Ébénistes en nécessaires
3. Bijoutiers, 451, tabletterie en peignes, 469, mégissiers, 112, impris meurs en papiers peints, 414. «Nous demandons, disent les marbriers, que la journée soit fixée à dix heures, parce que c’est la limite du temps pendant lequel l'ouvrier peut travailler sans excéder ses forces. Le travail ne peut être prolongé davantage qu’au préjudice de la santé et de la vie. » P. 494.
4. Tabletterie en peignes, 470, lithographes, 246, imprimeurs en papiers peiuts, 414,et voir le rapport des tailleurs (p. 362), où ils signalent les conditions antisociales et antihygiéniques du travail à domicile.
Dans beaucoup de rapports on trouve aussi des protestations plus générales contre l'absence de législation industrielle, contre cette fausse conception de la liberté qui livre l’ouvrier quel qu’il soit au patron. « On parle souvent de l'exploitation des nègres par les blancs, écrivent Les tourneurs en chaises, et si l’on connaissait à fond lexploitation que certains individus font des enfants, sous le vain prétexte d'apprentissage, ce serait peu flatteur pour notre organisatien sociale (1). » Il y aurait pourtant un intérêt général à ce que la vie et la santé des travailleurs soient protégées. Tous les délégués se plaignent aussi de l'insuffisance de l’instruction primaire ou professionnelle (2) : pour l’ouvrier c’est une cause d’infériorité qui l'empêche d'améliorer par lui-même sa profession, et tous les rapports font appel
pour l’organiser à la corporation ou à l'Etat.
Mais les délégués ne bornent pas leurs espoirs à des réformes partielles. Certains ont conservé la foi dans la possibilité d’une organisation nouvelle du travail, d’une organisation démocratique de la production remplæant l’oligarchie capitaliste. Iei encore, ce qu'ils demandent se résout dans la liberté d'association, car elle seule pourra aboutir à l’affranchissement du prolétariat. Si les délégués n’ont pas demandé à l’État d'établir d'emblée l'égalité économique, ils désirent, du moins, que rien ne les empêche de parvenir par eux-
4. Tourneurs en chaises, 531, mécaniciens, 200, marbriers, 494, relieurs.
2. Relieurs, charpentiers, 567, bronziers, 650, ébénistes, 256, sculp-
teurs, 488.
mêmes, pacifiquement à cette égalité. Et tous les délégués espèrent, les obstacles législatifs une fois écartés, aboutir par l’association à faire régner véritablement l’harmonie dans la production et la justice dans la répartition. « La mesure de réforme que nous venons d'indiquer, disent les ouvriers du bronze après avoir parlé des groupements corporatifs, n’a qu’une valeur relative et purement transitoire. Le véritable remède aux misères de la grande masse ouvrière, Le seul qui, parant aux fluctuations si malfaisantes de l'offre et de la demande, puisse prévenir l'encombrement et, par suite, la stagnation du travail... c’est la possession en commun des instruments de travail par les travailleurs, autrement c’est l’Association de production... l’association s'étendant, se généralisant, embrassant dans son ensemble tous les modes, toutes Les manifestations de la mutualité, en un mot remplaçant l’antagonisme par la solidarité des intérêts... Au point de vue de l’utilité collective, l'association est seule capable d’accroitre régulièrement la production au profit de tous, en substituant l’émulation fécondante à la concurrence
ruineuse (1). »
1. Bronze, p 67 4et 675, et fondeurs, 291, 294, tailleurs, 356, Lypographes, 393, sculpteurs, 477. Il est étonnant de rencontrer les mêmeidées, aussi nettement exprimées par les rédacteurs de brochures ouvrières. Ils jugent que, comme les plébiscites servent pour déterminer les formes politiques des gouvernements, ils ne fonctionneraient pas moins bien en nature individuelle et corporative. Cette « constitulion industrielle » permettrait aux ouvriers de n'être plus réduits au bon plaisir patronal, et même, disent-ils, «en untemps où les
peuples qui conservent des empcreurs ou des rois du moins le
De leur voyage en Angleterre, les délégués ouvriers avaientrapporté autre chose que des vœux pour l’amélioration de leur sort, une constatation d’ordre général. En remplissant cétte partie de leur mission, qui consistait à s’enquérir des conditions de la production, spécialement au point de vue des salaires, ils n'avaient pu s'empêcher de remarquer que, là même où les conditions du travail étaient les plus favorables, les souffrances de l’ouvrier dérivaient non seulement du fait de la concurrence, mais de l’une des conditions fondamentales de la grande production : le régime capitaliste. Cette constatation de la même servitude où sont tous les travailleurs vis-à-vis de cet universel dominateur, et le désir de s’en affranchir, vont créer entre les travailleurs de tous pays des liens étroits, comme il en existe entre les groupes capitalistes. C'est ce que proclament les ouvriers anglais dans la fête qu'ils offrent aux délégués français, le 5 août 1862 : « Aussi longtemps qu'il y aura des patrons et des ouvriers, qu'il y aura concurrence entre les patrons et des disputes sur Les salaires, l’union des travailleurs entre eux sera leur seul moyen de salut... Maintenant que comme citoyens et comme ouvriers nous avons les mêmes aspirations et les mêmes inté-
rêts, nous ne permettrons pas que notre alliance fra-
choisissent, pourquoi les travailleurs, là où des patrons sont encore necessares, n auraient-ils pas le droit de les élire »?« Nous voulons, disent-1ls encore, le moyen de réaliser successivement, par nous mémes, les améliorations que nous jugeons utiles. » Brochures ouvrières.
L'organisation du travail par les corporations nouvelles, 1861.
ternelle soit brisée par ceux qui pourraiént croire de leur intérêt de nous voir désunis (1). » En conséquence, ils protestent contre la guerre ruineuse qui leur paraît être le principal obstacle au progrès. Ensuite, il leur est impossible de croire à l'efficacité d’une amélioration particulière à un pays, à L’ « individualité nationale ». Car les conditions nouvelles du commerce ct surtout la généralisation d’un régime de plus en plus voisin du libre-échange, font que la concurrence internationale, du domaine de la production, s’étend au travail : dans quelque pays qu’ils soient, les travailleurs les plus ignorants, les moins exigeants ou les plus pressés par le besoin, acceptant des salaires de famine, menaceront le bien-être des ouvriers de toutes les autres nations. « En un mot, dit Corbon, dans le Secret du Peuple de Paris, où il essaie de rendre compte des types divers des ouvriers de la capitale et de leurs idées, toutes les tentatives de réformes sociales seront vaines si elles n’embrassent à peu près le monde européen. D’où il suit que s’il est utile d’étudier les problèmes économiques et de proposer des solutions quelque peu radicales, on ne doit songer à les appliquer que lorsque l’œuvre politique de la fédération sera près de se réaliser. »
Les délégués avaient surtout acquis à Londres la conscience de la force politique que détenait le prolétariat français, grâce au suffrage universel. Lors de leur voyage, ils avaient trouvé les militants du
1. Pour la réponse des ouvriers français, voir Opinion Nationale,
8 août 1862.
trade-unionisme animés encore par la propagande hardie de John Bright (1) en faveur de l’établissement du suffrage universel: cette. participation au pouvoir paraissait aux travailleurs anglais constituer le moyen le-plus capable de hâter leur émancipation définitive, plus encore que la liberté d'association. Cet invincible moyen d’action, les ouvriers français le possédaient depuis longtemps, mais n'avaient su que le mettre au service des partis, sans songer à employer leurs bulletins de vote dans l'intérêt exclusif de leur classe. Avant l’exposition de Londres, ils n’avaient eu conscience que confusément de la puissance que leur conférait leur nombre ; on en trouve quelques traces dans les Brochures Ouvrières (2), et ces symptômes d’indépendance étonnent de la part des clients du Palais-
Royal. Mais dans les rapports des délégués ouvriers
1. En novembre 1861, après avoir réussi à faire capituler l'Union des Entrepreneurs, par une grève soutenue par toutes les organisations ouvrières, John Bright, « ce pétitionnaire aux millions de têtes de cœurs et de bras, dont l'étroite union fait l'irrésistible force », avait indiqué aux ouvriers dans une lettre-manifeste un nouvel em: ploi de la force que constituait l’union de leurs groupements corporatifs : « La demande décisive des droits politiques si longtemps promis et jamais accordés », dont la reconnaissance devait amener « un immédiat et infaillible affranchissement » des prolétaires. A la suite de cette lettre, la campagne pour le suffrage universel avait été reprise avec énergie par les ouvriers se rendant enfin compte de la puissance dont ils pourraient disposer. Cf. Ovinion Nationale, 30 novembre 1861, 9 août 1862,
2. « S'il fut l'élu du peuple, ce fut à la condilion qu’il gouvernerait pour le peuple. » Brochures Ouvrières. Les cahiers populaires, IT: p. 31; de même, Brochures Ouvrières. Le peuple, l'Empereur et les
anciens partis, p. 7.
cette idée est souvent exprimée, quelquefois avec rudesse, que l’Empire ne peut exister en dehors du suffrage universel. « C’est la première fois que le gouvernement à demandé l'avis des ouvriers ; cela est bien, la voie est bonne, qu'il la suive. Nous avons fait nos observations, espérons qu’elles seront écoutées parce qu'elles portent avec elles toute l'autorité du suffrage universel. Le pouvoir ne peut être accusé de sortir de son principe en demandant notre avis par cette voie ; il sait bien que ce n’est que par la satisfaction du plus grand nombre que les gouvernements peuvent trouver
sécurité (1). »
Cette constatation va être l’origine d’un mouvement politique que nous devons rappeler ici, car il marque le premier essai des classes ouvrières pour s'affranchir par leurs propres forces, et 1l n’a pas été sans influence sur l’avenir des réformes jugées nécessaires par les dé-
légués d'ouvriers (2).