Paixhans. De l'amélioralion sociale, 1865, p
3. Levasseur. Hisloire des classes ouvrières de 1789... édit, de 1867, t. II, p. 388 et 389.
4, Paixhans. Op. cit., p. 72, 5. Eugène Véron. Les Associations ouvrières... 1865, Préface, p.IV.
l’ordre des questions sociales, les mêmes conséquences que la pratique du suffrage universel dans l’ordre des questions politiques. Elle désarmera les colères et les haines en donnant à chacun le moyen d'améliorer sa situation. La révolution sociale commencée à coups de fusil en 1848 comme la révolution politique en 1789, peut désormais s’achever pacifiquement ». Et le Jouwrnal des Débals, qui, en 1848 avait été un des adversaires les plus vigoureux de l'association, fut en 186% un de ceux qui encouragèrent les sociétés coopératives et
le crédit au travail.
Le gouvernement impérial ne chercha pas à combattre cette faveur de l’association et les encouragements qu’on lui donnait. Il pensait encore pouvoir, sinon s'emparer du mouvement ouvrier, du moins le diriger à son profit et il voyait avec plaisir les esprits, détournés des questions politiques, se préoccuper des questions ouvrières dont l’association coopérative devait être la solution. Ainsi le souci de leurs intérêts matériels pourrait éloigner encore les ouvriers d’une alliance avec ceux qui revendiquaient un accroissement des libertés et un contrôle politique : soucieux d’encourager les ouvriers dans cette voie, l'Empereur, dans son discours d'ouverture pour la session législative, le 15 février 1865, garantit à ces sociétés coopératives, la tolérance de l’administration en attendant qu’une loi nouvelle ait réglé leur condition. « De nouveaux projets auront pour but de laisser une liberté
plus grande aux associations commerciales, et de dé-
gager la responsabilité toujours illusoire de l’administration.. J'ai tenu à détruire tous les obstacles qui s'opposaient à la création des sociétés destinées à améliorer les conditions des classes ouvrières. »
Mais en attendant que le projet annoncé soit devenu la loi promise, le gouvernement ne voulait pas se priver des conquêtes morales qu’il pourrait faire en favorisant lui aussi le mouvement coopératif. Car, à ce moment même, entre les partis politiques, il y avait une véritable concurrence à qui satisferait le mieux l'engouement des ouvriers pour la coopération. De nombreuses initiatives avaient déjà cherché à fournir aux ouvriers le capital et le crédit dont ils manquaient: « [1 n’est pas de nuance d’opinion, lit-on dans /e Temps du 27 mars 1866, qui n'ait cru de son devoir d'offrir son concours au mouvement coopératif... c’est le bien-être des classes laborieuses qui a été mis aux enchères. » A tout prix le gouvernement voulait ne pas en être exclu.
Les républicains et les socialistes, au début de la période de tolérance qui avait suivi les élections législatives de 1863, ne se contentaient plus d'encourager les caisses de Crédit Mutuel (1),fondées sur la mise en commun des épargnes de leurs membres afin de se
1, On comptait en janvier 1866, 120 sociétés de crédit mutuel ; 64 d’entre elles avaient publié la statistique de leurs opérations : elles comptaient 3.000 membres, el possédaient un capital de 270.000 francs, qui leur avait permis de faire 1.605,545 francs de prêts. Cf. Annuaire de l'Association, 1867, article de A. Davaud : Le Crédit Mutuel en France. Pour les coopératives de crédit, Cf. Pierre Moride : Le mouvement des coopératives de crédit vers 1863. Rev. d'Écon. politiq.,
oût 1910, p. 613 et suiv.
faire, entre eux, des avances. Ils avaient aidé J.-P. Bee luze à fonder la société du Crédit au Travail (1), qui, en faisant aux associations ouvrières existantes un crédit plus facile et moins onéreux, encourageait indirectement les efforts des travailleurs pour s'affranchir du salariat. Le Crédit au Travail était une véritable banque, qui avait adopté la forme de société en nom collectif à l'égard du gérant et la forme de société en commandite simple à l’égard des autres membres. Son but était de « créditer les associations généralement quelconques, soit en leur fournissant des fonds à titre de participation, soit en recevant à l’escompte les valeurs commerciales créées ou endossées par elles, soit en leur ouvrant un crédit sur garanties convenables ». Ses statuts avaient servi de modèles à six banques qui s'étaient créées en province (2).
Les bourgeois libéraux ne voulaient pas se contenter d'aider au développement d’associations fonctionnant déjà :1ls voulaient intervenir dans leur création, en hâter la’multiplication, puisqu'elles devaient rendre plus faciles pour les travailleurs l’épargne et l’acquisition de la propriété. Par l'intermédiaire de la Caisse d'Escompte des associations populaires (fondée en janvier 1865 par Walras et Say avec le concours de J. Simon, de Halphen, de Benoist d’Azy, etc.), ils offrent des capitaux aux ouvriers, non seulement pour
1. Cf. Horn. Les Sociétés de crédit au Travail en France. J. des Économistes, octobre 1866, p. 60 et suiv. Pour la chute du crédit au travail, CF. Horn., articles de l'Avenir National, cités dans le Journal des Économistes de janvier 1869.
2, Par exemple à Lyon, en 1864, puis à Lille et à Saint-Étienne.
faciliter le fonctionnement des associations, mais ils désirent aussi « favoriser la création de ces sociétés en faisant s’il y a lieu Les premiers fonds nécessaires à leur constitution ».
L'Empereur ne voulut pas rester en arrière : pour s'associer au développement de la coopération, il voulut créer une institution plus importante encore, la Caisse Impériale des Associations Coopératives (1), au capital de { million, dont il avait souscrit la moitié, constituée en société anonyme, la forme la moins coopérative et la moins démocratique. Mais Les statuts de cette caisse ne l’autorisaient pas à consentir des avances pour la création des sociétés coopératives: elle ne faisait que l’escompte ou des avances aux sociétés en exercice. Dirigée par des financiers de profession, elle exigeait les garanties ordinaires du commerce qu’une association d'ouvriers, à ses débuts, pouvait difficilement fournir. Aussi, ses résultats furent nuls et l’impression générale fut « que le gouvernement avait cherché un moyen de popularité dans la fondation d’une banque prétendue populaire, restée intentionnellement sans effet (2) ».
La tolérance du gouvernement et sa décision de présenter un projet de loi créant un état de droit pour les associations ouvrières, peut être attribué non seulement aux nécessités politiques qui avaient rapproché
l’Empire des classes ouvrières, mais aussi aux réclama-
1. Création annoncée par le Moniteur, le 16 juin 1866, et réalisée par décret du 5 août.