Livre orange
» Livre bleu, 71.
^ Livre jaune, 90.
* Livre bleu, 70.
^ Livre orange, 48.
^ Livre bleu, 71.
' Livre bleu, 72.
nion:« J'use de toute mon influence, ajoute-t-il, pour décider l'Autriche-Hongrie à en venir à une entente loyale et satisfaisante avec la Russie, je compte bien que tu me secourras dans mes efforts... Nous avons, comme tous les souverains, un intérêt commun à insister pour que ceux qui sont moralement responsables de ce terrible meurtre reçoivent le châtiment qu'ils méritent »*.
C'était assurément moins de l'opinion russe, — existait-il une opinion russe? — que Nicolas H avait à subir la pression que de son Etat-Major, de plus en plus conscient de la nécessité de la mobilisation, non pas partielle, mais générale, car il voyait l'Allemagne derrière l'Autriche. La déclaration de guerre de l'Autriche à la Serbie fit exploser les sentiments encore contenus, et le 29, à 10 heures, le tsar signait l'ukase de mobilisation^.
S'agissait-il d'une mobilisation partielle ou d'une mobilisation générale? Le point est encore assez confus; il semblerait que le tsar signa la mobilisation générale, mais qu'il prescrivit de ne procéder qu'à une mobilisation contre l'Autriche et ordonna au chef d'État-Major général d'informer M. de Pourtalès que cette mobilisation n'était pas tournée contre l'Allemagne. Sur le conseil de M. Sazonov, Janouschkevitch, au lieu de l'ambassadeur, vit l'attaché militaire allemand, c'est-à-dire le représentant du grand État-Major : « Je lui donnai ma parole d'honneur, a déclaré Janouschkevitch, que la mobi-
^ Livre blanc, 20.
"* René Puaux, Les Études de la guerre, cshxer 2, et les débats du procès Soukhomlînov, d'après les journaux allemands, et toutes réser\'es faites à nouveau sur la valeur de cette dernière source.
lisation n'était pas déclarée, le major ne me crut pas; je lui offris de le lui certifier par écrit, ce qu'il refusa poliment; je me sentais en droit de lui donner une telle déclaration par écrit, car une mobilisation en ce moment n'avait pas encore eu lieu ; l'ukase de mobilisation était encore dans ma poche ». Au sortir de l'entrevue, l'attaché militaire rend compte à Berlin qu'en présence des appels effectués il considère cet entretien « comme une tentative de nous induire en erreur »^ A i3 heures, après la signature de l'ukase de mobilisation, Nicolas télégraphie encore à Guillaume le pressant d'agir sur l'Autriche : « Je prévois que très prochainement je ne pourrai plus longtemps résister à la pression qui est exercée sur moi et que je serai forcé de prendre des mesures qui conduiront à la guerre^ ». Dans le même temps M. Sazonov voit M. de Pourtalès, qui l'informe de la part du chancelier de l'action modératrice exercée à Vienne. Rien dans les mesures militaires de la Russie ne vise l'Allemagne, déclare M. Sazonov, et notre désir est de venir à une conversation à quatre. — Plutôt des explications directes avec Vienne, conseille M. de Pourtalès. — D'accord, et un terrain de compromis sera facile à trouver, conclut M. Sazonov^
Le 29, dans la matinée, le Président de la République et le Président du Conseil sont enfin rentrés à Paris : leur premier soin est de déclarer à la Russie qu'elle peut compter sur l'alliance de la France*. C'était
^ Livre blanc, introduction.
* Livre blanc, 21.
' Livre bleu, 78. Livre orancfe, 49.
' Livre orange, 55. — « M. Viviani, télégraphie M. Isvolski, vient de m^ confirmer l'entière résolution du gouvernement français d'agir d'accord
assez naturel, car personne n'eût admis que la France ne tît pas honneur à sa signature. Après coup on se demande s'il n'eût pas été préférable de retarder un peu cette déclaration, mais il faut voir la situation du moment, sous la menace allemande et la frontière quasi-insultée : la patience n'est pas toujours facile quand on est pris à la gorge. Et d'ailleurs rien n'est plus terrible que l'absence dans de tels moments ; le voyageur « n'est plus à la page », et c'est peut-être une des preuves les plus accablantes des mauvais desseins de l'Allemagne et de l'Autriche que d'avoir fait éclater le conflit quand les chefs du gouvernement français étaient hors de France et d'avoir mis ainsi le gouvernement le plus pacifique d'Europe dans l'impossibilité d'exercer toute son influence.
Ainsi l'Autriche mobilise pour écarter la Russie de la Serbie; l'Allemagne mobilise contre la France pour qu'elle presse la Russie de ne pas bouger; la Russie à son tour, le 29, après ce double exemple, se dispose à mobiliser pour intimider l'Allemagne et l'amener à iinposer un arrêt à l'Autriche. Partout la même méprise formidable, la mobilisation suprême instrument de pression diplomatique, moyen désespéré de conserver la paix: conception de civils! Le grand Etat-Major allemand ne partage pas cette illusion : pour lui, la mobilisation c'est nécessairement la guerre, car, une fois commencée, c'est le secret du plan de concentration découvert, l'Etat-Major français averti de la surprise qu'on lui a préparée et qui prendra des mesures pour défendre le coin de sa frontière
avec nous : cette résolution est soutenue par les cercles les plus étendus et par les partis, y compris les radicaux-socialistes qui viennent de lui présenter une déclaration exprimant la confiance absolue et les dispositions patriotiques du groupe. »
par où il n'a pas vu qu'on l'attaquerait ; c'est la mise en train et l'accélération de la mobilisation russe, l'Allemagne hors d'état de combattre ses deux ennemis isolément et condamnée à la défensive sur ses deux frontières.
La mobilisation allemande contre la France — et contre la France seule — avait été poussée ces derniers jours, les opérations de concentration avaient même commencé sur quelques points. Le 27, les troupes prenaient leurs positions de couverture sur la frontière du Luxembourg ; le 28, la couverture est partout en place sur la frontière de Lorraine et d'Alsace et ses troupes ont été relevées dans leurs garnisons, car, la veille, les hommes des classes 1907 à 1911 ont reçu leur convocation. Ce jour même, 29, dans toute l'Allemagne, les « Ersatz-Reservist », qui devaient attendre l'ordre secret leur assignant le jour et le lieu de leur convocation, reçoivent le feuillet rouge leur fixant ce jour et ce lieu ^ De notables mouvements de concentration ont commencé : des régiments sont envoyés, pendant la nuit, de Cologne à Trêves; le consul de France à Francfort y signale l'arrivée de régiments en tenue de campagne par les routes de Darmstadt, Cassel et Mayence; les ponts de chemins de fer sont gardés; toute la production des moulins d'Illkirchen Lorraine est réquisitionnée pour l'armée; à Strasbourg, des canons automobiles sont installés pour le tir sur aéroplanes^.
C'est dans ces conditions que le 29, à 17 h. 3o, s'ouvrit à Potsdam le conseil où fut décidée la guerre et qui réunissait, sous la présidence de l'empereur, le
^ Mensonge du 3 août 1914.
'^ Livre jaune, 88-89.
chancelier de Bethmann, le secrétaire d'Etat Jagow, le ministre de la Guerre Falkenhayn, le ministre de la Marine Tirpitz, le chef d'Etat-Major général de Moltke, le chef d'État-Major de la Marine von Pohî, le quartier-maître général von Pîessen, le général von Lycker, l'amiral von Muller, ces deux derniers du cabinet de l'empereur : en somme, sur dix assistants, sept militaires.
Un grand mystère recouvre encore cette délibération. La seule précision qu'on ait est le mot fameux de M. de Jagow: « A Potsdam, les militaires l'ont emporté »; elle suffit et éclaire tout, car elle montre la tournure du débat et l'ascendant qu'y prirent les militaires.
La situation, durent-ils dire, est unique : la couverture est en place sur toute la frontière, les premières masses d'attaque sont déjà dans les camps de l'Eifel prêtes à déborder sur le Luxembourg et puis sur la Belgique; l'Etat-Major français n'a pas vent de la surprise qui lui est ménagée, il attend une attaque à l'est et ne se garde pas vers le nord. La base de notre manœuvre est la rapidité, dès maintenant les mesures que nous avons prises nous l'assurent, nous avons l'avance, mais nous ne la garderons pas si les choses traînent et qu'on laisse la mobilisation russe se faire. Le compte de la France doit être réglé en six semaines, faute de quoi la menace russe remettra tout en question : il faut brusquer le mouvement, nous avons notre maximum de chances, chaque jour de retard en est une en moins, donc sur-le-champ la guerre à la France. Autrement c'est le secret de notre concentration découvert, et déjà ailleurs qu'en France on se méfie : les Pays-Bas hier ont décrété la
mobilisations la Belgique vient aujourd'hui de mettre son armée sur le pied de paix renforcé^; si l'on tarde, l'Etat-Major français finira par comprendre.
Ainsi mis sur le bord de l'abîme, l'empereur et le chancelier eurent-ils le frisson et comme un instinct de conservation pacifique? Guillaume a dit maintes fois: « Je n'ai pas voulu cela! » mais comment croire à une parole allemande, même impériale?^ Une grosse préoccupation les assiégeait : que fera l'Angleterre? Le plan de guerre est basé sur la violation de la Belgique, comment à Londres prendra-t-on la chose? Puis brusquer le mouvement, comme on le demande, c'est prendre l'initiative de l'agression, or les alliances de l'Allemagne sont défensives, déjà l'Italie a lâché, l'Autriche est capable d'hésiter à la dernière heure ; l'Allemagne doit donner l'impression qu'elle est attaquée ; il faut le temps de préparer une telle situation et de trouver un prétexte.
Aux voix « les militaires l'emportèrent » ; la guerre dut être résolue et la mobilisation générale décidée en principe, le gouvernement laissé maître de l'heure et des moyens, mais le mandat dut être impératif.
^ Livre gris, n° 1 1 .
- Livre gris, u° 8.
•^ Surtout après la déclaration de Guillaume, du 16 juin 1918 : « Le peuple allemand ne vit pas clairement, quand la guerre éclata, quelle signification elle aurait. Moi je le savais très exactement. Aussi la première explosion d'enthousiasme ne put m'aveugler ni apporter de changement à mes projets et à mes calculs ».
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