‹ Le secret d'un empire: L'empereurChapitre 2 sur 17 · L HOMME INTIME · texte numérisé non relu

L HOMME INTIME

J'ai parlé, déjà, du défaut d'atTection que le Prince Impérial trouva auprès de sa mère; j'ai parlé de la sollicitude particulière dont elle l'entoura, sollicitude sèche, conventionnelle, exempte de toute franche expression et de cette naïveté qui fait paraître si humainement sublimes les< parents, dans leur tendresse; j'ai parlé, également, des sentiments d'inénarrable amour qu'eut l'Empereur pour son Qls. On ne saurait trop mettre en relief ces sentiments; on ne saurait trop les opposer à la stérile maternité de l'Impératrice ; on ne saurait trop dire, enfin, que Napoléon 111 fut très bon et que celte bonté dont il usait pour son enfant, il eût voulu la rendre publique, la reporter à l'infini sur tous ceux qui l'approchaient.

Cette bonté, en effet, ne s'appliquait point seulement aux enfants; elle allait vers les hommes, entière et jamais démentie, vers des ennemis même.

A l'appui de mon appréciation, je ne citerai qu'un exemple, mais un exemple caractéristique et péremptoire,

Lorsqu'Orsini fut condamné à mort et lorsque la question de grâce fut présentée à l'Empereur, les ministres exigèrent que cette question fût soumise aux délibérations du cabinet.

Un conseil eut lieu, donc, et comme Napoléon III réclamait énergiquement son droit de clémence visà-vis de celui qui avait attenté à sa vie, une disons-

LEHFEBECB.

it bien, c'est à peine si l'on trônes honDfites, réellement honnêtes,

it d'une dureté implacable, mais l'autant plus vraie que certains les familiers de Napoléon 111, le nent, tout en lui restant absoluut en étant prêts à sacrifier leur laient dans une belle inconscience i, excusés à leurs propres yeuK, I de leur attachement. Il n'y a rien sentiments, d'un paradoxe : ces ls l'impossibilité de soustraire de ereur, lui fussent restés fidèles

i Cour fut une morale spéciale. Le n'étaient pas réglementés, aux ards des familiers, par les mêmes listrent aux regards du peuple.

ait spéciale, aux Tuileries, la relisi son caractère particulier. Très oratrice eût volontiers murmuré la même minute oii elle écoutait entourage fit ainsi qu'elle, adora 9. Les hommes allèrent h la messe nultanément, sans préjudice pour lour les amoureuses. Les femmes

LHOMUE INTIME. IS

furent vicieuses et dévotes, sortirent du confessionnal pour entrer dans l'alcftve, sans préjudice encore pour la pénitence à accomplir comme pour le baiser h recevoir ou à donner.

Il est un détail bien amusant au sujet des pratiques religieuses usitées aux Tuileries.

M"' de Montijo, mère de l'Impératrice, était fort soucieuse de religion, et chaque fois qu'elle voyait sa fille, elle ne manquait pas de lui adresser cette question :

— El l'Empereur? Où en est--il avec le bon Dieu, avec la sainte ViergelLes traite-t-il bien? Fait-il ses devoirs?

L'Impératrice répondait régulièrement que l'Empereur se montrait très aimable avec le bon Dieu et avec la sainte Vierge, qu'il allait à la messe, qu'il se confessait et se montrait généreux pour l'Eglise.

C'était exact. Napoléon 111, en apparence, conservait, vis-k-vis des choses religieuses, une correction absolue qu'on eût pu prendre pour une très réelle dévotion. Hais il n'était pas croyant; il n'agissait ainsi que pour obéir à la raison d'Etat qui, alors, exigeait que le chef du pays donnât l'exemple du respect envers l'Eglise, que pour s'éviter aussi les querelles de llmpératrice et les lamentations bruyantes de sa belle-mère.

L'Empereur n'était pas religieux, mais il n'osait

' ' itre ne pas être religieux. Sous l'influence

t IIOHME INTIJIE. 17

Mais quelle dut être sa situation lorsque Napoléon 111 parla?

L'Empereur, en effet, s'était imaginé de s'accuser, devant lui, de crimes ou de folies invraisemblables et chacune de ses phrases, de ses confidences, étaient étouffées par une toux subite et persistante que le malheureux curé, redoutant de connaître davantage les péchés de son terrible pénitent, et ne trouvant que ce moyen pour les ignorer, avait inventée.

Mais ce jeu amusait l'Empereur. Remarquant que la toux du curé redoublait et devenait plus bruyante, il s'arrêta et dit :

— Vous êtes fort enrhumé, monsieur le curé ; j'attendrai que celte toux, qui vous fait tant souffrir, soit calmée pour continuer ma confession. Je suis un grand pécheur et désire que vous m'écoutiez.

Alors, le brave prQlrc soudainement apaisé, mais déplus en plus effaré, supplia :

— Si Votre Majesté le permettait, je lui donnerais l'absolution tout de suite... Ce qu'Eile a dit suffit à ma conscience.

Et comme le souverain insistait, offrant des aveux complets :

— Non, non, reprit le bonhomme, j'aime mieux l'absolution.

Et il ajouta, non sans finesse :

— Un empereur, je U vois, n'est point pareil aux autres hommes, et je prie Votre Majesté de me per-

L HOMUE INTIME. 21

valeur exacte, lo pesait comme un orfèvre eût pesé nn lingot d'or et, impitoyablement, i'ëloignait, s'il ne présentait pas toutes les garanties de fortune et d'avenir qu'exigeaient son ambition et aussi — pourquoi le taire — son cœur maternel. Car cette femme aimait sa fille sincèrement, avec des façons choquantes, étrangères certainement à nos mœurs françaises, mais qui ne sauraient amoindrir son alTection, qui ne sauraient la rendre contestable.

M™" de Hontijo était parfaitement capable d'admettre qu'à défaut du mariage cherché, sa Jllle devint la maîtresse d'un homme considérable, d'un prince ou d'un ministre; mais dans cet arrangement spécial de l'existence, elle n'eût pensa qu'à la satisfaction de son enfant, et ne se fût aucunement occupée de l'intérêt personnel qu'elle aurait tiré de cette situation. Elle avait la morale des mères d'actrices légendaires, sans en avoir la cupidité, l'égolsme.

On se rappelle la lettre qu'elle écrivit à son ami, le marquis de la Rochelambert, lorsque le mariage de M'" de Montijo avec l'Empereur fut décidé. Cette lettre était sincère, exprimait des sentiments très humains, très naturels et, en cette heure, dans lajoie inespérée qui la visitait, la comtesse ne voulait voir que les retours de cette joie, ne voulait considérer que les soucis maternels qui, pour elle, allaient naître de tant de bonheur.

Lorsque sa fllle fut impératrice, forcément son

L HOUMB INTIME. 25

passion, que daDs l'aveuglement de son espérance, que dans l'assouvissemenl de son plaisir, il donne plus qu'on ne lui apporte. La possession de sa compagne ne le satisfait plus et il s'écarte d'elle, implacablement, comme un amant Tait une maltresse insensible, dans la cruauté, dans l'égoïsme de l'amour non partagé, de l'amour isolé.

Avec un peu d'intelligence conjugale, l'Impératrice eût certainement atténué, pour elle comme pour l'Empereur, la décevante solitude de son foyer. Elle se fût arrangée pour faire naître chez ce naïf qui était son mari, sinon une passion nouvelle, du moins un remords qui aurait mis un arrât sûr dans la déroute de leur mutuelle familiarité. Mais elle ne sut pas être diplomate. Très orgueilleuse, elle n'écouta que les conseils de son orgueil et elle poursuivit l'Empereur de plaintes, de récriminations qui le fatiguèrent et le jetèrent davantage hors de sa maison.

Ce fut, dès lors, une guerre quotidienne entre le Bouverain et sa compagne.

Napoléon III, très doux, se dérobait & l'achametoent, à la colère de l'Impératrice, fuyait ses remonteances et redoutait de se trouver seul avec elle. Il ne vécut bientôt plus, même, que dans l'appréheneion de scènes bruyantes, de scènes interminables qui mettaient en lui l'horreur de son toit.

L'Impératrice le traquait dans tous les coins du palais et il n'était qu'à demi-rassuré, qu'à demi-

lUE IKTIUE. 27

itime. On pent croire, même, ar la jeune femme dans les ipereur, n'a pas été sans avoir il ce relâchement de volonté, , qui ont eu pour résultat la npératrice, et qui l'ont aidée 'S, devant l'Europe, les bases lie, l'expression formelle d'une ribué à accroitre la maladie oléon III, le mécontentement ; revendications populaires — ■> germes de ta guerre de tS70.

Le, la psychologie du Second e n'est point toujours un mot

iquea spéciales, afin qu'on ne monœuvreet sur la portée que 'ai déjà déclaré que je n'ai pas l'histoire du Second Empire, r et absolu du mot. Je me suis

tâche de reconstituer la phypersonnes et des choses qui i, de tracer la chronique anec-

et si d'aucuns ont paru ne dre ma pensée, il en est d'au- . et, en toute bonne foi, devi- , cependant, établir mon des-

chées, consciencieusement. Prompt à la fourchette, donc, aussitôt à table, sans s'attarder à des horsd'œuvre, il attaquait le menu. En d'autres termes, l'Empereur, devant une femme, sans rien perdre de sa douceur apparente, était vif, audacieux, alliùt droit au fait et ne perdait point de temps en préliminaires, en tendresses, en ces préliminaires, en ces tendresses qui sont souvent, pourtant, ce qu'il y a de plus charmant, de meilleur dans la possession.

Il y eut, toutefois, des circonstances dans lesquelles il mit, en son attitude, de la caresse, du sentiment. M°" de Castiglione sut en faire une sorte de Louis XV dy G... le mena un peu au gré de son caelles, son jeu était plus timide, plus léistige impérial disparaissait, se fondait miliarité d'homme oublieux de tout ce int son idole ; avec elles, il avait des nal- ^tés d'adolescent, savourant l'ivresse tr rendez-vous. Tout au contraire, avec et de P..., avec celles que l'on avait, & ■nommées Cochonnette et Dindonnette — ndeur, cependant, pouvait rivaliser avec : la comtesse de Castiglione et avec la ly C..., c'était comme une possession pide, et toute de violente spontanéité, îonnelle de M"^ de G... et de P...se prèle dire, h. cette promptitude dans le

Page 1