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CHAPITRE PREMIER

Le développement des idées interventionnistes avant 1848

Ce n’est pas de la République de 1848 que date l’apparition d’une politique ouvrière : après avoirété amené, sous l'influence d’idées de charité, de pitié, à intervenir en faveur d’une catégorie particulière de travailleurs, un moment était venu où il avait paru nécessaire au Gouvernement de Juillet, dans son propre intérêt et pour la conservation des forces vives de l’État, de s’occuper de la situation présente et de l’avenir des individus qui n’ont de ressources que leur salaire. Car le grand mouvement de protestation de ceux qui ne voulaient pas admettre comme inéluctables les déductions de l'école anglaise, et qui réclamaient, pour combattre certaines conséquences de l’application des principes économiques du xviu* siècle, l'intervention de l'État, avait

non seulement eu pour effet de répandre parmi les ou-

vriers l’espoir d’un remède à leurs souffrances, mais avait convaincu tous les milieux sociaux de la nécessité d’une action systématique de la loi pour améliorer le sort des travailleurs.

C’est au nom de la charité et de la pitié que Sismondi avait fait entendre, dès 1819, les premières protestations opposant à l’économie politique envisagée comme la science de la production et de l’échange, une conception plus humaine. « L’économie politique, écrivait-il, doit nous enseigner le bonheur de tous... l’humanité doit nous tenir en garde contre l’erreur de voir le bien public dans la richesse en faisant abstraction des souffrances des êtres qui la créent. >» « L’économie politique, écrivait-il encore, recherche les moyens par lesquels le plus grand nombre d'hommes dans un État donné, peut participer au plus haut degré de bienêtre physique qui dépend du Gouvernement (1). » Aux antagonismes sociaux qui devaient dériver de la répartition des produits dans un régime de liberté, il proposait comme palliatif, non plus une contrainte morale individuelle, comme Malthus et Ricardo, mais l’intervention de l'État, « institué pour protéger avec les forces de tous chacun contre les injures de tout autre »; l'intervention « lente et indirecte » (2) du législateur qui doit remédier à l'isolement de l'individu, sinon par

le rétablissement des corporations (dont il regrette la

1. Sismondi. Études sur l'Économie politique, I, p 5 ; Nouveaux principes, IL, 250. Pour tout ce qui a trait à l’action de ne A l’article de M. Hitier dans la Revue d'Économie politique, 1899, p. 529.

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