‹ Le secret de la frontiere 1815-1871-1914, Charleroi;Chapitre 9 sur 44 · L'ESPRIT D'OFFENSIVE · texte numérisé non relu

L'ESPRIT D'OFFENSIVE

LE CARREFOUR DES ROUTES d'iNVASION DE l'eST : LA TROUÉE DE CHARMES

LE Rhin est la ligne de partage évidente de l'Eu- Consulter la rope occidentale d'avec l'Europe centrale, c'est, *^*^* ^* a dit Salvien, « le fleuve qui sépare deux mondes », la limite naturelle des Allemagnes \ A chacun des pays délimités il ne constitue pas qu'une frontière politique, il leur est une incomparable frontière militaire, puisque le fossé qu'il met entre ces deux parties de l'Europe se trouve sur chaque rive protégé par une haute muraille et abrupte pour l'envahisseur de l'autre bord, la Forêt Noire, les Vosges. Le Rhin ofire ainsi à chacun des peuples qu'il partage et sur chacun de ses bords une double protection, le fossé et l'escarpe; jamais frontière ne fut plus nettement tracée par la nature et l'on comprend que Napoléon

' Ernest Babelon, La grande question d'Occident. Le J^hin dans l'histoire, Leroux, 1916-1917.

ait dit de ces limites qu'elles nous furent données « par un décret de Dieu ».

Vidal de la Blache a comparé le système montueux du Rhin à un dôme, lentement soulevé et finalement effondré en son milieu : la lézarde est la vallée rhénane '. De cette disposition géologique il résulte que les pentes extérieures des Vosges, ainsi que de la Forêt Noire, sont lentes et les pentes intérieures verticales, escalier raviné d'un côté, muraille à pic de l'autre. Au pied de chacune, deux rivières recueillent les eaux de chaque versant, le Neckar, la Moselle.

Les Vosges ont leur origine à la trouée de Belfort et se dirigent du sud au nord, parallèlement au Rhin, jusqu'au coude que le fleuve fait à Mayence; le mont Tonnerre en est le terminus nord. Elles acquièrent dès leur point de départ une hauteur considérable ; c'est au sud que le massif a sa plus grande épaisseur, 6o à 70 kilomètres. Les divisions de la chaîne sont faites quant à la hauteur: les Hautes-Vosges, du ballon d'Alsace à la dépression de Saverne, par la chaîne des Ballons aux altitudes de 1.000 et 1.200 mètres; puis les deux grands pitons, le Hohneck (1.366 mètres), roi du massif, et le Donon: crête continue et n'autorisant la communication entre les deux versants qu'aux cols dont cette guerre a popularisé les noms, Bussang, Saales, le Bonhomme, Sainte-Marie-aux-Mines ; — les Basses- Vosges et leur suite, le Hardt, qui encadrent toute la vallée de la Sarre et séparent la Lorraine des plaines rhénanes de l'Alsace septentrionale et du Palatinat,

1 Vidal de la Blache, La France, Hachette, 1898. — La Fiance de l'Est (Lorraine-Alsace), Colin, 1917.

ligne de monts et de forêts d'une quarantaine de kilomètres d'épaisseur et d'élévation moyenne, 4 à 5oo mètres.

L'importance stratégique des Vosges, surtout des Hautes, est considérable ; c'est une solide barrière contre une attaque de l'Est ou du Nord-Est, pourvu qu'on ait tout le massif et ses deux versants. Dans les Hautes-Vosges, quatorze routes carrossables établissent les communications, mais il n'existe aucune voie ferrée, des embranchements seulement montent sur chaque versant et s'interrompent près de la frontière ; ils sont comme autant de mains qui tendent à se joindre et l'attestation la plus saisissante de l'arbitraire et de l'impiété de la séparation. Dans les Basses-Vosges les routes sont plus nombreuses, et le chemin de fer traverse en deux points le massif, aux dépressions de Pirmasens et de Kaiserslautern, qui commandent les communications du Palatinat et de la région lorraine de la Sarre. Malgré tout, il est aisé à qui a tout le massif de maîtriser ces défilés ; aussi la chaîne des Vosges est-elle dans tout son développement difficilement franchissable, mais elle peut être tournée ; le point classique, à cet effet, fut longtemps la trouée de Belfort.

Cette solution de continuité entre les Vosges et le Jura réunit la plaine alsacienne et la plaine comtoise et fusionne, pour ainsi dire, les bassins du Rhin et du Rhône, car la ligne de partage de leurs eaux n'est tracée par aucune saillie du terrain. Ce fut de tout temps l'un des grands chemins de pénétration de la Germanie en Gaule, la porte maîtresse de la France qui y donne accès dans toutes les directions: par le sud sur la Franche-Comté, par le nord sur la vallée

d'entre Meuse et Marne, Langres, les plaines de Champagne, Paris. C'était la voie normale d'invasion quand le centre de gravité de l'Empire était à Vienne, elle implique en effet le Danube comme base d'opérations; ce centre de gravité passé à Berlin, l'Autriche restant en dehors de la Confédération et de l'alliance germaniques et l'Allemagne sur la rive droite du Rhin, la situation stratégique se fût assurément modifiée; l'annexion de l'Alsace et l'alliance de l'Autriche avec l'Allemagne rendirent à la trouée de Belfort tous ses dangers.

Le pire était de permettre à l'ennemi de couper les communications entre le Midi et le Nord et de troubler profondément notre concentration. Ce sont, en effet, les corps d'armée du Midi et d'Afrique, amenés par les chemins de fer remontant les vallées du Rhône, de la Saône et du Doubs, qui constituent l'aile droite de nos armées ; le libre usage de la voie ferrée Lyon-Besançon-Vesoul-Epinal est donc indispensable, et par la trouée de Belfort l'ennemi peut en trois ou quatre marches atteindre cette ligne essentielle, par là faire tomber la place d'Épinal, puis, marchant par Dijon sur la Loire, séparer Paris des provinces du Centre et du Midi.

La trouée de Belfort fut longtemps le principal défaut de la cuirasse de la France. Le mieux, pour le réduire, eût été d'en faire cesser la cause en détachant l'Autriche de l'alliance de l'Allemagne. Alors Belfort aurait pu devenir une base offensive contre le pays de Bade, et même, dans les circonstances d'avant la guerre, un succès de nos armes sur la Moselle eût pu permettre aux troupes de réserve, par une poussée énergique, de couper les communi-

cations de Strasbourg avec rAllemagne du Sud : d'où l'obligation, pour l'ennemi, d'immobiliser, dès le début d'une campagne, une fraction de ses forces en Haute-Alsace.

Les Hautes-Vosges constituaient pour la France, dans ses limites de i8i5, le grand obstacle à une invasion venue de l'Est et, même avec les limites de 1871 et l'Alsace en glacis jusqu'au Rhin, la voie restait difficile et scabreuse : l'attaque de la France était bien plus facile par le Nord-Est. Là, les Basses- Vosges, moins élevées, plus coupées, n'interposaient point un barrage comparable et offraient trois couloirs de pénétration : Saverne, Pirmasens, Kaiserslautern.

La trouée de Saverne est au point de jonction des Hautes et des Basses- Vosges. Le Zorn, s'y frayant un passage, a ouvert la voie aux diverses communications de l'Alsace avec la vallée de la Sarre et la France, entre Strasbourg et Nancy : là, en effet, passent le chemin de fer de Paris à Strasbourg et le canal de la Marne au Rhin. Phalsbourg maîtrise ce nœud important qui, par Sarrebourg et Lunéville, aboutit en droite et courte ligne à la trouée de Charmes.

Plus au nord, Pirmasens et Kaiserslautern commandent de même les communications du Palatinat rhénan au travers des Vosges : Pirmasens celles de Deux-Ponts et de Landau; Kaiserslautern surtout, nœud de huit routes, celles du Rhin, de la Moselle, de la Sarre, de la Blies, — toutes deux clefs du Palatinat, positions offensives contre la France, que la Prusse en 181 5 eut soin de se faire remettre et par où elle dominait la vallée de la Sarre ; réciproque couloir de pénétration de la France en Allemagne et de l'Allemagne en France, mais d'inégales facilités.

106 J'IiONTIÈRK DÉFENSIVE ARMÉE OFFENSIVl-:

La région de la Sarre, a écrit M. Hanotaux, est sur notre frontière la région militaire par excellence : Sarrebruck, avec ses trois ponts, présente un passage favorable de la rive gauche à la rive droite; une armée française essayant de pénétrer en Allemagne, se dirigerait naturellement vers Sarrebruck; c'est le principal débouché de la Lorraine vers le Palatinat, c'est de cette ville que rayonnent les chemins de fer de la Nahe et de la Bavière Rhénane, ce point stratégique est de la plus haute importance *.

Les Prussiens le savaient aussi bien et mieux que nous et ils eurent soin en i8i5de mettre la main sur Sarrebruck et Sarrelouis où ils trouvaient, en plus d'un bassin houiller inestimable, les débouchés et les têtes du défilé de la vallée de la Sarre. Par là ils dominaient stratégiquement la France et y avaient un double accès : ils pouvaient tourner au nord et au sud l'obstacle des collines de la Meuse. Par Thionviile et les plaines de la Haute-Woëvre ils arrivaient à la trouée Dun-Stenay; il subsistait sans doute une distance jusqu'à la trouée de Charmes, mais, maîtres du cercle des hauteurs circonvoisines du Hunsruck et du Hardt, ils avaient par Sarrelouis et Sarrebruck les têtes de la vallée de la Sarre, du grand couloir de pénétration qui, par Sarreguemines et Dieuze, rejoignait à Sarrebourg la trouée de Saverne et aboutissait à cette trouée de Charmes, porte de la France qui, forcée, ouvre le chemin de Paris et à l'orifice de laquelle le traité de Francfort mit cet ennemi avide et entreprenant.

La trouée de Belfort, la trouée de Charmes étaient les deux seules voies d'invasion que permettait à

' Hanotaux, /histoire iUiistrée de la guerre de 1914, tome III. — Voir aussi La Géographie militaire, du commandant Marga, Berger- Levrault, l885. et Eu q;èiie Tenot, La /•>p;2//èr*', Oeimer Baillièrc, l883.

FAilemagne îe respect des traités ; elle s'assura à cet effet toutes les facilités, sans avoir peut-être suffisamment entrevu l'obstacle que Nancy, les collines de la Meuse et le massif des Hautes- Vosges mettraient à de tels projets. Toutefois, malgré les apparences, ces voies n'étaient ni les plus courtes, ni même les plus commodes ; de Berlin à Paris c'était le chemin des écoliers : le chemin direct était, au long des rivages de la mer du Nord par les plaines de la Belgique, tracé là par la nature et facilité par les relations internationales; il suffisait, pour s'en apercevoir, de egarder une carte de l'Europe physique et, pour s'en convaincre, la carte des chemins de fer. On le sut pertinemment en France jusqu'en 1880; pour notre malheur on l'oublia depuis se croyant très suffisaminent protégé de ce côté par un obstacle « qui n'a pas l'épaisseur d'un fil » et que Sully-Prudhomme en ce temps-là affirmait plus puissant que l'eau, le roc et le sable : l'honneur.

A cette barrière défensive, les Vosges ajoutent encore, par les deux rivières maîtresses auxquelles elles donnent naissance, la Meurthe, la Moselle qui, par elles et leurs tributaires, la Seiîle, la Vezouse, le Sanon, îa Mortagne, ie Madon, mettent devant l'envahisseur un septuple fossé au point le plus critique, la trouée de Charmes.

La Moselle a jusqu'à Epinal un cours tourmenté entre deux arêtes montueuses et des bois épais ; elle perd là son allure de torrent et coule alors apaisée à travers les ondulations d'une large plaine de 5o kilomètres, dite trouée de Charmes. Au sortir de là, elle se heurte à un vaste plateau rocheux et boisé, de

200 mètres de surélévation, le plateau de Haye, trait d'union entre Toul et Nancy, et dès lors ses eaux, grossies de celles du Madon, reprennent un cours irrégulier : d'abord à Pont-Saint- Vincent elles s'ouvrent un passage et coulent au fond d'une gorge étroite, puis après quelques kilomètres s'engagent dans la plaine, la quittent presque aussitôt et, comme attirées par ce plateau, font devant Toul demi-tour, retrouvent à Liverdun le promontoire nord du plateau, s'y ouvrent une issue et s'en vont à quelques kilomètres rejoindre la Meurthe, s'y jeter, devrait-on dire, car si officiellement la Meurthe est dite affluent de la Moselle, géologiquement à Frouard c'est la Moselle qui se jette dans la Meurthe et porte alors par Metz au Rhin leurs eaux mêlées.

Le cours de la Meurthe est bien plus calme et régulier; c'est presque en droite ligne que du col de la Schlucht, où est sa source, elle dévale par Saint-. Dié, Raon-l'Etape, traverse à Lunéville la trouée de Charmes et met à l'est de Nancy un fossé protecteur. La Moselle, par la vaste boucle qu'elle fait de Pont- Saint- Vincent à Frouard, enserre à l'ouest le plateau de Haye au pied oriental duquel est assise Nancy, et étant donné qu'au sud un canal de jonction relie la Moselle et la Meurthe, cette région nancéenne est comme dans une île, dont l'abord est protégé à l'est par une double couronne de collines et de forêts. Cette défense-là n'est que la crête extrême du bassin parisien, une suite régulière de falaises concentriques à la ville, reliées entre elles par des bois et lui faisant comme une couronne, d'où le nom de Grand-Couronné ; linéairement, c'est une demi-circonférence tangente à la frontière, avec

carte F.

LA FRONTIÈRE DE 1871 El LESPRIT D'OFFENSIVE 109

Nancy pour centre et la Meurthe prolongée par la Moselle pour diamètre.

Le point de départ, le pilier nord du Couronné, est conâuUer k. sur la rive droite de la Moselle, au-dessous de Pontà-Mousson, le mont Sainte-Geneviève (Sgo mètres), nom prédestiné et en souvenir de l'intervention victorieuse de la vierge de Paris contre les premiers barbares ; après c'est le mont Toulon (375 mètres), les Moivrons (417 mètres), le col de Bratte, les collines surplombant Leyr et Bouxières-aux-Chénes, puis le mont d'Amance (410 mètres). Toute cette partie du Couronné commande la vallée de la Seille; là une solution de continuité se manifeste, causée par un petit affluent de la Meurthe, la Pissotte, mais comblée par la grande forêt de Champenoux, prolongée elle-même par la forêt de Saint-Paul. Le Couronné reprend après et assure la défense sud de Nancy par les collines du Rembétant et de Varangeville, qui rejoignent la Meurthe et dominent la plaine de Lunéville ainsi que toutes les grandes communications sur Nancy. Interrompu là par la Meurthe, le Couronné repart sur l'autre rive, à Saint-Nicolasdu-Port, et s'achève par les collines de Saflfais-Belchamps, qui aboutissent à Bayon, l'un des points essentiels de passage de la Moselle dans la trouée de Charmes.

Nancy a donc une position stratégique hors pair. Entourée d'une fortification naturelle, d'une couronne — c'est le terme technique — dont chacun des monts, qui en forment les fleurons, sont autant de bastions et les forêts les courtines, Nancy est comme le réduit d'une citadelle, de toutes parts fermée par le roc, l'eau, les forêts, un ouvrage avancé de Toul

par le plateau de Haye et prolongé jusqu'à ia frontière de 1871, où il s'enfonce comme un coin. Ce môle solide se développe d'un côté au long de la plaine de Woëvre, porte de sortie de Metz sur la France, de l'autre de la trouée de Charmes, voie éternelle d'invasion, — position défensive incomparable et du fait de sa contiguïté à la frontière pouvant même devenir offensive, mais qui, laissée sans défense, donnera à l'ennemi un avantage offensif exceptionnel, car elle est l'un des battants de cette porte de la France qu'est la trouée de Charmes. La trouée de Charmes est donc une solution de continuité de 5o kilomètres dans le front de défense que font à la France les collines de la Meuse et la chaîne des Vosges, un large pertuis seulement défendu par les cours parallèles de la Vezouse, de la Meurthe, de la Mortagne, de la Moselle, de cette dernière surtout qui n'y peut être franchie que sur trois points : à Bayon, à Charmes, à Chatel. Ce débouché se trouve imposé à l'envahisseur par cela seul qu'il est l'aboutissement des diverses voies de communication de l'Allemagne et des pays rhénans. C'est le carrefour des routes d'invasion : de la route de la trouée de Saverne, juste dans la direction de celle de Charmes et qui conduit de Strasbourg par Sarrebourg, Blamont, Baccarat à Rambervillers, puis à Charmes; de la route de la vallée de la Bruche qui, de Strasbourg par Schirmeck, contournant le Donon, débouche par la vallée du Plaine à Raon-l'Étape et Rambervillers ; surtout de la grande voie de la vallée de la Sarre qui, de Sarrelouis, de Sarrebruck, de Sarreguemines, par Saint-Avold, Château-Salins, Dieuze, Moyenvic, conduit à Luné-

viile et à Bayon, à Bl amont et à Rambervillers.

Ramberviilers est ainsi l'étoile de toutes les voies de communication d'Alsace, Moyenvic de celles des Lorraines; Bayon et Charmes sont les points de convergence non seulement de toutes les voies terrestres, mettant l'Est en communication avec la vallée de la Marne et avec Paris, mais encore de la grande voie ferrée qui relie le Midi et la Franche- Comté à la Lorraine et s'embranche à Blainville sur la ligne Paris-Strasbourg. Epinal et Nancy sont les deux défenses indiquées de cette trouée de Charmes, dont l'importance stratégique apparaît assez: « Si une armée d'invasion, écrit M. Hanotaux, parvient à franchir la Moselle à Charmes, elle a tourné Nancy et Toul d'une part, Epinal de l'autre et elle n'a plus qu'à marcher par Neufchâteau sur Troyes et la Champagne'. »

Ce débouché-là était imposé par la nature à l'envahisseur; le commandement français, après 1871, avait compris le parti à en tirer, et le général Séré de Rivières, établissant ses deux digues défensives Belfort-Epinaî, Toul- Verdun, avait aménagé là un champ de bataille de choix, tendu un piège, « une souricière », disait-on déjà. « C'est là, — écrivait Tenot dès i883, — que l'armée française, si elle est concentrée en temps utile, affrontera le choc de l'ennemi. » — « C'est par les routes qui traversent cette trouée, — déclarait dans le même temps le commandant Marga, — que les armées allemandes s'avanceraient si elles voulaient éviter de se heurter auxforteressesdès le début des hostilités et d'attendre le résultat des sièges pour envahir notre territoire. »

1 Livre cité, t. IV, p. 292.

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Consulter lea cartes C et F.

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