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Du travail, c'était le premier don qu'il avait à faire aux ouvriers ; c'était ce qu’ils attendaient le plus de lui. La crise de 1847, suivie et aggravée par les inquiétudes de Février et les journées de Juin, avait laissé les affaires dans un état de marasme tel que la confiance ne pouvait se rétablir que sous la garantie d’un gouvernement fort. Pour les ouvriers, fatigués de grèves vaines, l’abondance de travail leur présentait à nouveau des perspectives de prospérité matérielle depuis longtemps disparues. Pour le gouvernement, créer et encourager de nouvelles entreprises, c'était satisfaire les capitalistes par la promesse de nouveaux profits, mais l’abondance de l'ouvrage offert aux ouvriers constituait surtout un gage de paix intérieure, de discipline des travailleurs. Napoléon [* aurait dit : « L’ouvrier manque de travail ; il est alors à la merci de tous les intrigants, on peut le soulever : je crains des insurrections fondées sur le manque de pain : je craindrais moins une bataille contre 200.000 hommes. » L’héritier de l’idée napoléonienne devait donc, par politique et par tradition (1), assurer de l’ouvrage aux bras inoccupés.

Aussi, dès le commencement de 1853, on voit se multiplier les décrets autorisant de grands travaux publics, canaux ou chemins de fer. Dans toute la France s'ouvrent des chantiers entre lesquels se divisent les

masses de chômeurs, et dans les régions les plus in-

1. Cf. André Hallais. Haussmann et les travaux de Paris. Revue

Hebdomadaire, 5 fév. 1910, p. 32 et 37.

dustrielles, les villes sont autorisées à contracter des emprunts pour se renouveler ; elles remplacent par des voies larges et droites les rues tortueuses et propices à l’émeute (1), bordées de maisons insalubres. Les campagnes elles-mêmes sont prises de cette fièvre des grands travaux : quoique l’émigration vers les villes, en raréfiant la main-d'œuvre, ait fait sensiblement hausser les salaires des ouvriers agricoles, plusieurs décrets répartissent des fonds entre les commu-

nes rurales pour y effectuer des travaux utiles (2).

Mais quelle qu’ait été partout la rapidité de la reprise du travail, la récolte de céréales de 1853 fut tellement déficitaire que le gouvernement eut vraiment à craindre « les insurrections fondées sur le manque de pain ». Aussi l'initiative officielle se manifeste ici avec vigueur et unité. Quoique conçues pour aider les classes pauvres pendant la durée de la crise, les mesures adoptées sont des mesures générales, appelées à profiter à toutes les classes de la société, et l’organisation qui a été créée à Paris pour lutter contre le renchérissement de la vie est susceptible d’être adoptée aux nécessités

locales par les municipalités des autres villes où la

1. Cette crainte de l'émeute a empêché l’Empire d’arrêter les grands travaux. En 1858 des membres du Corps législatif combattant une demande de crédits pour de nouveaux travaux, M. Nogent Saint-Laurent défendait le projet gouvernemental, car il « portait l'empreinte de la grandeur nationale, du pain assuré pour dix ans à la population ouvrière et l'émeute supprimée par la destruction des vieux quartiers ».

>. Décrets des 15 déc. 1853;16 janv., 1° févr.,26 févr., 20 déc. 1854; 22 sept. 1855.

hausse excessive des vivres risquerait de provoquer des manifestations de mécontentement des travailleurs. L’intention politique qui dirige l’action toute puissante de l'Empereur n’est pas dissimulée ; c’est le désir de maintenir le calme, et la menace, quelquefois, accompagne le geste secourable. « Si, malgré vos efforts, quelques agitateurs essaient d'exploiter au profit de leurs passions ou de leur folie les souffrances du peuple, écrit le ministre de l’Intérieur aux préfets en 1855, en pleine crise, répétez aux classes laborieuses que l’agitation et le désordre n’ajouteraient pas à la récolte un seul grain de blé, mais porteraient une rapide atteinte à la confiance, au travail, et ne feraient qu’aggraver la misère. Il ne faut pas qu'ils l’oublient, l'Empereur, qui fait pour la France tant de choses grandes et glorieuses, saurait bien en même temps y maintenir le calme et la tranquillité que son énergique volonté nous a rendue (1).»

Une série de mesures essaya de combattre le renchérissement des denrées. Pour favoriser l'importation des blés, on dut successivement lever la surtaxe sur les grains et farines transportés sous pavillon étranger (décret du 3 août 1853), suspendre momentanément l'échelle mobile en décrétant l’entrée libre des céréales et abaisser sur les chemins de fer et les canaux les tarifs de circulation (2 et 5 septembre 1853).

Mais la hausse du blé continuant (2), une délibéra-

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