‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 69 sur 132 · novembre 1863. Mon., 1863, p · texte numérisé non relu

novembre 1863. Mon., 1863, p

Cette question des salaires avait du reste, à ce moment, une importance exceptionnelle pour les ouvriers. Car la hausse du coût de La vie, n'avait été suivie que d’une progression insuffisante des salaires, et Les dépen- ses de luxe auxquelles se livraient les classes aisées donnaient plus de relief à la situation misérable où se trouvaient encore les ouvriers de certains métiers, malgré l'essor de l’industrie. Comme le montrait alors un économiste, les industriels, même en temps de hausse générale des prix, ne peuvent augmenter les salaires des services rendus qu'après s'être convaincus que la hausse, accroissant leurs bénéfices, est durable. De là, pour les ouvriers, une période de privations, pendant laquelle leurs salaires ne suffisent plus à leurs besoins. La crise cotonnière, — qui se déchaîna en 1861,se répercutant sur toute l’industrie française, qui voyait en même temps l'Amérique du Nord fermée par la guerre à ses produits, — s'était justement produite à un moment où, les prix une fois stabilisés, il n’aurait point été trop difficile de faire consentir aux patrons des conditions plus avantageuses. Aussi Le sort des travailleurs était resté précaire (les délégués ouvriers l’ont dépeint et un économiste libéral, Louis Reybaud(1)}, montrait combien, dans certaines industries, leur situation était difficile),au moment où la classe ouvrière reprenait conscience d'elle-même : de là ces conflits incessants entre patrons défendant leurs bénéfices, et ouvriers, avides

1. Cf. dans le Journal des Economisles les études de Louis Reybaud sur lès ouvrisrs du coton, de la laine, de la soie, Voir aussi le plai-

doyer de Gambetta pour le mécanicien Buette, accusé de coalition.

de bien-être, d'instruction, d'indépendance. Un observateur des milieux ouvriers, Audiganne, déclarait que dans les régions industrielles, il y avait alors« non pas seulement deux classes. mais deux nations (1)». L’enquête de la Chambre de commerce (2) et les rapports des délégués ouvriers s’accordaient à présenter les relations entre patrons et ouvriers comme plus généra-

lement hostiles qu'amicales. Et cette hostilité continue engendrait une situation troublée qu'Audiganue dépei-

gnait ainsi : « Des coalitions et des grèves surgissent

sans cesse et inopinément sur tous les points du pays,

dans les industries les plus disseinblables, voilà le ta-

bleau quise déroule sous Le régime antérieur à 186% (3). »

Le gouvernement avaitété quelquefois appelé à inter-

venir dans ces conflits : il n’avait donc pu se désintéresser de cet état de choses. Après que les délégués eurent clairement indiqué que, pour arriver à conquérir la liberté, leur indépendance, le principal moyen dont ils demandaient la faculté d’user était La coalition, il ne semble guère probable, malgré affirmation du conseiller d'Etat Cornudet, que la présentation du projet de loi doive être attribuée à la seule initiative de l'Empereur. Car les membres du gouvernement avaient dû être assez clairvoyants pour prendre au sérieux les auteurs des rapports. Peu après leur publication, un des conseillers les plus écoutés de l'Empereur, Michel

Chevallier, écrivait qu’ils étaient en réalité « des man-

1. Audiganne. Les populations ouvrières de là France. 2. Journal des Économisles, 13 décembre 1864, p, 344.

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