‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 127 sur 132 · NA · texte numérisé non relu

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Nous avons essayé de montrer dans notre étude les rapports qui unissent les projets de lois concernant les ouvriers et la politique généralé de l'Empire. Nous avons vu, après la répression des premières années, ses essais d’une politique charitable ; mais elle n'avait pas pu faire oublier aux ouvriers l’origine de l'Empire : il était malaisé à une partie de la nation de croire qu’un Napoléon, quel qu’il soit, puisse vouloir sincèrement plus de liberté, plus d’égalité, quand son pouvoir se fonde sur la dictature. Sous la pression des événements, nous l'avons vu à partir de 1860 évoluer dans la voie libérale: l'initiative de l'Empereur, quand il essaie d’améliorer la situation des ouvriers, paraît moins inspirée par des sentiments de charité que par le désir de la justice. Mais, comme il cherche toujours à se faire, des réformes nouvelles, un mérite personnel (tandis qu’il se contentait souvent en réalité d’accorder ce qu’il n’était plus en état de refuser), les travailleurs continuent à Le tenir en suspicion; ils ont contre lui une méfiance irréductible ; ils sont portés à suspecter en bloc les promesses les plus franches, à contester toutes les améliorations. Quand il cède, le 2 janvier 1870, aux partis qui réclament le Gouvernement constitutionnel, les chefs des ouvriers ne lui donnent pas plus leur confiance : car ils sentent que tous les progrès qu’ils doivent à la loi, toutes les promesses qu'ils ont obtenues, ils les doivent à leur situation d’oppôsants, à leur nombre qui les fait craindre, puisqu'il est de l'intérêt de l’Empire de les con-

tenter.

Les derniers jours de l'Empire apportaient cependant aux ouvriers l’espoir de grandes réformes: M. Emile Ollivier annonçait qu’il s’efforçait de constituer une Chambre du Travail, composée par tiers de patrons, d'ouvriers, et enfin de publicistes, économistes et hommes d’affaires,qui aurait été « l’oreille perpétuellement ouverte aux plaintes populaires, la communication régulière et facile entre le pouvoir social et ceux qui, dans la foule, sont en quête d’améliorations, le foyer où se concentreraient les renseignements, où se discuteraient les théories, où s’élaboreraient les mesures législatives pratiques (1) ».Le même ministre qui voulait faire réviser les codes, annonçait encore une législation nouvelle du travail, introduite à propos du titre consacré au louage des services (2)... Mais la chute de l’Empire ne laissa même pas le temps d’aboutir à la rédaction d’un projet.

La législation ouvrière du Second Empire n'eut point pour effet d'établir cette hiérarchie entre les classes que l'Empereur et les conservateurs avaient également désirée, ni de pacifier les relations entre patrons et ouvriers. Il parait cependant qu’en s’opposant au développement immédiat des théories de 1848, l'Empire a fait pour la démocratie une œuvre utile. Car toutes les utopies, les ferments mauvais renfermés dans les idées sociales des années quarante, ont pu subir les épreuves de la discussion et des faits. À la faveur de ces années de paix intérieure imposée, l'éducation populaire

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