‹ Le secret de la frontiere 1815-1871-1914, Charleroi;Chapitre 17 sur 44 · Livre jaune, n · texte numérisé non relu

Livre jaune, n

de 21 de réserve, soit 1.900.000 hommes, et elle en tourna aussitôt contre nous 34. C'est là la cause de la surprise de Cliarleroi. Prévoyant 25 corps, l'État- Major français limitait au sud de la Belgique le mouvement débordant de l'aile droite allemande et repoussait l'hypothèse d'un mouvement plus excentrique qui nous eût rendu possible un enfoncement du front, trop amenuisé par les prélèvements d'effectifs qu'il nécessiterait ; il limitait donc à Mézières le champ de l'attaque allemande et ne doutait pas que la décision serait à l'Est.

Or le plan allemand était, tout au contraire, de laisser un rideau de troupes le long des Vosges et en Lorraine en le tenant sur une solide défensive et de chercher la décision au Nord : franchir la Meuse, avec les trois quarts de l'armée, de Visé à Dinant, enlever Liège et Namur, marcher sur Bruxelles et là se rabattre par les différentes voies conduisant à Paris : les plaines de la Belgique traversées, les défenses du nord de la France tombées, la route de Paris était ouverte. Manœuvre de grand style, des plus audacieuses aussi, car ses conséquences pouvaient et devaient être immenses. La condition essentielle, sine quel non du succès était le secret, et s'il fut si parfaitement gardé peut-être la cause en doit-elle être cherchée dans la destruction de notre service de renseigreinents consécutive de l'affaire Dreyfus. Le grand Etat-Major allemand dépista les attachés militaires étrangers* : il avait disposé en trompel'œil les cantonnements de ses corps d'armée, en avait sur la carte massé une dizaine en Alsace-

' Baron Beyens, livre cité.

Lorraine, dans le Palatinat et le grand-duché de Bade, seul celui de Coblentz avait ses garnisons le long de la frontière belge ; quelle apparence d'une attaque parle nord de la Belgique? Mais les corps de Westphalie, du Hanovre, du Holstein pouvaient très rapidement évoluer vers l'ouest grâce à la multiplicité des voies ferrées et se loger, sous couleur d'exercices, dans les vastes camps de concentration, établis comme par hasard au long de la frontière.

Théoriquement admirable, ce plan à l'exécution devenait terriblement scabreux, car il était conditionné par des contingences politiques des plus graves. Il était fondé sur la violation de la neutralité de la Belgique, il fallait donc tenir compte tout ensemble de la résistance que pouvait opposer la Belgique ainsi que du concours que devait lui porter l'Angleterre, et, par une diplomatie préalable bien délicate, — car elle eût donné l'éveil, — neutraliser celle-ci et circonvenir celle-là. Sinon force était d'agir avec une rapidité foudroyante, d'anéantir la France avant que la Russie pût inquiéter sérieusement la frontière orientale et que l'Angleterre fût en état d'intervenir efficacement.

Le compte de la France devait donc être réglé en six semaines, deux mois au plus. Le danger était dans la prudence du commandement français, qu'il se mît sur une défensive sérieuse, qu'il laissât venir et attendît de pied ferme, obligeant l'assaillant à faire le siège de ses frontières. Le commandement allemand, — et les événements lui donnèrent raison, — avait spéculé sur la mentalité off^ensive de l'Etat- Major français.

L'autre danger était d'ordre matériel. Calculée à

25 corps, la concentration était à égalité de temps dans les deux pays et, quinze jours après la déclaration de guerre, les deux armées se trouvaient en état de s'affronter; mais pour l'Allemagne ce n'était plus 25, mais 34 corps d'armée à mettre en action contre la France, et elle se voyait forcément, quant à la mobilisation, en état d'infériorité : le transport d'un corps d'armée mobilisé exigeait un minimum de 121 trains de 5oo tonnes, soit 2.400 wagons, et un délai d'au moins deux jours et demi, — et il fallait multiplier par 9. La concentration allemande, sur les bases secrètes qui lui étaient données, imposait donc un tiers de plus de temps que la concentration française: pour retrouver l'avantage, force était à l'Allemagne de commencer sa mobilisation avant la lettre; une tension diplomatique prolongée lui était indispensable.

Cette considération est essentielle à l'intelligence du drame diplomatique, dont le crime de Sarajevo fut le prétexte, sinon la cause réelle.

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LA PREPARATION DE LA SURPRISE DIPLOMATIQUE; LES DERNIERS JOURS DE LA PAIX

Les jours de juin et de juillet 1914 compteront parmi les plus tristes que la France ait connus ; jamais peut-être nous n'apparûmes aussi bas et l'étranger devait trouver dans les spectacles que nous offrions à ses regards superficiels les signes probants d'une irrécusable décadence. L'égoïsme, la haine, l'immoralité prévalaient; les intérêts particuliers débridés avaient aboli jusqu'à la notion de l'intérêt général, les Parisiennes se mettaient à porter des cheveux verts et violets! La dissension était partout; les Français ne s'étaient jamais autant détestés, et au mois de mai 1914 ils avaient lait une Chambre à leur image : plus de cent socialistes, élus sur des surenchères pacifistes et antimilitaristes, s'y étaient installés comme en pays conquis et y parlaient en maîtres. Le 12 juin, M. Ribot voyait son ministère renversé en même temps que présenté : « Ce que j'ai appris, — déclarait-il au milieu des imprécations des gauches, — a fait apparaître à mes yeux des difficultés plus grandes que celles que j'avais vues, et sachant ce que je sais... ». « Tous les arguments, mais pas la panique ! » lui criait un

socialiste éminent. M. Viviani prit le pouvoir le l5 juin; il avait comme ministre de la Guerre M. Messimy, un capitaine de chasseurs à pied, de beaucoup de « cran » assurément, mais dont les précédentes initiatives, on l'a vu, n'avaient pas toujours été heureuses; son ministre de l'intérieur était M. Malvv.

Le 17 juin, un orage sans exemple éclata sur Paris, une pluie torrentielle fit crever les égouts et la milice croûte qui sépare la vie souterraine de la vie externe de Paris; ces gouffres sur divers points s'ouvrirent sous les pieds des passants, dont une vingtaine y trouvèrent la mort. L'émotion fut extrême et se prolongea près d'un mois. Dix jours api es, le diir arche 28 juin, — à l'heure où se courr.it à Lcn<;ch£mp le Grrnd Prix, — l'archiduc Frerçois-Ftrdirsrd et sa Itn me étaient frappés à mort à Sarajevo par un gcir^on de dix-neuf ans. Ce crime de Sarajéxo fut généi aie ment considéré en France comme un fait divers et l'on continua de vivre comme à Paris l'on marchait sur les voûtes traîtresses du Métropolitain.

Le l"" juillet, un général portait à l'ordre de son corps d armée une sanction disciplinaire contre un officier qui, passant avec sa troupe près d'un monument commémoratif de 1870, lui avait exposé les tristesses de la défaite et la nécessité « d'être prêts à sauvegarder l'intégiité du territoire national »; le 3, le ministre de la Guerre nommait le général Sauret commandant du 3* corps d'armée. Le l3 juillet, le sénateur Charles Humbert faisait passer le frisson sur la Haute Assemblée e^i lui montrant l'état de nos armements, l'impréparation de la défense, nos forteresses désarmées ou inertes,

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notre armée sans canons ni munitions. Le 16, sur la proposition de Jaurès, le Congrès national du parti socialiste unifié proclamait « la grève générale ouvrière internationale et l'agitation et l'action populaires sous les formes les plus actives comme moyens efficaces entre tous pour prévenir et empêcher la guerre et pour imposer aux gouvernements le recours à l'arbitrage ». Enfin le public français et sa presse favorite étaient dans l'attente du scandale des scandales : les places faisaient prime aux assises pour le procès de M"^ Caillaux.

Le 28 juin, Guillaume II recevant à Kiel, à bord du Hohenzollern, la nouvelle de la mort de l'archiduc s'écria: « Toute mon œuvre est à recommencer! », grave parole, peut-être sincère, et l'une des premières lueurs sur le drame diplomatique qui va se dérouler. L'œuvre visée pur cette allusion était notamment l'organisation des Balkans sous le contrôle des empires centraux et à l'exclusion de la Russie, — organisation cherchée et poursuivie jusque-là sur le terrain diplomatique par intimidation militaire et sous menace d'une guerre continentale, dont les puissances de la Triple-Entente avaient trop dit qu'elles ne voulaient pas, dont les gouvernements des empires centraux n'étaient peut-être pas non plus très désireux, mais que certainement l'Etat-Major allemand, soutenu par l'opinion, voulait parce que, mieux prépiiré que les autres, il se croyait toutes les chances d'un succès rapide, décisif.

L'annexion de la Bjsnie et de l'Herzégovine avait été le premier acte de ce programme : la Russie encaissa l'humiliation et son premier ministrcisvolski en garda une amertume très vive. On lui voulut un

prolongement. La Serbie était l'obstacle, elle réveilla les sentiments d'indépendance des États balkaniques; les guerres de 1912 tournèrent à son avantage et lui permirent de doubler son territoire, mais elle barra plus encore les vues de l'Autriche et de l'Allemagne sur Salonique, le grand objectif. L'Autriche et son chancelier Berchtold cherchaient depuis I9i3 une revanche de la Conférence de Londres et un prétexte pour amoindrir la Serbie. Le jeu était dangereux parce que, derrière la Serbie, était la Russie, qui, au cours de la récente guerre, avait expresséinent notifié à Vienne qu'une attaque contre la Serbie entraînerait le conflit '. L'Autriche se l'était tenu pour dit, l'AUemagne ne la soutint pas comme il eût fallu, sans doute parce qu'à ce moment elle ne se sentait pas encore aussi prête qu'elle voulait'.

Sa politique impérialiste et ses visées sur l'Asie Mineure ne lui permettaient plus de se désintéresser des affaires des Balkans, comme Bismarck l'avait si fortement conseillé, et dès l'instant qu'il s'y faisait une politique de Triple-Alliance, inévitablement l'Autriche, la plus intéressée, prenait le commandement et l'Allemagne devait épouser ses querelles. Le mariage ne fut peut-être pas que de raison; il était en tout cas accompli, le il juin 1914, quand Guillaume II fut, pendant deux jours, au château de Konopischt, l'hôte de l'archiduc François- Ferdinand. On y dut décider d'exercer sur la Serbie à la première occasion, qu'au besoin on ferait naître,

* Mémoire du prince Lichnozvsky, Grasset, 1918. « On aurait dû, déclare le prince, permettre à la Serbie datteindre la mer et la guerre mondiale actuelle eût alors été évitée. »

^- Livre bleu, iSg.

une contrainte telle que son prestige dans les Balkans en serait ruiné. M. Hanotaux a affirmé que le voyage à Sarajevo fut le commencement de cette action contre le mouvement panserbe, et qui sait si l'archiduc n'alla même pas sciemment au-devant d'un incident*?

Le crime de Sarajevo ne mettait donc pas en jeu qu'un sentiment de confraternité dynastique, il posait, et de la façon la plus redoutable, tout le problème des Balkans, c'est-à-dire le règlement de l'équilibre européen à l'avantage des empires centraux, la consécration absolue et sans appel de l'hégémonie allemande.

Du 28 juin au 5 juillet, que se passa-t-il entre Vienne et Berlin, quels pourparlers s'échangèrent? On se persuada aisément, — et le ministre d'Italie en fit la confidence au baron Beyens, — « que la Russie était hors d'état de soutenir une guerre européenne, du fait de sa situation intérieure, des menaces révolutionnaires, de l'insuffisance de l'armement et des voies de communications », que le monde gouvernemental français était dans les mêmes dispositions, que l'Angleterre assurément resterait neutre*. Berchtold, esprit léger, joueur aventureux, et qui

1 II semble, en effet, acquis que, le 21 juin, le ministre serbe à Vienne avertit le gouvernement autrichien, qui passa outre, que son gouvernement avait soupçon d'un complot qui s'organisait et lui signala son instigateur, le fils d'un agent de la police secrète autrichienne, Cabrinovic. De fait, le 28, à l'arrivée de l'archiduc, ce Cabrinovic lançait une bombe qui n'atteignit pas le couple princier; l'aichiduc hésita à poursuivre sa promenade en ville, — trouvait-il le prétexte suffisant? — mais le gouverneur de Sarajevo, le général Potiorek, l'assura qu'en Bosnie il n'y avait jamais deux attentats dans la même journée; l'archiduc et sa femme, sur ces assurances, poursuivirent leur promenade. Voir, sur cette question, les deux ouvrages de M. Jules Chopin, IJ Autriche-HonLjric, « brillant second », \ vol. in-8,et Le Complot de Sarajevo, 1 vol. in-16, Edit. Bossard.

* Livre bleu, n° 17.

avait pour conseiller l'ambassadeur d'Allemagne, M.deTschirsky,calculaquec'étaitoujamaisroccasion de marcher et de risquer une partie avec l'Allemagne pour partenaire. Les circonstances étaient exceptionnelles: en Angleterre la crise du Home Ruleétaità son point aigu et la guerre civile toute proche, contre les 80.000 volontaires de l'Ulster s'armaient 120.000 nationalistes irlandais, l'unité britannique semblait en péril; en Russie c'était la grève générale à caractère politique et révolutionnaire, des collisions sanglantes à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Reval, à Riga, jusqu'à Tiflis; on sait l'état intérieur de la France: le calme ne régnait qu'en Allemagne et en Autriche. Les conjurés pensèrent sans doute pouvoir arrêter les frais à leur guise, qu'il suffirait d'une nouvelle intimidation militaire pour obtenir une nouvelle victoire diplomatique, et que tout se réglerait cette fois encore par une menace, tout au plus par un commencement de mobilisation.

Il est dès maintenant acquis — car le témoignage du prince Lichnowsky apporte sur ce point la preuve péremptoire — qu'on se mit d'accord, tant du côté autrichien que du côté allemand, sur un programme, qui fut l'objet et le résultat de la conférence de Potsdam du 5 juillet*.

Peut-être ne serait-il pas impossible qu'à Potsdam, l'on se soit proposé de n'aller que jusqu'à la mobili-

' Mémoire du prince Lichnozusky. « Par la suite j'appris qu'aux décisifs entretiens de Potsdam, le 5 juillet, la demande que Vienne nous avait adressée avait reçu l'approbation absolue de toutes les personnalités influentes, et que même on avait ajouté : même si la Russie menaçait d'intervenir. C'est du moins ce qui est dans le compte rendu que le comte Mensdorff reçut à Londres. Bientôt après, M. de Jagow arrivait à Vienne pour s'entretenir de tout cela avec le comte Berchtold».

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sation et que, cette résolution prise, Guillaume II, le 6 juillet, soit parti pour sa croisière annuelle sur les côtes de Norvège. S'il en fut ainsi, c'était se tromper, et lourdement, sur l'acte même de la mobilisation et ses conséquences inéluctables, car là les gouvernements proposent, mais les états-majors disposent. La mobilisation allemande était tournée toute contre la France et fondée sur une surprise préparée secrètement, de longue main : l'attaque par la rive gauche de la Meuse. La mise en œuvre d'un tel mouvement imposait à la mobilisation allemande un retard de plusieurs jours sur la française, force donc était qu'elle commençât bien avant, mais la commencer c'était la divulguer et l'annuler; l'ennemi prévenu, il eût fallu trouver autre chose, — sans compter les conséquences politiques qu'entraînerait la découverte de ces desseins contre la neutralité belge. Forcément, pour l'Etat-Major allemand qui voulait la guerre, la mobilisation devait être la guerre; il ne pouvait s'arrêter, et d'autant moins qu'il avait dans son jeu l'opinion formée par les pangermanistes. Sous cet angle les événements de* juillet 1914 s'expliquent.

Le débat diplomatique, reconnaissons-le, fut conduit par les empires centraux avec une science consommée des hommes et des choses. Le point de vue prédominant de la mobilisation allemande exigeait une période de tension prolongée, aussi bien pour la mobilisation elle-même que pour ses opérations connexes, extraordinairement compliquées du fait de

* « Le général de Moltke poussait à la guerre », Mémoire du prince Lichnozvsky.

multiples positions à l'étranger et d'une dispersion comparable à celle du peuple d'Israël : l'important était d'abord de gagner du temps.

Le ton des presses autiichienne et allemande avait sur le moment été très monté ; subitement une sourdine fut mise. Il était en effet impossible, devant un événement si brutal, de tenir longtemps les fers au feu : les diplomates à leurs postes, quelques précautions qu'on prît, ne pouvaient pas ne pas soupçonner ni comprendre; il fallait éloigner ces témoins gênants. C'était possible, car on était en juillet, le mois des vacances ; on tabla donc, à Berlin et à Vienne, sur le besoin de repos et de détente qu'éprouvent à cette époque les gens du monde même diplomatique et qui les pousse hors des villes et du siège habituel de leurs travaux vers la montagne, les eaux et les champs. Une telle affaire à un pareil moment, quel contretemps! Aussi y eut-il, chez tous, un immense soulagement quand, le 6 juillet, Guillaume II en personne donna le signal du départ : « Nous respirâmes à Berlin! », avoue le baron Beyens, et une vague d'optimisme couvrit l'Europe. Le 7, c'est l'empereur d'Autriche qui va prendre ses vacances à Ischl ; aussitôt l'ambassadeur d'Angleterre à Berlin se met en congé, ceux de Russie à Berlin et à Vienne l'imitent ; d'autres suivent le mouvement. Sur la foi de tels traités, le 17, le président de la République française et le président du Conseil s'embarquent pour rendre visite aux cours de Russie, de Suède, de Norvège, de Danemark, laissant tout le pouvoir aux mains de M. Bienvenu-Martin. Tout ce monde parti, le moment devenait parfait pour le déclenchement d'une offensive diplomatique.

Les représentants de France pourtant étaient demeurés à leur poste au dehors, et ne partageaient pas l'optimisme général; quelques-uns surent voir et osèrent dire. Des indices inquiétants apparaissaient, le plus significatif était l'allure des marchés financiers.

L'argent est le nerf de la guerre et l'Allemagne en avait beaucoup à l'étranger; il fallait le faire rentrer et de telles positions ne pouvaient pas se liquider secrètement; les Bourses en devaient nécessairement donner l'indication. A Paris, la Bourse se mit à la baisse dès le 3 juillet, en pleine émission de l'emprunt 3 pour 100; le marché devint chaque jour plus mauvais'; le 20, une vraie panique se produisit : les rats allemands déménageaient au plus vite\ Pour être moins accentuée, la même faiblesse s'observait un peu partout. Le 2l, M. Jules Cambon signalait la mauvaise tenue des cours à la Bourse de Berlin, due aux inquiétudes que provoquait la question serbe : « Lorsque TAutriche, déclarait-il, fera à Belgrade la démarche qu'on pressent, l'Allemagne l'appuiera sans chercher à jouer un rôle de médiation ^ » Même note alarmante d'Autriche et de Hongrie : « Tout est à la

^ En juin 1914 s'était déjà produite une campagne contre la Société Générale qui amena le retrait d'un grand nombre de dépôts et mit cet établissement en fàchauss posture.

^ Le premier averti fut vraisemblablement le métallurgiste Thyssen. Le 3o juin venait à échéance un gros paiement à la Société des Hauts Fourneaux de Caen : il refusa de faire honneur à sa signature et mit ainsi la Société dans l'impossibilité de faire face à ses engagements.

Le D'' Helferich, directeur de la Deutsche Bank, et M. Krupp von Bohlen furent également avisés des résolutions prises le 5 juillet à Potsdam; ils en firent la confidence, le 15 juillet, au D'' Mûhlon, directeur des usines Krupp, et celui-ci a livré le fait à la publicité dans un mémoire retentissant, qui fut publié par le Berliner Tageblatt dans le même temps que le mémoire du prince Lichnowsky-

^ Livre jaune, n" 1 5.

paix, — écrit, le 11, de Budapest ie consul M. d'Apchier le Mangin, — mais le gros public croit à la guerre; chaque jour des canons et des munitions sont dirigés en masse vers la frontière ; la Bourse est nerveuse, il y a une chute invraisemblable des cours : le gouvernement austro-hongrois prépare un coup et c'est pourquoi il a répandu un optimisme de commande '. » Le l5, M. Dumaine signalait les affirmations de la presse viennoise « que la France et la Russie sont hors d'état de dire leur mot dans les affaires européennes, ce qui assurerait à la monarchie dualiste, soutenue par l'Allemagne, d'appréciables facilités pour soumettre la Serbie au régime qu'il lui plairait de lui imposer' ».

' Livre jaune, n" l3.

' Livre jaune, n" 12. — De Vienne, un rapport consulaire donnait la même indication le 20 juillet : « Le gouvernement français aurait tort de s'en rapporter aux semeurs d'optimisme. On exigera beaucoup de la Serbie; elle refusera, alors on opérera militairement. Il y a ici, et pareillement à Berlin, un clan qui accepte l'idée du conflit à dimensions gêné" ralisées. L'idée directrice est qu'il faudrait marcher avant que la Russie et la France aient terminé ou mis au point leur organisation militaire. A Vienne, il n'y a pas accord dans les hautes sphères : du côté du comte Berchtold et des diplomates, on voudrait tout au plus une action localisée contre la Serbie, mais tout doit être envisagé comme possible. » Livre jaune, n° 14.

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