‹ Le secret de Fourmies: avec un plan de la place de l'e?gliseChapitre 4 sur 9 · LE SOUS-PRÉFET ISAAG ET LE COMMANDANT GIIAPUS · texte numérisé non relu

LE SOUS-PRÉFET ISAAG ET LE COMMANDANT GIIAPUS

La. conversation d'Isaac et du commandant Chapiis. — Ce que le sous-préfet a pu dire à rofficier. — Puissance d'en" sorcellement du Juif. — Pourquoi le commandant Chapus ne parle pas. — L'honneur du 145« de ligne. — Intérêt qu'avait l'Allemagne à cette expérience du fusil Lebel. — Le peuple et l'armée. — Centenaire de l'émancipation des Juifs.

Plus nous avançons dans ce récit et plus la lumière se dégage. C'est au prix d'une illégalité, par une véritable usurpation de fonctions qu'Tsaac s'est emparé de toute l'autorité à Fourmies ; bien résolu à n'accomplir aucun des devoirs qui étaient les siens, il dépouillait les autres des droits qui leur appartenaient :

Qu'a pu dire Isaac au commaadant Ghapus daas « les conciliabules», pour employer l'expression même du maire Bernier, qu'il eut avec lui ?

Quelles histoires a-t-il racontées à cet officier qui paraît d'une intelligence au-dessous de l'ordinaire? Par quels mensonges l'a-t-il circonvenu ! Lui a-t-il montré un faux ordre du ministère de la guerre? Lui a-t-il dit que Gonstans tenait à avoir une journée?

Avec les Juifs il faut s'attendre à tout. Nous avons vu Altmayer exécuter dans un autre genre des tours véritablement fantastiques, fabriquer dans le cabinet du juge d'instruction, sur le bureau même du magistrat, un faux ordre de mise en liberté. Ges gens-là, d'ailleurs, ont, quand ils le veulent, une puissance d'enveloppement, d'ensorcellement particulier ; ce sont des sorciers, des magnétiseurs. Regardez-les opérer, ils fascinent peu à peu la victime qu'ils ont choisie comme le serpent fascine l'oiseau.

J'ai vu des malheureux que les Juifs ont dépouillés, mis tout nus comme des petits saint Jean; ils venaient me raconter leurs infortunes. Il y avait toujours dans l'influence qu'ils avaient subie quel-

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que chose qui ne s'expliquait pas. — «Gomment vous, un homme raisonnable, connaissant la vie, ayant gagné un petit pécule par votre intelligence et par votre travail, avez- vous pu vous laisser rouler comme cela? — Je ne comprends pas, monsieur; quand j'ai vu cet homme entrer chez moi, j'ai deviné que le malheur entrait derrière lui, je me suis senti perdu... et j'ai fait tout ce qu'il a voulu. »

Le commandant Chapus qui, encore une fois, ne paraît pas avoir la tète très solide, a évidemment subi une pression de ce genre sur le cerveau. S'il en est ainsi, pourquoi ne parle-t-il pas? C'est qu'il est bien convaincu que s'il parlait il serait écrasé.

Toute l'armée, qui méprise et qui hait Freycinet, sait en effet que le ministre de la guerre est toujours prêt à humilier et à briser les officiers français pour faire bassement su cour aux politiciens. Ce qu'il a fait dans cet ordre avant môme que n'éclatât l'affaire Reinach est absolument inouï. Après avoir menti au général Hubert Castex, il l'a fait condamner par un conseil d'enquête composé en violation de tous les règlements. II s'est conduit d'une façon honteuse avec le brave colonel Bréraond d'Ars. 11 a mis enfin le comble à sa lâcheté

dernièrement : sur l'ordre de Gery Legrand, il a arraché la croix d'honneur à un officier, M. Mas, qui comptait vingt ans de service. Le seul crime de cet officier était d'avoir été condamné pour diffamation, comme gérant d'un courageux journal, le Lillois y qui révèle au pays les trahisons et les méfaits d'Israël.

Les journaux juifs, comme la Lanterne^ ont le droit d'insulter nos officiers, de les traîner dans la boue, de les couvrir d'ordures, mais c'est un crime contre l'honneur, aux yeux de Preycinet, que d'attaquer les fils de Judas !

Malgré tout, si le commandant Ghapus peut expliquer le massacre autrement que par une défaillance momentanée, il devrait parler au risque de briser sa carrière.

La situation faite à ce malheureux 145* de ligne est effectivement déplorable. Tout a été dit sur ces souvenirs de gloire auxquels chaque régiment tient comme à un patrimoine de famille. Pendant un demi-siècle le 57« de ligne qui enleva la première redoute à la Moskowa conserva le surnom du teV" rible qui lui avait été donné pendant la campa-

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gae dltalie. Le 12* de ligae est resté pour tous le brave^ le régiment d'Arcole parce que Bonaparte avait saisi le drapeau de ce régiment pour franchir le pont. Le 48* s'enorgueillit d'avoir sauvé Tarmée avec Ney à Krasnoë, le 14* d'avoir été décimé à Eylau. Certfiûns corps sous le premier Empire excitaient la terreur par leur seule présence et Ton se souvient du passage où le général Marbot nous raconte la panique qui s'empara des Allemands lorsqu'à Dresde, une des portes de la ville s'ouvrant tout à coup, ils aperçurent avec leurs grands bonnets à poil les grenadiers d'Oudinot que l'ennemi ne s avait pas là.

Qui ne devine les grosses plaisanteries des officiers prussiens trouvant devant eux le 145° de ligne sur un champ de bataille et disant à leurs soldats : « N'ayez pas peur : voilà le 145* de ligne où les chefs sont si peu maîtres d'eux-mêmes qu'ils tirent sur des femmes et des enfants de huit mois sans prendre même le temps de faire les sommations. »

A quel mobile obéissait Isaac en prenant ainsi toutes les précautions pour qu'une catastrophe se

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produisît ? Pourquoi refusait-il, de concert avec le préfet juif Vel-Durand, d'envoyer de la cavalerie sous prétexte qu'on n'en avait pas, alors que le lendemain du massacre il y avait trois mille cavaliers à Fourmies? Pourquoi se substituait-il au maire ? C'est là jusqu'à présent le secret d'Israël, puisque Opportunistes et Droitiers ont été d'accord pour refuser l'enquête.

Ce qui est certain, c'est que depuis longtemps les Antisémites d'Allemagne nous annonçaient que les fusils Lebel seraient essayés sur des Français. L'Empereur Guillaume, paraît-il, attachait beaucoup d'importance à une expérience de ce genre, car les constatations faites sur des Asiatiques n'ont qu'une utilité secondaire.

L'expérience est faite désormais. Il est démontré que la blessure du fusil Lebel est mortelle ou relativement légère ; la balle fait des trouées nettes au lieu de faire des esquilles ; ou bien elle tue immédiatement, ou bien elle permet la restauration du tissu parce qu'elle perfore sans dilacérer et sans émietter le tissu. Une des blessées, par exemple, qui a eu la rotule et l'articulation du genou perforées, a pu marcher au bout de deux

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mois avec conservation de la flexion du genou.

Il me semble aussi, quoique je n'aie pas vu celte observation relevée par les médecins, que la balle du fusil Lebel, par suite peut-être de la violence de la commotion, de la secousse qu'elle imprime à celui qui est frappé à courte distance, produit sur Tétre tout entier un ébranlement analogue à celui qu'on nomme le choc de chemin de fer. Tous les blessés que j'ai interrogés avaient l'air d'être encore sous l'impression du coup reçu ; ils paraissent, comme les blessés de chemin de fer, avoir quelque chose de cassé dans leur mécanisme intérieur ; ils sont tout drôles...

Le fait n'a rien que de très explicable. Nous sommes impressionnés en raison directe de l'agitation des corps avec lesquels nous sommes en rapports. Plus gronde est cette agitation, plus grandes seront nos émotions. Il est donc évident qu'un projectile qui traverse l'organisme avec une très grande vitesse impressionne tous les tissus qu'il traverse en raison même de cette vitesse ; or, comme le système nerveux est partout et qu'il porte toutes ses impressions au centre nerveux, c'est-à-dire au centre cncéphalo-rachidien, il est

non moins évident que nos centres nerveux seront impressionnés en dernière analyse en raison des émotions perçues par tous les org-anes sensitifs. .. Pour un souverain comme TEmpereur Guillaume, qui ne pense qu'àTarmée, et que passionne tout ce qui touche aux questions militaires, ce sont là des indications qui ont leur prix et qu'il a dû payer à leur valeur puisqu'il avait le désir de se les procurer.

Au point de vue moral Fourmies a rendu un service beaucoup plus considérable à T Allemagne.

Ce qui fait Tétonnement de TEurope, c'est de voir combien la France s'identifie avec son armée, combien l'armée est restée populaire. Les lettrés, les êtres de raffinement et de nervosité ont souffert cruellement de cette promiscuité de la caserne qui, pour certaines natures délicates, susceptibles ou tendres, doit être effectivement un supplice : ils se sont soulagés un peu en nous montrant les vexations, les abus, les vilains côtés de l'existence militaire, mais leurs livres n'ont été que des manifestations isolées.

Non seulement ce service obligatoire qui désor-

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ganise la vie sociale, qui prend l'homme au moment où il est en train de se faire une position ou de fonder une famille, qui prolonge pour lui la période des études ou des débuts, a été accepté de tous sans récriminations trop vives, mais encore l*homme du peuple ne g'arde point un trop mauvais souvenir de son passage dans les camps. C'est dans le sang, dans l'essence de notre race.

« Je ne raisonne plus dès que j'entends les tambours », disait Chateaubriand. Chacun est un peu ainsi et les ouvriers les plus avancés oublient bien vite, dès qu'ils voient flotter le drapeau, toutes les théories des Sans-Patrie, tous les discours des réunions publiques sur le cosmopolitisme... Quand les officiers sont justes pour leurs hommes et sévères pour eux-mêmes, ne cherchant pas, comme on dit, à couper à un exercice, prêchant d'exemple en un mot, ils sont vite, non point respectés seulement, mais aimes de leurs soldats.

Nos officiers, sous ce rapport, ont pour la plupart été heureusement inspirés; ils ont eu une conception très élevée du devoir militaire, ils ont compris qu'ils étaient regardés par des yeux plus observateurs que ceux des tourlourous d'autrefois,

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et ils ont laissé une bonne impression à ceux qui ont servi sous leurs ordres. On comprend, sans qu'il soit nécessaire d'insister, de quelle importance cet état d'esprit serait au moment d'une guerre.

Je citerai comme exemple de ces dispositions ma conversation avec un ouvrier très socialiste de Fourmies. Je lui demandais des renseignements sur le commandant Gacarrié, dans le bataillon duquel il avait été ; il en parlait en termes excellents, presque avec affection : « C'est un guerrier », me disait-il.

La fusillade de Fourmies fit remonter à la surface toutes ces vieilles haines de la Commune, toutes ces rancunes éteintes, toutes ces odeurs de tuerie fratricide, tous ces souvenirs de guerre civile, que le Peuple, l'éternel martyr, avait généreusement oubliés.

Après la fusillade ce fut horrible. Les hommes, les femmes, les enfants, montraient le poing aux pauvres soldats du 145% qui étaient cependant irresponsables du sang versé, puisqu'ils n'avaient fait qu'obéir ; on les insultait de toutes les façons, on leur crachait à la figure, on leur criait : « Si vous aviez eu devant vous des Prussiens, vous

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