Mon., 2? juillet 1854, p. 603, col
3. Ordonnance de police et circulaire, 15 octobre 1855, Monileur,
6 novembre 1855, p. 1230.
fallait rendre l'institution du livret acceptable pour tous. Pour cela, il lui fallait heurter moins visiblement l'égalité ; il devenait nécessaire de supprimer certaines obligations impopulaires (par exemple, celle qui privait l’ouvrier de la possession de son livret), et qui, mal vues de tous, avaient rendu inapplicables les anciennes lois.
Mais ce qui met encore plus en lumière le caractère de mesure d’ordre public, particulier à la législation du livret, c’est la différence de régime que le gouvernement établit entre les ouvriers de l’industrie et les ouvriers agricoles en ne soumettant pas ceux-ci à la loi. Malgré l’avis du Conseil général de l’Industrie, des Arts et des Manufactures, qui, consulté par le Gouvernement de Juillet, avait émis Le vœu de voir étendre l'obligation du livret à tous ceux qui « louaient leurs bras », malgré les efforts de la commission (1) insistant dans le même sens, la loi ne fut établie que pour les travailleurs de l’industrie. Car parmi eux, seulement, l’intluence d’agitateurs politiques pourrait être dangereuse, et des espérances pouvaient naître que le gouvernement serait appelé à combattre. IL y avait donc intérêt à pouvoir les surveiller individuellement, tandis que rien n’était à redouter des ouvriers agricoles ignorants et isolés.
Malgré ses apparences libérales, cette loi, inspirée par tant de défiance envers les ouvriers, aboutit à les
mettre dans une situation presque analogue à celle des