CONCLUSION
Si le xrx° siècle a été, selon le mot de Gladstone « le siècle des ouvriers » (1), par la place importante et presque prépondérante que les questions du travail et du salaire ont prises dans les préoccupations de la société contemporaine, nous pouvons presque dire aussi du Second Empire qu’il a été le gouvernement des ouvriers. Non point que ceux-ci aient visiblement participé à la conduite des affaires, qu’ils aient acquis pendant ces dix-huit années un bien-être extraordinaire, ou qu’ils aient trouvé dans l’action de la loi ou dans celle du pouvoir de grands encouragements à leur émancipation économique; mais, pendant ces dix-huit années, c’est la question ouvrière qui à dirigé, qui a motivé toute l’évolution du Second Empire.
À l’origine du Second Empire, que trouvons-nous, en effet? le coup d'Etat, c’est-à-dire une réaction contre la révolution de 1848 qui était vite devenue la révolution des travailleurs, contre la République des ouvriers désireux de créer enfin la justice dans les relations sociales.
Mais aussitôt après le coup d'Etat le suffrage univer-
1. Cité par M, Leroy-Beaulieu. La question ouvrière au XIX° siècle, p. 1.
sel, soumettant l’Empire à la nécessité quotidienne d'assurer le pouvoir personnel en obtenant une nouvelle délégation temporaire de la puissance des électeurs, lui impose à nouveau le problème de résoudre l'avenir du-prolétariat. Car ce prolétariat pourra constituer un jour une majorité homogène, et l’Empire en avait reçu l'avertissement : «Du haut de la société jusques en bas, écrivait Proudhon au lendemain du eoup d'Etat (1), tout ce qui se produit, se meut, se consomme, tient à l’action politique et peut être considéré comme une fonction du gouvernement. Chaque individu qui travaille, qui vend, qui achète, est, par un certain côté, représentant de l’Etat; il participe au gouvernement qui ne peut rien sans son libre concours et sans son adhésion. »
Et à cause de cette pression constante du suffrage universel qui le menace, toute la politique de Napoléon III ne consistera pas seulement à faire les affaires des conservateurs qui l’ont appelé au pouvoir, mais à se ménager l'attachement des classes ouvrières. Car il ne les connaît pas. La révolution de 1848 vient de les faire naître au point de vue politique ; elles ne sont plus divisées comme autrefois par des associations rivales, mais elles constituent une grande masse, encore inconsciente, qu’un peu d'instruction, d'espoir ou d'enthousiasme pourrait mettre au service d’un chef. Et pour que l’Empire dure, il faut que ce chef soit l’Em-
pereur.