‹ Le secret de la frontiere 1815-1871-1914, Charleroi;Chapitre 37 sur 44 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

J'ai achevé une œuvre douloureuse, mais que j'ai cru nécessaire. On nous avait caché ces débuts de la guerre; j'ai pu, pour mon compte, arracher le bandeau de mes yeux, j'ai vu; ayant vu ces choses, ma conscience m'a dit que je ne devais pas les taire : credidi propter quod locutus sum.

Faut-il m'excuser près du lecteur de lui avoir révélé ces cruelles vérités et d'avoir ravivé les affreux souvenirs de ces journées terribles d'août 1914, qui nous mirent si près de notre perte? Je ne le pense pas. Guérir, c'est souffrir d'abord : le propre de l'homme et sa noblesse, c'est de vouloir connaître la cause de sa souffrance et de ne point se résigner à une passivité animale.

Quelques-uns penseront peut-être : était-ce le moment de dire cette vérité et n'est-ce pas pour ébranler le moral et la confiance du pays? Que de fautes et de responsabilités n'a-t-on pas déjà dissimulées sous ce couvert complaisant! Releva-ton jamais le moral d'un pays par le mensonge? Point n'est besoin de griseries d'éther pour nous donner du courage.

On a, au cours de cette guerre , par trop traité ce peuple magnanime comme un malade, à qui il ne faut faire nulle peine, même légère : on sait où a failli nous mener ce régime. Le moral du pays est plus ferme que ne le croient ceux qui prenaient si peur de son fléchissement et le malade présumé aurait pu soigner ses médecins, La vérité est l'aliment des forts et nous sommes forts : un pays qui se refuserait à connaître la vérité parce qu'elle est terrible serait promis aux pires servitudes.

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