M. Rouher, ministre d'Etat... Dalloz
l’ordre social en péril. Dans notre pensée l’ordre politique embrasse l’organisation de la société tout entière, et les questions sociales rentrent par la nature même des choses dans les questions politiques car les Souvernements mandataires de la société sont institués par elle pour sa protection et sa défense (1). »
Une loi ainsi comprise apportait-elle une liberté de plus aux ouvriers ? I1 ne semble pas. Les déclarations des législateurs avaient restreint entre des limites si peu nettes les catégories d'objets qui pouvaient être librement iraitées dans les réunions dispensées d’autorisation préalable, que l'administration aurait eu la latitude de faire cesser la discussion de toutes les questions intéressant les ouvriers. Tous ceux qui avaient énoncé les revendications ouvrières avaient justement demandé la liberté de réunion, bien plus pour tenter d’élucider par la discussion les problèmes des rapports du capital et du travail, de l’organisation de l’industrie et de la propriété, — que les orateurs gouvernementaux venaient d’écarter ainsi du programme autorisé des réunions éventuelles, — que pour se cantonner dans la discussion d’intérêts strictement individuels ou strictement professionnels, dans les discussions relatives aux salaires ou aux conditions du travail particuliers aux ouvriers d’un seul patron ou même de toute une industrie. Les délégués de 1867,comme ceux de 1862 avaient des visées plus hautes !
Aussi il est à noter que les ouvriers usèrent de cette
1, Rapport Peyrusse, $ 2. Dalloz, 68.4,73.
liberté tronquée moins bruyamment que les agitateurs de tout ordre, ceux-ci annonçant une discussion économique anodine, dont le sujet se trouvait vite oublié sous les allusions et les déclamations emphatiques d’orateurs avides de popularité. Bien loin de produire les bons effets escomptés par le chroniqueur du Journal des Économistes, cette liberté de discussion, — qu’il avait définie spirituellement «un procédé d’enseignement mutuel et d’évaporation des idées saugrenues(1)», — et les réunions publiques furent un prétexte d’agitation politique, et il n’en sortit aucune organisation professionnelle, aucune combinaison améliorant le sort des ouvriers. Faiblesse.. ou politique (2), le Gouvernement essaya bien tard, la période électorale approchant, de restreindre l’usage abusif que l’on avait fait des réunions. Elles avaient jeté la crainte dans les milieux bourgeois,