Corbon. Le secret du peuple de Paris, p
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pour lui, et la démocratie serait un leurre si elle né concluait un jour, et par les efforts des travailleurs eux-mêmes, à faire que dans la plupart des ateliers. il n'y ait désormais qu’un gérant et des associés. » Pour les républicains comme pour les socialistes, l’as- Sociation coopérative ne doit pas être un instrument de lutte de classes, mais elle doit contribuer au contraire à la pacification sociale (1). Elle n’est encore envisagée en 1865, que comme la première étape de la transformation démocratique de l’industrie, « En somme, par l'association coopérative, le suffrage universel et la liberté entreront dans l’ordre économique. Le citoyen apprendra de ces petits groupes organisés démocratiquement, à faire lui-même ses propres affaires. Il saura qu'il est tout et que l'État c’est lui. » Telle est la conclusion du groupe qui s'était chargé de rédiger, pour le journal L'Association (2), des modèles de statuts pour les sociétés coopératives. Aussi, les républicains croient utile d'encourager cet esprit d'association qui doit contribuer au groupement et à l'éducation du prolétariat,
et constituer un gage de paix sociale en ouvrant aux
1. « Le grand objet des sociétés ouvrières, écrivait Gustave Chaudey, l’ami de Proudhon, c’est de remédier à l'antagonisme qui existe entre le capital et le travail, en réunissant le capital et le travail dans les mêmes mains... Elle (la coopération) doit faire à l’ouvrier, quand ce résultat est acquis, la situation du Jlaboureur qui cultive son propre champ.» Cf. Les principes essentiels de l'association ouvrière, L’Associalion, p 68.
2. Supplément au journal L'Association, 1865. Modèles de statuts sur les associations coopératives, p. 10.
ouvriers la possibilité d'acquérir une situation meilleure.
Pendant ses premières années d'existence, la section parisienne de l’Internationale favorisa le mouvement coopératif ainsi entendu (1). Dans le mémoire des délégués français au Congrès de Genève, en 1866, ceux-ci tiennent à éviter toute confusion entre l’assoctation, telle qu’elle était imaginée par les réformateurs des années quarante, et la coopération qui marque une nouvelle étape du mouvement social(2), — entre l'association intégrale, autoritaire, qui, pour s'occuper des intérêts généraux de la société, ignore forcément les aspirations et les besoins de chacun, qui doit annihiler les différences pour créer l’égalité absolue, et la coopération laissant à l'individu sa liberté entière, en dehors des points où il a voulu la limiter par un contrat, « groupant les hommes pour y exalter les forces et l'initiative de chacun (3) ». Mais les internationaux de la rue de Gravilliers considèrent comme la forme la plus intéressante de la coopération, la coopération de production, car elle aborde de front la question qui intéresse surtout le prolétariat : la transformation des rapports du capital et du travail. Elle seule aboutit à adapter la propriété des moyens de production aux conditions de leur utilisation, et, par son action pro-
gressive, elle doit arriver à changer l’économie indus-
1. Fribourg. L'Association Internationale des Travailleurs, p. 35, 2 1ErIDOUrS ODAICU DETTE 8. Fribourg, op. cit., p. 82.
trielle. Aussi, sous l’influence des théories marxistes et communistes, cette forme d'association coopérative doit être encouragée de préférence à toutes les autres, puisque ces dernières ne donnent, pour résultats, que des améliorations individuelles à la condition des sociétaires (1).
Les classes conservatrices avaient fini par admettre la possibilité et même l'utilité d’une certaine liberté d’association qui leur paraissait être le complément nécessaire de la liberté de coalition (2). L'association ouvrière ne leur inspirait plus les mêmes craintes qu'en 1848 : l'échec des essais désordonnés favorisés par l’Assemblée constituante avait montré les doctrines socialistes ainsi réalisées, impuissantes pour changer l’ordre économique ; d’autre part, en les comparant aux sociétés de production de la deuxième République, les plus récentes sociétés coopératives manifestaient une évolution telle qu’elles paraissaient moins redou-
tables (3), quoiqu’elles n’aient pas cessé d’être signa-
1. Après avoir été hostile aux associations ouvrières, Marx reconnut l'utilité de la coopération de production qui constituait « une forme de transition du mode de production capitaliste au mode de production associé », (Capital, t. 1, p. 427), Mais il avait peu de confiance dans les coopératives de consommation, même du mépris. Cf. Thèse Bruneau, 1904, p. 16-24.
2. « En acceptant le principe de la liberté de coalition, il est impossible de repousser la liberté d'association pour le crédit et pour le travail, » Casimir Périer. Les Sociétés de coopéralion, 1854, p. 31.
3, « Comment ne pas mettre aussi au compte du progrès, les nouvelles associations ouvrières animées en général d’un esprit vraiment libéral et qui se distinguent par là de beaucoup de celles qui s'étaient
fondées en 1848. » J. des Écon., 15 janv. 1865, p, 6.
noue
lées par certains comme des « foyers d’esprit démocratique, des centres épars d’où la démocratie rayonne dans tous les sens et où se forment, pour une révolution future, des hommes d’action et des orateurs, des chefs d’une capacité éprouvée investis de la confiance populaire (1) ». Aussi, après 1860, l’Académie des Sciences Morales et la Société d'Économie Politique, consentaient à discuter les inconvénients ou les mérites de l’association ouvrièré, et quelques-uns de ses membres se font même les défenseurs de cette sorte de groupement. Si la majorité semble sceptique devant les résultats (2), — malgré l'exemple toujours cité de l’Angleterre et de l’Allemagne, — ces deux groupes d’économistes réclament cependant, malgré tous les périls qui en peuvent découler, la suppression des dispositions légales qui gênent cette forme d’association « car La liberté d’association est un droit dù à tous (3) ». |
Cette conclusion libérale est justifiée, non seulement par la transformation de Pidéal sociétaire, qui ne paraît
plus dangereux pour l’ordre public et dontlaréalisation
1. Cherbuliez. Des associations ouvrières, Journal des Économistes, nov. 1860, p. 192-195.
2, « Aux yeux des classes supérieures, le mouvement associatif paraît à la fois audacieuszment révolutionnaire daus ses aspirations et misérablement faible dans ses résultats... incapable de durer et de se propager. » Cherbuliez. Des associations ouvrières, J. des Écon., nov. 1850, p. 184 l
3. Michel Chevalier. Discussion à la Société d'Économie Politique (où l'on trouve manifestées les diverses opinions sur l’Association
ouvrière). J, des Écon., janvier 1864, p. 125.
doit alors être laissée libre, mais parce que l'association «est (du communisme) la plus formelle condamnation ; elle est contre les erreurs et les périls du socialisme, le plus pur et le plus généreux des remèdes (1) ». Car la Coopération « n’est pas une doctrine, elle est un fait ouvrant aux ouvriers d'élite une issue vers une situation meilleure (2) ». Du reste la pratique de la coopération aura pour eux une valeur éducative : elle initiera les ouvriers aux affaires, les rompra à la discussion de leurs intérêts, elle leur fournira « cet instrument exact et sensible qui leur manque pour apprécier exactement les gains du capital et de l'exploitation du travail que les ouvriers, d’une manière générale, déclarent abusifs (3) ».Il ne faut donc pas s'opposer à son développement, car l'association, dont la Coopération est la forme la plus nouvelle, peut réaliser, sans nuire aux droits acquis, la division à peu près impossible de la propriété industrielle. « Ainsi, elle résoudra le difficile problème de l’antagonisme du capital et du travail par la réunion des deux éléments dans une même main, et elle produira dans nos grandes villes un apaisement comparable à celui que nos campagnes doivent à l’extension progressive de la petite propriété (4) ». Et elle sera un instrument de paix sociale, « La pratique de l’association, écrit Eugène Véron (5), doit avoir dans