‹ Le Second Empire et la Législation OuvrièreChapitre 84 sur 132 · Hubert Valleroux. Les associations coopératives, p · texte numérisé non relu

Hubert Valleroux. Les associations coopératives, p

tions d’une partie de la bourgeoisie et du Corps législatif qui considérait comme nécessaire à la paix sociale l’octroi d’un régime d'autonomie pour les associations ouvrières sous toutes leurs formes. Car l'association, permettant aux ouvriers de se grouper, de faire équilibre par l’union de leurs forces à celles des patrons, les rendrait capables de défendre leurs droits et de se préparer eux-mêmes un avenir meilleur. Alors l'État ne sera plus dans la nécessité de prendre en tutelle l’ouvrier isolé qu’il a le devoir de défendre, et ainsi seraient écartés les dangers du socialisme. « C’est par l'association que l’État serait déchargé d’une responsabilité illimitée et où toute liberté périrait, disait le protectionniste Kolb-Bernard, au cours de la discussion de la loi sur la coalition. C’est l'association qui, conservatrice de la dignité de l’ouvrier, peut fortifier son existence morale et agrandir son existence matérielle. Pour l’une, c'est la puissance collective ajoutée à la vie individuelle ; pour l’autre, c’est l’autorité de la règle, c’est le respect de soi procédant du respect de tous. » Au point de vue particulier de l’association coopérative, Cherbuliez exprimait la même opinion en 1860, quand il exposait à la Société d’Économie Politique, l’état des associations ouvrières et leurs espérances : il demandait qu’on les laisse s'organiser, quoiqu’elles puissent paraître dangereuses par leurs exagérations démocratiques, puisque c'est le seul moyen pratique d'améliorer le sort des ouvriers (1). Car les efforts de l'Etat pour

1. Cherbuliez. Journal des Écon., 15 novembre 1860, p. 185. « Tant

que les prolétaires se sentiront isolés au milieu de la grande société

établir une réglementation forcée des rapports du travail et du capital aboutiraient au socialisme, et, ce que les classes riches pourraient essayer d'organiser, un patronage librement offert et librement accepté, pourrait n'être pas accepté par les ouvriers d’élite « qui aimeraient mieux conquérir péniblement leur indépendance que d'accepter une dépendance quelconque ». Les mêmes conclusions étaient celle de Véron en 1865. L'association ne lui paraît dangereuse que par les entraves qu'y apporte la loi; mais elle doit être libre, car elle possède une vertu éducatrice pour le prolétariat ; elle lui fait connaître La liaison intime du travail et du capital, et leur antagonisme cessera puisque celui-ci ne

sera plus le privilège de quelques-uns (1). Il y a done

dont ils font partie et au bien-être de laquelle ils contribuent si essentiellement par leur travail; tant qu'ils se verront abandonnés, sans appuis et sans guides, aux chances de leur condition dépendante et précaire, Lant que la question des moyens à employer pour améliorer cette condition sera envisagée comme insoluble et comme ne méritant pas un examen sérieux, et que la seule solution possible en sera indéfiniment ajournée par les classes auxquelles appartiennent le pouvoir et la richesse, n’espérez pas que la fermentation qui a lieu dans les bas fonds de la société se calme d’eile-même, ni que les aberrations produites dans les esprits et les trésors de haines accumulés dans les cœurs des prolétaires, soient remplacés par des idées rationnelles et des sentiments de confiance et de modération. »

1. Véron. Les Associations ouvrières, p. 30. « L'association n'est un danger pour la paix publique que si l’on en entrave les développements naturels. Abandonnée à elle-même, elle supprime les causes de trouble en supprimant les causes de mécontentement et l'opposition apparente des intérêts. L’ouvrier haït la tyrannie du capital parce qu'il ne peut y atteindre, il hait la concurrence parce qu'elle réduit les salai-

res, il hait les machines parce qu’elles réduisent le travail. Qu'il

une nécessité politique à laisser se développer ces associations.

Puisqu'il est utile de laisser vivre les associations coopératives, quel doit être le rôle du Gouvernement? Ici encore l’unanimité est à peu près complète : le pouvoir doit seulement prendre l'initiative de supprimer toutes les entraves législatives gênant la création des sociétés de coopération ou restreignant leur développement. Il ne doit intervenir par aucune réglementation et ne doit leur accorder aucune subvention, puisque cette action de l'Etat a déjà été en 1848 une cause de l’échec des associations ouvrières.Tel est par exemple l’avis des socialistes: « L'Etat ne pouvant intervenir dans l’organisation des associations que pour leur prêter de l’argent et ne pouvant le faire qu’en exerçant une surveillance gênante pour elles et sans avantages réels pour la sûreté des intérêts du Trésor, il est mille fois préférable qu'il s’abstienne et se borne à améliorer la loi comme l’a déjà fait le gouvernement anglais (1). » Les membres de la Société d'Economie puisse s'associer librement et toutes ces haines disparaitront, Par l'association de crédit, il apprendra à bénéficier des bienfaits du capital ; par l'association de production, il se réconcilicra avec la concurrence qui lui sera devenue nécessaire, et avec les machines qui, en augmentant sa production accroîtront ses bénéfices. Ce qui l’irrite et le livre aux suggestions du désespoir, c’est la fatalité qui semble peser sur l'inégalité des situations. Qu'il puisse lutter à armes égales, qu'il puisse se relever par son travail et son industrie, et bientôt il renon-

cera à demander à la violence les moyens d’émancipation que la liberté

a mis entre ses mains.»

1. J. P. Beluze. Les Associations, conséquence du progrès, le cré-

dit au travail, p.50, 1863. De même Walras:« Les associations popu-

Politique repoussent pour des raisons analogues un vœu de l’un d'eux, Villiaumé,qui proposait de demander à l'Etat une subvention de 100 millions. « Le seul stimulant qu'il faille aux associations, lui répondit Joseph Garnier, est la liberté du travail, la liberté d’échanges et La liberté d'association (qui comprend la liberté de coalition et de réunion). C’est par conséquent la suppression de toutes les entraves, prohibitions et prescriptions formulées dans les codes, les lois, et toute la

réglementation administrative, mème bienveillante (1).»

En exécution de la promesse de l'Empereur, qui s'était engagé à « détruire tous les obstacles qui s’opposaient à la création de ces sociétés destinées à améliorer la condition des classes ouvrières (2).», le Conseil d'Etat introduisit dans le projet de loi destiné à remanier la matière des sociétés de commerce (3), dont il était déjà saisi, un titre spécial, le titre [IV ,réglementant une forme d’association qu'aucune disposition n'avait encore prévue, la société de coopération. Ge projet, présenté au Corps législatif le 28 mars 1865, avait été préparé pour les matières visées par le tilaires n’ont rien à demander à l'initiative collective ou commune, autrement dit à l'intervention de l'Etat, et doivent tout attendre de l'initiative individuelle. » Les associalions populaires... p. 141, 1865.

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