de les exiger.

Dans les circonstances qui ont précédé la discussion de la loi sur la presse et dans la discussion elle-même, nous trouverons la preuve que ce sont presque exclusivement des considérations politiques qui ont dirigé l'Empereur après 1867 dans la voie des réformes libé-

1. Cf. Article Ducuing, Opinion Nationale, 24 janvier 1868 ; et les

discours de E. Ollivier et de Rouher pendant la discussion de la loi

sur les réunions.

rales, réformes dont font partie les modifications apportées à la législation ouvrière. Au cours d’une réunion du Conseil Privé, dans la nuit du 2 février 1868, l’on discuta, sous la présidence de l'Empereur, la question du retrait définitif ou de la mise à l’ordre du jour au Corps législatif du projet sur la presse, que le ministre, M. Rouher,avait réussi pendant plus d’un an à écarter de la discussion. À ceux qui proposaient un coup d’État pour mettre fin aux revendications libérales, M. de La Valette opposant l'impossibilité d’un coup de force quand il n’est pas « appelé par une incitation ardente du pays », rallia l'Empereur au respect des engagements qu’il avait volontairement contractés en janvier 1867. « ILn’y a donc qu’à compléter les mesures libérales non à les reprendre, disait M.de La Valette ; Le retrait des lois porterait à l’Empire un coup plus fort que toutes les attaques des journaux affranchis : on accuserait l'Empereur de versatilité ; sa parole serait discréditée(1).» Après avoir offert sa démission pour ne pas diriger l’exécution d'un programme libéral,M. Roubher, qui s'était résigné à défendre ce projet de loi que la plupart des ministres et la majorité du Corps législatif

et du Sénat désapprouvaient, attribuait plus ouverte-

1. E. Ollivier, op. cil.,t. 10, p. 409. Neftzer écrivait dans le Temps (8 février 1868) après le vote de l’article 1e de la loi sur la presse : « On ne sait trop ce qui fûl resté d'autorité à l'Empereur s’il avait abandonné le programme du 19 janvier ou s’il l’avait laissé déchirer par sa majorité Dans le premier cas il s’affaiblissait singulièrement ; il se donnait un de ces démentis mortel à tout prestige... dans le second cas l'Empereur se fût trouvé en face d’une majorité victorieuse mais

impuissante. »

ment encore l'évolution libérale à laquelle il se prêtait à d’urgentes nécessités politiques. Dans un discours qu'il adressait au Sénat pour soutenir les projets qu'il aurait aimé combattre, il indiquait la cause qui rendait si impérieuse une orientation nouvelle : l'évolution des esprits et la nécessité de ne pas se laisser devancer par les aspirations de la majorité des électeurs. « Nous ne sommes plus, disait-il, au temps où l’empire était constitué par l'élan de la nation, par le souvenir des dangers récents qui avaient bouleversé la société : nous ne sommes plus au temps où la cohésion est complète. » Une politique nouvelle doit tenir compte de la situation nouvelle de l’Empire : quatre millions de plébiscitaires ont disparu depuis 1852, remplacés par des hommes nouveaux « qui ont dans le cœur des ardeurs nouvelles ; ils aspirent à une liberté plus étendue ; ne les irritons pas, ne cherchons pas à les contenir :

marchons avec eux pour les guider etles modérer(1).»

Parmi les concessions libérales promises par l'Empereur dans sa lettre du 19 janvier, la promesse d’une plus grande liberté laissée à la faculté de se réunir, était de toutes les réformes annoncées celle dont les ouvriers attendaient avec le plus d'impatience la réalisation. Ils la réclamaient déjà depuis longtemps. Les députés de l'opposition démocratique, qui avant 1863 étaient sans conteste leurs porte-paroles officiels, Les délégués de 1862, quand ils demandaient la liberté de

coalition et d’association y comprenaient le droit de

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