Mon., 1864, p. 700, col
3. Rouland, président du Conseil d'État. Mon., 1864, p. 700, col. 3.
4. Cornudet, vice-président du Conseil d'État. Mon., 1864, p. 598.
insistent aussi sur la nécessité absolue où le Gouvernement s'était trouvé de céder aux désirs des classes ouvrières. [ls avaient donc voulu faire une loi politique : « Les auteurs de la loi nouvelle, disait le commissaire du Gouvernement Cornudet, ne se sont pas dissimulé que la coalition était dangereuse ; mais ils ont pensé qu'il y avait quelque chose de plus dangereux encore: c'était de laisser dans les classes ouvrières ce ferment d’irritation,ce ferment de mécontentement qu’entretenait la loi de 1849 (1). »
Comment a été accueillie cette loi sur laquelle le pouvoir comptait tant pour ramener à l'Empire les classes ouvrières en accordantune satisfaction partielle à leurs revendications, cette loi que l’on présentait aux
travailleurs comme la première d’une série de réfor-
1. e Dans l’année 1862, il s'est passé un événement petit, inaperçu, duquel, je n'hésite pas à le dire, il naîtra d'importantes conséquences. 100.000 ouvriers ont été mis en mouvement sans que l’ordre de la cité ait été compromis, Eh bien, savez-vous, Messieurs, quelle est la conclusion unanime écrite dans les cahiers de la classe ouvrière ? C'est que la situation de l’ouvrier anglais est meilleure que celle de l'ouvrier français, que son salaire est plus élevé en général de 25 °/.... Et ces résultats merveilleux, les ouvriers anglais les doivent toujours d'après ces mêmes documents, à la faculté de débattre collectivement les salaires et de constituer des coalitions. Il y a, Messieurs, dans cette conviction qu'une comparaison plus ou moins bien faite a inspirée à nos ouvriers, une circonstance bien grave et qui rend vain l'argument tiré de leur incapacité : je ne crois pas qu'il soit sage de résister à un désir manifesté avec une telle force, avec une telle unanimité, avec une telle persistance, par une masse dont la ‘conviction est que l'amélioration de son sort dépend de la solution favorable de la question des coalitions. » E. Ollivier, Mon., 1864, p. 5817, p. 700.
mes libérales, à la bourgeoisie conservatrice comme une concession indispensable à la conservation sociale ?
Elle ne pouvait être accueillie sans réserves par personne, ni par les industriels croyant, malgré les assurances du gouvernement, leurs intérêts menacés par cette loi d’antagonisme, ni par les économistes (1) attendant pour la juger qu’elle ait subi l'épreuve des faits, et que la jurisprudence ait fait cesser les incertitudes du texte de la loi en déterminant l’étendue de cette « liberté nouvelle, un peu soumise au bon vouloir de la police, du ministère public et des tribunaux ».
Quant aux publicistes libéraux qui avaient applaudi à l'initiative impériale, ils ne manifestent plus aucun enthousiasme. J.-J, Weiss, dans le Journal des Débats (2), fait remarquer que les discussions n'engagent pas les tribunaux qui seront toujours libres d’interpréter à leur guise Les dispositions insuffisamment nettes de la loi. Armand Lévy regrette l’appui accordé par une partie de l'opposition démocratique à une telle loi car il craint que « l’impopularité, comme la responsabilité de la déception des ouvriers, revienne à l’opposition puisqu’un de ses membres a donné son concours à un tel projet (3) ».
Les chefs de la classe ouvrière ne sont pas d’accord sur la valeur de cette Loi : Proudhon regrette cette li-
berté qui va être une cause d’anarchie dans l’indus-
1. Journal des Econ., 15 déc. 1864, art. de Courcelle-Seneuil. 2. 4 mai 1864.
3. A. Lévy. La loi contre les coalitions et la liberté des travail-
eurs, 1867, p. 7.
trie (1) ; les démocrates et les socialistes la trouvent incomplète puisqu'elle soumet à l'agrément de l’autorité, qui peut alors rendre caduques les dispositions nouvelles, l’exercice logique du droit de coalition. Ils reprochent surtout à la loi de ne permettre la coalition que comme une aventure : elle en fait un acte qui ne peut être prémédité ni réfléchi sans délit. Les effets nuisibles de la coalition pourront donc seuls se produire car elle aura lieu généralement hors du moment propice. Surtout ils regrettent que la loi ne leur ait pas laissé La possibilité de s’organiser d’une manière durable, de coordonner les énergies individuelles par l'association ; car la classe ouvrière se trouverait alors guidée vers l’objectif à atteindre par un groupement qui donnerait aux travailleurs la cohésion nécessaire pour résister à la puissance capitaliste, et dont l’action réfléchie éviterait des démarches stériles, des chômages accompagnés de violences et de ruines inutiles. La coalition, telle qu’elle est réglée par la loi aura plutôt pour effet d’occasionner aux ouvriers de nouvelles souffrances que des améliorations nouvelles
à leur sort,
La première conséquence de la loi, ce fut naturelle-
1. Proudhon, dans la Capacilé politique des classes ouvrières (édit. 1873, p. 317-347), trouvait absurde «cet assaut entre les législateurs à qui s'étendrait le mieux à renverser l'ordre social »; cette loi d'antagonisme créée par le gouvrnement « pour faire plaisir aux classes ouvrières » et surtout dans l'intérêt de sa conservation, pour laquelle 1 abandonne toute responsabilité dans l'ordre de l'économie publique et ne conserve que les prérogatives purement politiques.
ment l’éclosion d’une foule de grèves. Les ouvriers, écrivait Courcelle-Seneuil (1) à La fin de 1864, cherchent à déterminer l’étendue exacte de cette liberté dont ils veulent profiter. Mais ces premières grèves, limitées généralement à un atelier et n’atteignant que par exception le corps d'état tout entier, ont été avant tout pacifiques; de sorte que le ministre de l'Intérieur, appréciant les résultats de la nouvelle liberté, pouvait constater que « si le nouveau droit concédé à la population ouvrière a été pour celle-ci une occasion de réclamer souvent et d’obtenir quelquefois une augmentation de salaires ou un adoucissement dans les conditions du travail, il n’a entraîné, il faut le reconnaître, aucun trouble sérieux ni aucune conséquence réellement dommageable pour l’industrie (2). Conformément aux intentions tolérantes du pouvoir central, dans Ia plupart des cas, les préfets évitaient d’intervenir et laissaient la grève se dérouler librement. Mais des mesures isolées firent souvent sentir aux ouvriers combien précaire était leur droit, et de retentissantes poursuites,engagées à l’occasion de certaines coalitions, abou-
tissaient à ne laisser en évidence que les obstacles mis