NANCY, SA DEFENSE ET SES DÉFENSEURS
En i8l5, après Waterloo, quand le roi de Prusse eut fait connaître à ses alliés ses buts de guerre et la carte des territoires français dont il réclamait l'annexion, l'empereur Alexandre, s'opposant à cette prétention forcenée, déclara que la frontière ainsi délimitée était « un chef-d'œuvre de destruction » : ce chef-d'œuvre-là fut réalisé en 1871.
Le 26 octobre 1870, l'empereur Guillaume I*', dans une lettre à l'Impératrice Eugénie, manifestait ainsi les arrière-pensées de l'Allemagne et ses desseins sur la frontière :
Après avoir fait d'immenses sacrifices pour sa défense l'Allemagne veut être assurée que la guerre prochaine la trouvera mieux préparée à repousser l'agression sur laquelle nous pouvons compter aussitôt que la France aura réparé ses forces et gagné des alliés. C'est cette triste considération seule, et non le désir d' agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force à insister sur des cessions de territoires, qui n'ont d'autre but que
de RECULER LE POINT DE DÉPART DES ARMÉES FRANÇAISES QUI A l'avenir viendront NOUS ATTAQUER *.
1 Ce document capital a été versé au commencement de 1918 par S. M. l'Impératrice Eugénie aux Archives nationales; M. Pichon, ministre des Affaires étrangères, en a donné la première lecture, le t" mars 1918, à la commémoration à la Sorbonne de la protection de l'Alsace et de la Lorraine.
Le secret de la frontière était ainsi révélé ; notre ennemi voulait, en prévision d'une guerre future et qu'il savait inéluctable, nous interdire toute offensive de début et se réserver à lui-même cet avantage.
Le traité de Francfort traça donc la frontière politique de façon à mettre l'Allemagne en France, à la dominer de toutes parts, à la tenir sous le canon et à lui livrer les voies d'accès de Paris. La frontière était à l'orifice même de la trouée de Charmes et l'Est de la France totalement ouvert aux entreprises de l'ennemi. Les vallées de la Meurthe et de la Moselle pouvaient être débordées vers leurs sources; la chaîne des Vosges n'avait, en effet, plus de valeur défensive, les Allemands s'étant attribué les lignes de faîte et les ouvrages de défense ne pouvant être posés que sur les contreforts, et d'autre part, le massif du Donon donné à l'ennemi, tout le pays au nord était ouvert et la ligne de défense pouvait être débordée et tournée dès les premières marches.
En arrière de ces vallées s'étendait la Meuse que l'ennemi, il est vrai, ne pouvait tourner, mais qu'il pouvait aborder sur tous les points, car à ce moment les cinquante lieues de son développement ne comportaient pas de défense efficace. Et ainsi notre grande ligne de concentration se trouvait découverte, mise à nu, cette section Lyon-Besançon-Epinal- Lunéville, artère essentielle 'de l'armée de l'Est dont elle assurait les communications avec le bassin du Rhône, sa base, le cœur d'où partait sa vie; la concentration dès lors devait être reportée sous Paris. De par sa frontière de 1871, la France était condamnée à la défensive. On sait l'œuvre admi-
rable du général Séré de Rivières ; par la façon dont, en août et septembre 1914, cette frontière militaire joua sur le seul point oià elle avait été convenablement entretenue, l'on peut aisément deviner l'aide inestimable qu'elle eût apporté à nos armées et qu'elle aurait, sur tout son développement, arrêté net l'invasion et préservé le sol national de l'insulte de l'ennemi, si, au lieu de la détruire, on l'avait tenue en état et renforcée, et si, au lieu de céder à l'impulsion offensive, notre commandement s'était au début tenu résolument sur la défensive, seule politique stratégique, redisons-le, permise depuis le traité de Francfort.
De par la frontière de 1871 la défense restait incertaine des points où porteraient les premiers efforts de l'ennemi, à la merci de ses combinaisons, exposée à une surprise. Le problème consistait donc à régler, par une organisation défensive, les débouchés de l'adversaire et à l'obligera donner, par ses premières démonstrations, des indications certaines sur ses opérations ultérieures; on se rappelle là solution fournie par le général de Rivières.
Le grand objectif était de parer à la menace la plus immédiate, la trouée de Charmes. A cet effet, un solide rideau défensif fut établi entre Toul et Verdun par la fortification des Hauts de Meuse, chaîne de collines accidentées, aux berges abruptes vers l'est et aux extrémités desquelles convergeaient les grandes communications entre la vallée de la Moselle et la Champagne, au nord par Dun et Stenay, au sud par l'entonnoir de Commercy. En maîtrisant ces diverses communications, la protection de la région moyenne de la Meuse se trouvait assurée, et l'on réduisait la
partie directement abordable, d'une part à l'ouverture nord entre Verdun et Montmédy, barrée en arrière par FArgonne, de l'autre à l'ouverture sud de la trouée de Charmes, s'évasant sur une profondeur de 90 kilomètres de Vaucouleurs à Langres.
Un second rideau défensif couvrait de même le cours supérieur de la Meuse. La frontière politique mise sur la ligne de faîte des Hautes- Vosges, celles-ci étaient en fait annulées pour notre défense, la frontière militaire devait être mise en deçà : les Hauts de la Moselle offraient l'obstacle voulu. Du ballon d'Alsace par le contrefort de Sei-vance ils se rattachent à la chaîne des Vosges. Ces côtes mosellanes se dirigent d'abord au nord jusqu'à Épinal et là s'infléchissent vers l'ouest et se relient à la chaîne des Faucilles, formant comme un V dont la pointe est à Épinal et les branches s'ouvrent sur la Franche-Comté. Les routes mettant en communication la vallée de la haute Moselle et le bassin de la Saône furent maîtrisées par des forts puissants établis sur le contrefort de Servance, isolant ainsi les armées ennemies qui opéreraient au nord^et au sud des Faucilles et renforçant encore la défense de la trouée de Belfort.
Il résultait de cette disposition de la frontière Consulter u militaire que l'envahisseur, prenant pour point de direction Paris par la Champagne, n'avait comme passages possibles que la trouée de Dun-Stenay au nord — et, au sud, de Nancy au ballon d'Alsace, que l'étranglement entre Epinal et Toul, la trouée de Charmes. L'armée ennemie était donc obligée, pour franchir cette frontière militaire, de se partager en deux ou trois tronçons entre lesquels la défensive française eût pu, heureusement, devenir offensive;
11() FRONTlÈnt: DÉFENSIVE - ARMEE OFFENSIVE
TenneiTii était appelé sur un champ de bataille soigneusement machiné, sur des positions fortement préparées et où la contre-attaque pouvait, avec toutes les chances, se déclencher. A l'abri de ce rideau défensif, les lignes essentielles de communication avec Lyon et le Midi pouvaient assurer la concentration, et l'armée, massée en arrière de la Meuse, prévenue à temps des intentions de l'ennemi, était en mesure d'engager, selon les circonstances, des opérations de front ou de flanc.
En somme, l'ennemi se trouvait attiré dans cette trouée de Charmes, où un piège lui avait été tendu. Il était à prévoir que le sachant — car l'intention se lisait sur le terrain — il tâcherait de l'éviter et chercherait une autre voie moins scabreuse et plus facile ; notre frontière du Nord avait été, dans cette intention, habilement agencée pour lui ôter cette tentation, mais il fallait la tenir aussi exactement en état que celle de l'Est... Pour amorcer le piège, la trouée de Charmes fut donc laissée ouverte et défendue de flanc par les deux places d'Epinal et de Toul. L'armée campée à Epinal à une marche des divers points de passage permis à l'envahisseur pouvait se jeter sur ses derrières; de l'autre côté, les ouvrages du camp retranché de Toul, tenant sous leur feu le plateau de Haye, laissaient à nos troupes cette forte position, qui commandait les principaux débouchés de la trouée. Plus l'ennemi s'avançait et plus il se mettait dans un étau puissant dont les branches étaient Epinal et Toul : pourquoi pas Nancy?
La simple vue du terrain manifestait l'importance d'une telle position, il y avait là le plus puissant ensemble défensif naturel ; comment alors les hommes
LA FRONTIERE DE 1871 ET LESPRJT U'OFFENSfVE Ul
d'Etat et ceux de guerre ne mirent-ils pas à profit un tel avantage? Ne pas défendre Nancy c'était abandonner à l'ennemi tout un coin de notre frontière, spécialement toute la région de la Woëvre jusqu'aux Hauts de Meuse et engager ainsi l'ennemi à porter immédiatement la guerre sur notre territoire, — tentation d'autant plus dangereuse que chaque jour la région se découvrait plus riche, — et c'était, au cas d'une guerre, laisser à l'ennemi un gage sans égal et un avantage politique considérable, risquer d'ébranler le moral du pays et l'opinion de l'étranger. Défendre Nancy, ce n'était pas seulement tenir la rive droite de la Meurthe et de la Moselle et maîtriser les voies de pénétration qui traversent la frontière, c'était encore couvrir Toul et le plateau de Haye et mettre une menace sur le flanc de l'ennemi engagé au nord dans ia Woëvre, au sud dans la trouée de Charmes ; c'était aussi nous donner un débouché offensif vers la Seille, au delà de la frontière.
Nancy constitue, en effet, à hauteur de la Seille, une position avancée qui sépare les deux directions de marche des armées allemandes : au nord, de Metz sur Verdun, par les plaines de Woëvre; au sud, de Strasbourg vers Neufchâteau, par la trouée de Charmes, à tel point qu'elle doit être avant tout abordée par l'ennemi. Suivant le mot du capitaine Gilbert, Nancy est « un coin enfoncé au cœur des lignes d'opérations allemandes », à une étape de la zone de concentration allemande, des lignes de communication entre Strasbourg et Metz, de ce point vital Morhange- Benstroff : que là, en effet, et plus bas à Dieuze, soient bousculées les troupes allemandes et la liaison
lis FHOWIÈRE DÉFENSIVE - ARMÉE OFFENSIVE
est coupée entre les XVP et XV« corps allemands. Nancy a donc une importance sans égale, non seulement défensive mais offensive : fortifiée et avec une garnison égale à Metz, elle impose à l'armée allemande une attitude purement défensive et de couverture sur la Seille. Metz et Nancy sont alors « deux pôles opposés qui s'annulent réciproquement* » : Nancy, tête de pont à la fois sur la Moselle et sur la Meurthe, tient Metz en échec, menace le flanc gauche de l'ennemi qui de la Moselle va vers la Meuse, le flanc droit du même ennemi qui s'avance dans la trouée de Charmes, et permet de déboucher en masse par une contre-ofl"ensive qui, si elle est heureuse, coupe les communications entre Metz et Strasbourg.
De cela l'œil aigu et l'esprit avisé du général Séré de Rivières ne pouvaient pas ne pas s'être aperçu; le 20 mai 1874, dans son Exposé du système défensif de la France, il écrivait :
Le plateau de Haye, situé entre Toul et Nancy, est tenu en échec par les ouvrages du camp retranché de Toul; en avant de ce plateau s'étendent les belles positions de Nancy et, par cette désignation, nous entendons parler de l'ensemble des hauteurs comprenant le plateau de Faux, la hauteur d'Amance et le plateau de Malzéviîle. L'ensemble des défenses de la trouée de Vigneulles, de Toul, de la forêt de Haye et des hauteurs de la rive droite de la Meurthe [lire : le Couronné de Nancv], constitue une
' Capitaine Gilbert, Sept études militaires {^Nouvelle Rezme, 1892). — Voir aussi sur cette question de la défense de Nancy: Général de Larde melle, La défense de Nancy {Revue militaire générale, 1910). — Dimo (commandant Ligrisse), Nancy place de querre (Nancy, Crépin-Leblond, 1906), et surtout un article du général de Négrier : la Frontière de l'Est {Revue de Paris, j5 février 1897).
position militaire de premier ordre à la fois défensive et offensive, appuyée sur la Meuse, prenant à revers la vallée de la Moselle et de la Seille, faisant face à la trouée de Sarreguemines et menaçant la vallée de la Woëvre. 11 n'est pas besoin d'insister sur l'importance extrême qu'il y a à nous en assurer la possession et sur la nécessité de se borner, quant à présent, à développer seulement les qualités défensives de ce vaste ensemble. En ce qui concerne d'ailleurs les débouchés de l'ennemi, le camp retranché de Toul suffit pour les rejeter au sud de Nancy ^
11 est visible 'que là le plan défensif du général de Rivières fut dominé par des contingences politiques, dont le mystère n'est^^ pas encore complètement éclairci.
L'importance de Nancy, la menace qu'elle mettait dans la nouvelle frontière, le trouble qu'elle pouvait apporter aux plans stratégiques de l'Allemagne,
' Dans ses Considérations sur la reconstitution de la frontière de l'Est (i5 novembre iSyS), le général de Rivières, au § 2, « Défense des Vosges », parlait ainsi de la défense de Nancy :
« L'organisation du rideau défensif de la Meuse aura pour conséquence de restreindre à l'espace compris entre \erdun et Montmédy les débouchés vers le nord d'une armée d'invasion. D'autre part, le plateau de Haye, entre Toul et Nancy, étant tenu en échec par les ouvrages avancés du camp retranché de Toul, ce n'est que de Pont-Saint- Vincent jusqu'aux monts Faucilles que l'ennemi pourra déboucher vers le sud. Nous passerons sous silence les avantages et les inconvénients qui résulteraient de l'occupation de la position de Nancy, et par cette désignation nous entendons parler de l'ensemble des hauteurs situées au nord- est de Nancy, comprenant le plateau de Faux, la hauteur d'Amance et le plateau de Malzéville. En ce qui concerne d'ailleurs les débouchés de l'ennemi, point de vue dont nous nous occupons essentiellement, le camp retranché de Toul suffit pour les rejeter au sud de Nancy jusqu'à Pont-Saint- Vincent. »
Le général de Rivières avait pourtant prévu un fort à Bouxières-aux- Chênes, point de rencontre des vallées de la Meurthe et de la Moselle et qu'on pourrait ainsi maîtriser, de même que la gare de Frouard et les chemins de fer se dirigeant sur Metz, Paris, Nancy et Château-Salins. « Ce point de Bouxières, insistait-il, a une importance vraiment stratégique on ne saurait hésiter à l'occuper. » Une dépense de deux millions avait été prévue, à cet effet, dans le programme de 1873, comme de première urgence ; elle disparut du programme du 20 mai 1874.
n'avaient pas pu échapper à Bismarck ni au grand État-Major, et, s'ils laissèrent à la France un tel morceau, ce ne fut assurément pas par oubli, moins encore par bonté d'âme, mais dans la crainte qu'une aussi forte prise ne soulevât les protestations de l'Europe et n'obligeât à soumettre tout le rapt au contrôle et peut-être à la revision d'une conférence. Mais, ne pouvant prendre les deux cités lorraines, Bismarck s'assura contre le danger qu'il n'avait pas été sians deviner, et, très vraisemblablement, usant de ces procédés d'intimidation qui lui étaient familiers, il dut sinon interdire formellement la défense de Nancy, au moins déclarer verbalement aux négociateurs français qu'un tel acte exposerait aux pires répliques, peut-être même en faire un casiis belli. Ces négociateurs durent accepter cette exigence; la chancellerie allemande eut toujours soin d'entretenir la menace, et les gouvernements successifs de la France, désireux par- dessus tout d'éviter de -telles histoires et pour décourager les demandeurs laissèrent s'accréditer la créance qu'une clause secrète du traité de Francfort interdisait toute fortification dans la région de Nancy et de Pont-à-Mousson. En 1878, au colonel de Castex qui le suppliait de défendre Nancy, Gambetta, après s'être renseigné, répondait avec émotion: « Hélas! nous ne pouvons pas; ne me demandez pas plus de détails, nous ne pouvons pas! » ^ Et jusque-là, en effet, à toutes les demandes, faites en juillet 1874 et en mai 1876 par
' Le fait est mentionné dans une lettre adressée le 20 septembre 1912 au Journal de Rouen par le baron de Maugni à l'occasion de la mort du général de Castex.
Denfert-Rochereau à l'Assemblée Nationale et au Conseil de défense, une fin de non-recevoir absolue avait été opposée.
Le général de Rivières dressa donc son rideau défensif sans utiliser Nancy, le remettant vraisemblablement à des temps plus favorables. Rapportant la pensée intime du général, M. Ernest Judet donnait le mot de la situation : « Tant que notre mobilisation n'aura pas acquis la perfection qui seule pourrait nous assurer l'initiative, nous devons nous borner à organiser une défensive puissante; l^olitiquement, la fortification de Nancy n'est pas discutable, car, si l'on est résolu à prévenir les bombardements, le périmètre fortifié doit être reporté si près de la frontière qu'il devient déraisonnable de braver de gaîté de cœur des observations blessantes pour la dignité du pays"". » Notre frontière militaire ne devait être que défensive, Nancy fortitié en modifiait le caractère : pour donner le change à l'opinion on affirma que jamais les Allemands ne s'engageraient dans le cul-de-sac formé par la boucle de la Moselle, avec Toul comme seule porte de sortie, que nécessairement ils prendraient l'espace laissé ouvert entré Pont-Saint- Vincent et Epinal, qu'ils entreraient dans la souricière de la trouée de Charmes...
En 1880, pour masquer l'abandon du plan de Rivières, le général Farre, ministre de la Guerre, fit élaborer par le nouveau directeur du génie, le général de Villenoisy, un projet complet de défense de Nancy, avec huit forts d'arrêt et quelques batteries annexes, évalué à 20 millions et qui fut adopté par le Conseil
' La frontière ouverte, Dentu, 1881.
\T2 rJîOM'IERE DKhKSSIVK ARMEE OFFENSIVE
de défense; des fonds furent votés, les travaux commencés, on construisit ainsi les forts de Frouard et de Pont-Saint-Vincent. Le 8 juillet 1881, notre ambassadeur à Berlin, M. de Saint- Vallier, demandant au gouvernement impérial ce qu'il penserait de la mise en état de défense de Nancy, recevait cette réponse que « dans une telle mesure rien ne pouvait plaire », et l'on n'alla pas plus avant. En 1882, le général Billot donnait l'ordre de suspendre les travaux: au lieu de forts, on éleva autour de la ville des batteries de campagne, des redoutes en terre et en bois sans valeur militaire...
Quand, en 1887, l'affaire Schnœbelé tendit à rompre nos relations avec l'Allemagne et que la guerre fut menaçante, le général Boulanger prescrivit l'exécution d'urgence des travaux défensifs de Nancy et les fit pousser avec ardeur. L'alerte et le ministre passés, ils furent abandonnés : ce moins d'un an après, rapporte un témoin, les promeneurs pouvaient voir des trous remplis d'eau fangeuse, des carcasses de ferraille rongées par la rouille, des cavernes servant d'abri à des vagabonds; c'était tout ce qui subsistait des batteries, des citernes, des abris à munitions de 1887 ».
A dater de là, et quand la terreur de déplaire à l'Allemagne dominait notre politique, l'esprit d'offensive s'empara de l'armée; Nancy et son Couronné ayant une valeur offensive de premier ordre, la question de leur fortification fut soulevée par l'opinion militaire mais dans un but offensif, — ce qui était la plus maladroite des tactiques puisqu'on donnait ainsi à une œuvre de défense un caractère de menace qui nécessairement devait soulever des difficultés. Le
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capitaine Gilbert posa nettement le problème dans ce sens agressif et entraîna l'adhésion de la jeune armée ; plus raisonnablement le général de Négrier, n'envisageant que la contre-offensive, demandait que Nancy, substitué à Toul, devînt le Belfort de la Lorraine: « Il faut, écrivait-il, organiser Nancy en grande tète de pont, couvrant la ville et ses magasins contre le bombardement et assurant les débouchés dans tous les sens; alors les troupes de couverture deviennent libres, elles peuvent agir en dehors du camp retranché et se porter en masse sur l'un des flancs des lignes de marche de l'assaillant, c'est la contreoffensive dès le début. »
La défense de Nancy se posait chaque fois que nos relations se gâtaient avec l'Allemagne; c'était l'indication de l'importance stratégique du problème et comment ne se rencontra-t-iî pas un chef militaire assez énergique pour l'imposer aux pouvoirs publics? Il fallait un civil et iî se trouva fort heureusement en la personne d'un étudiant patriote passionné pour le bien public, laborieux, étranger à l'ambition comme aux vanités mondaines, curieux de tout, renseigné sur tout, un bénédictin laïc qui avait dressé sa cellule au quartier latin où il ne vivait que pour savoir, au milieu des dossiers et des livres; avec cela tenace, actif, mais n'agissant que pour sa conscience et non pour la réclame, un caractère enfin, — M. Louis Marin. En igoS, quand M. Delcassé dut quitter le ministère sur l'injonction allemande, M. Louis Marin vint se présenter à la députation dans sa ville de Nancy avec ce simple et audacieux programme : mettre Nancy et sa zone environnante à l'abri d'une surprise militaire. Sur son nom se fit
une consultation populaire sur la nécessité de inorganisation défensive du Grand-Couronné : c'était braver les préjugés d'école et les hostilités théoriques, dont la plus redoutable était celle du général Langlois, mais le bon sens populaire prévalut ; tout alla bien, la fière cité acclama le programme, se donna un incomparable représentant et affirma sa volonté d'être défendue. Cette formule raisonnable rallia vite les défensifs et les offensifs, et pour vaincre l'opposition du général Langlois on en fît un sénateur.
M. Louis Marin arrivait à la Chambre à un bon moment. Un patriote, M. Paul Doumer, avait dû procéder contre le président Brisson à un torpillage heureux qui brisa net le développement d'une politique désastreuse pour la défense nationale : il apporta à la présidence un souci très vif de la frontière. Précisément, au cours de la période électorale, il était allé à Nancy reconnaître, avec le colonel de Castelnau, commandant alors le 37^ d'infanterie, les emplacements stratégiques du Grand-Couronné. M. Louis Marin n'eut pas de peine à amener à ses idées le président Doumer, et celui-ci forma un petit groupe parlementaire et militaire dont le nouveau député de Nancy devint le secrétaire, et qui résolut en première ligne de réaliser cette défense de Nancy. L'affaire fut ainsi mise en train.
Le problème coinportait plusieurs données : aménager d'abord le Grand-Couronné, puis fournir des troupes suffisantes pour la défense sur place de ses divers éléments, enfin renforcer les garnisons voisines, Saint-Nicolas-du-Port, Lunéville, Pont-à- Mousson. M. Louis Marin, avec la plus grande clair-
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voyance insista sur ce dernier point: l'Etat-Major n'admettait que la seule possibilité d'attaque de Nancy au sud-est, par la trouée de Charmes. Le jeune député affirmait que l'attaque se pouvait faire de tous les côtés et que Pont-à-Mousson devait être fortement organisé. Pont-à-Mousson est, en effet, le point de partage entre la Lorraine de Metz et celle de Nancy, le chemin qui de Metz conduit à l'entonnoir de Commercy et de là ouvre aussi la voie sur Paris ; c'est la clef de la Woëvre; la côte de Mousson est devant le mont Sainte-Geneviève, pilier nord du Couronné; Pont-à-Mousson non défendu, c'est Nancy tourné par le nord.
C'était, pour un simple député, une entreprise quasi surhumaine que de faire aboutir un tel programme; les événements lui apportèrent une aide précieuse. L'aff^aire de Casablanca survint, M. Clemenceau étant président du Conseil. M. Clemenceau n'a peut-être pas un très bon caractère, mais il a du caractère : il comprit vite l'importance de la défense de Nancy et enjoignit à son ministre de la Guerre d'y procéder sans délai. Dans ce temps-là le ministre de la Guerre avait pour maître son chef d'état-major général, le général Brun, l'un des plus néfastes militaires de la troisième République, un général qui ne croyait pas à la guerre et considérait l'armée comme une institution archaïque et désuète : il tint tranquillement en échec tous les ordres ministériels et même présidentiels. Le point capital était l'organisation défensive de Pont-à- Mousson; il y fallait une garnison renforcée et des casernements importants, la municipalité en faisait les frais; au lieu de la renforcer, le général Brun,
quand il fut ministre de la Guerre, prétendit supprimer la garnison existante, mais par bonheur sa prétention fut contrariée.
M. Louis Marin fit appel à l'opinion et trouva de précieux coadjuteurs dans ses deux autres collègues, le commandant Driant, que Nancy venait de prendre comme son député, et M. Ferri de Ludre, passionné lui aussi pour la défense de sa ville : la représentation nancéienne avait sur ce point une unanimité profonde et absolue. Driant batailla dans la presse et à la tribune^; Louis Marin avait établi son quartier général à la Commission du budget, et ce fut de là qu'il enleva la victoire.
En octobre 1912, l'Allemagne augmenta ses armements, nous y répondîmes par la loi de trois ans et il fallut doter cette loi d'un programme d'armement de 5oo millions. La commission du budget était quasi souveraine; en mai 191 3 elle eut d'importantes séances secrètes, M. Marin y souleva la question de la défense de Nancy. On se rendit compte que les motifs donnés
^ Le 29 novembre 1911, dans la discussion du budget de guerre, Driant appelait l'attention du ministre sur la situation de Nancy et demandait sa mise en état de défense. « Nancy est digne d'être défendue et désire l'être, affirmait-il avec force. Je demande à M. le ministre de la Guerre de ne pas s'en référer aux réponses qui ont été faites lors des premières tentatives de mise en état de défense de ses abords, notamment à cette conception que la fortification annihile l'esprit d'offensive, que tous les chefs s'accrochent aux ouvrages et ne peuvent s'en dégager. Il faut, au contraire, considérer, dans ce cas particulier, les ouvrages fortifiés comme un appui pour les troupes de couverture. » Le rapporteur du budget de la guerre répondait, découvrant ainsi les dangereuses illusions de l'Etat- Major : « Nonîbre de personnalités militaires estiment que Nancy doit rester ville ouverte et que notre résistance est en arrière... // n'y a qu'un moyen de couvrir Nancy, c'est de prendre l'offensive. » A quoi Driant répliquait : « La première offensive sera prise par notre adversaire ; il sera à Nancy au moment où l'on apprendra en France que l'invasion est déclenchée. Avec les quelques ouvrages que je demande, il serait arrêté pendant un temps suffisant pour permettre à nos troupes de se ressaisir et de prendre à leur tour l'offensive. »
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depuis trente ans pour ne pas agir n'existaient pas en réalité ; le ministre des Affaires étrangères affirma qu'il n'y avait point à ce sujet de clause secrète du traité de Francfort, ia mise en état de défense du Grand-Couronné fut votée. « C'est parce que vous êtes un bon type qu'on vous a donné le Grand-Couronné », avouait amicalement au député de Nancy un de ses collègues généralement mal disposé aux dépenses militaires; heureuse camaraderie des commissions! Mais le vote d'une mesure n'est rien, le plus dur est de contraindre l'administration à l'exécuter. Celle de la Guerre n'y mit aucun entrain ; un projet minutieux fut bien préparé, mais en novembre 191 3, rien n'était encore commencé. Le 2 décembre, le ministère tombait et le portefeuille de la Guerre était attribué à M. Noulens. Celui-ci avait été rapporteur général du budget et, à ce titre, avait appuyé à la commission du budget les revendications de M. Louis Marin; le jour même de son entrée au ministère, mis au fait du retard, il consacrait, de sa seule autorité, le reste des crédits disponibles à la défense du Grand- Couronné et donnait l'ordre de commencer sur-lechamp les travaux, qui devaient être achevés en mai 1915. En juin et juillet 1914, l'horizon se chargeant de nuages, le général Foch, qui commandait le 20^ corps, pressa énergiquement les travaux et, quand la guerre éclata, le programme électoral de Louis Marin était réalisé dans ses lignes essentielles ; Nancy et sa zone environnante étaient à peu près à l'abri d'une surprise ennemie.
Nancy défendue, c'était la trouée de Charmes et Toul protégées de la plus efficace façon; la menace
était conjurée au sud, mais elle n'était qu'atténuée au nord; Pont-à-Mousson, sentinelle de Nancy, n'avait été qu'incomplètement armée, et la frontière, de Pont-à-Mousson à Longwy, restait ouverte et exposée aux entreprises de l'ennemi que tout y attirait.
Le plan de Séré de Rivières abandonnait la Woêvre. Les digues défensives des Hauts de Meuse et des Côtes de la Moselle, avec leurs musoirs Verdun-Toul, Épinaî-Belfort, semblaient suffisantes pour briser l'effort de l'ennemi : l'objectif étant de l'attirer dans les trouées au nord et surtout au sud des Hauts de Meuse, on lui avait laissé libre champ à travers la Woëvre. Notre frontière militaire fut donc reportée là à 25 kilomètres en arrière de la frontière politique et assurément pour les mêmes considérations diplomatiques que celles qui pendant quarante ans devaient retarder la défense de Nancy ^ Notre frontière militaire devait être strictement défensive, la concentration se faisait à l'abri des Hauts de Meuse, il fallait commander les passages du fleuve et mettre par suite tous ses ponts sous notre canon : aussi les forts des Hauts de Meuse furent-ils établis sur le versant occidental, leurs canons tournés à l'ouest, vers la France...
^ Le général de Rivières avait pourtant prévu la création d'un fort d'arrêt au nord de Briey, sur la frontière même ; on lit ainsi dans son rapport du l5 novembre 1873 : « Chemin de fer de Thionville à Montmédy. La conservation des fortifications de Longwy implique naturellement l'inoccupation de la position de Longuyon. Dans ce cas il serait indispensable de maîtriser la ligne des Ardennes au point où elle pénètre sur le territoire, à hauteur de Fontoy. Il existe entre Fontoy et Sanzy des positions sur lesquelles il serait facile de construire un fort d'arrêt ».
Le point de vue seul envisagé était la maîtrise des lignes de chemin de er. Pour le fort d'arrêt de Fontoy, les prévisions étaient de 2 millions, mais en 1874, dans le plan d'ensemble, ce projet fut abandonné et reporté h Vachémont, au-dessus de Longuyon, avec une prévision de 2 millions.
Au moment de l'établissement du plan du général de Rivières, l'inconvénient d'un tel abandon était politique plus qu'économique. En 1875 les mines de Briey n'étaient pas découvertes, le traité de Francfort avait fait passer en Allemagne presque toutes nos usines sidérurgiques de la iMoselle et la métallurgie française avait délaissé l'Est pour s'établir dans le Centre, sur le charbon. En 1878 le procédé Thomas permit d'utiliser les minerais phosphoreux; cette région de Briey prit de l'importance, mais l'extraction minière ne commença à présenter de l'intérêt qu'en 1896 pour ne prendre son grand essor qu'à partir de 1906.
Or cette date de 1906 est précisément celle où nos relations coinmencèrent à se tendre avec l'Allemagne et c'est aussi celle où les métallurgistes allemands, à court de minerai et de plus en plus tributaires de l'exportation, recherchaient en France toutes les mines de fer disponibles et avaient déjà réussi à prendre le contrôle d'un trop grand nombre de celles de ces régions de Briey et de Nancy, — on com.prend quelle devait être leur tentation, au cas d'une guerre, de mettre la main sur un gage aussi précieux. La menace sur Nancy devenait aussi forte par le nord que par le sud, par la Woëvre que par la trouée de Charmes, et c'était la plus grave et la plus inexplicable des impruderces de ne pas piotéger un coin aussi capital.
D'autant que notre métallurgie, à la suite de la mise à fruit des mines de Briey, était revenue du Centre à l'Est. En 1913, le seul département de Meurthe-et- Moselle centralisait 85 % de notre production de fonte, 95 % de notre production minière, et son grand réservoir était Briey, qui fournissait l5 des 19 mil-
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lions de tonnes, où se chiflrait l'extraction de tout le département. La fonte et le fer sont le principal moyen de la force militaire, notre État-Major ne devait pas ignorer qu'en cas de guerre il y aurait lieu d'augmenter dans de considérables proportions notre matériel d'artillerie, que le tir rapide exigeait des quantités considérables de munitions, que le 76 était un gros mangeur et que l'usure précoce des bouches à feu en commanderait vite et très vite le remplacement. Cette faute ayant été commise de laisser se concentrer notre métallurgie sur la frontière, au moins fallait-il la défendre, elle et ses approvisionnements. Mais là n'était pourtant pas l'importance sans égale de ce coin de la frontière. La métallurgie allemande* demandait avant la guerre, à ces mines de Lorraine qu'elle nous avait prises en 1871, et à celles du Luxembourg, la quasi-totalité de son minerai ; dans la
* F. Engerand, La po/î/igue métallurgique de l'Etat allemand. {Correspondant, 10 et 25 septembre 1916.)
Déjà en 1900, M. Ardouin-Dumazet s'étonnait de la non-défense de la frontière de Frouard à Pagny-sur-Moselle et Novéant; il ajoutait que dans cette basse Woëvre les hautes collines boisées qui dominaient la vallée de la Moselle jusqu'à Pagny offraient des moyens de défense excellents et que, au delà jusqu'à Novéant, les abords de la vallée du Rupt de Mad pourraient être utilisés : « Si nous pouvions, écrivait-il, amener du monde sur ces hauteurs de la Moselle, il y aurait une redoutable ligne de défense. Malheureusement, notre concentration ne saurait être assez rapide et nos voisins, maîtres des tragiques campagnes de Saint-Privat, continuation de la Woëvre au nord, pourraient pénétrer sur le plateau de Mars-la-Tour sans trouver d'autre obstacle que la nature même du sol, formé d'une argile épaisse et tenace, où les eaux s'amassent en étangs avant de traîner paresseusement au fond des plis peu accusés qui vont à l'Yron, au Rupt de Mad, à l'Ache et au Terrouin. Par les pluies, ces terres sont presque impraticables. Au cœur du pays, une vaste forêt a été particulièrement défrichée, mais il en reste des lambeaux assez étendus pour que ces bois au sol fangeux offrent un sérieux obstacle. » ( Voyages en France, 22*^ série. Berger- Levrault, 1900.)
11 eût été possible, sans doute, dans ces pays marécageux, d'utiliser l'eau comme moyen de défense et d'y tendre les inondations comme on l'avait fait pour la région du Nord.
LA FRONTIÈRE DE Î87i ET L'ESPRIT D'OFFENSIVE 131
seule Lorraine annexée, l'extraction du minerai passa d'un million de tonnes en 1880 à 14 millions en 1906, à 21 millions en 1913, et en cette année I9l3, sur 36 millions de tonnes que l'Allemagne tirait de son sol, près de 29 millions provenaient des seules mines de la Lorraine annexée et du Luxembourg. Or, tout ce minerai s'^ trouvait en bordure même de la frontière, sur une longueur d'une vingtaine de kilomètres et une profondeur maximum de sept, — en sorte que, restant strictement sur la défensive, gardant ces quelques kilomètres de notre frontière politique, nous tenions sous le canon la presque totalité de la production de minerai de fer de l'Allemagne et lui rendions ainsi impossible une guerre prolongée.
C'était là le problème militaire de Briey. Il est acquis qu'avant la guerre notre Etat-Major ne fut pas informé d'une telle situation; le directeur des Mines au ministère des Travaux publics a reconnu n'avoir pas appelé son attention sur un fait d'une aussi considérable importance pour notre défense nationale*. Les métallurgistes de cette région, eux non plus, ne pouvaient pas ignorer cette position du minerai allemand : l'exemple des députés de Nancy était lia, comment ne donna-t-on pas à Briey les mêmes sûretés?
Or, sur cette partie de la frontière, de Longwy à Pont-à-Mousson, les Allemands avaient deux corps d'armée, tenus à efltectils renforcés, le XIV^ à Metz, le XXÎ^ à Sarrebruck et en plus les têtes de colonnes du VI 11^ à Trêves, — et dans la région sur laquelle pesait une telle menace rien, rien et rien !
En vain, en 1911, le général Maitrot affirmait que
* E':h.7 de Paris, 3o mars 1917.
ce serait dans la Woëvre que se ferait l'attaque brusquée « pour confisquer les ressources de cette riche région, troublef notre concentration en essayant de percer jusqu'à la Meuse, et couvrir la concentration allemande'». On ne changea même pas l'orientation des forts des Hauts de Meuse et notre couverture resta en deçà du bassin de Briey : fin I9l3 pourtant, on installa un bataillon de chasseurs, à Labry, sous le feu des canons des forts de Metz, pour garder le dépôt de machines que la Compagnie de l'Est avait établi à Conflans.
Non seulement ce coin capital ne fut pas mis en état de défense en temps de paix, mais son abandon était escompté en cas de guerre: on sait que le général Verraux, qui commandait la 42^ division sur la lisière du bassin de Briey, a témoigné que ses consignes, datées de janvier 1914, comportaient le repli à 20 kilomètres de l'antenne la plus avancée*.
Le général Malleterre a-t-il donné le mot de l'énigme? « On craignait peut-être — a-t-il écrit — de livrer une bataille prématurée et incertaine dans ces régions industrielles, entraînant leur destruction immédiate ; pourtant cette destruction eût mieux valu que ds les laisser exploiter par les Allemands! »' Cette non-défense de Briey était désastreuse pour Nancy, puisqu'elle recréait au nord la menace qu'on venait de conjurer au sud...
* Général Maitrot, Nos frontières de l'Est et du Nord, Berger- Levrault, I9l3.
' L'Œtyz;/v, 3 février 1917.
* Le Temps f 3 février 191 7.
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