ÉPILOGUE
Nous devons la vérité au pays. Cette guerre est la plus noble et la plus grande page de l'histoire de la France; ce sera notre plus précieux trésor moral et pour les générations qui nous suivront la plus haute lettre de noblesse : son histoire doit être établie sur des bases indiscutables, et nous devons en chasser délibérément toutes déformations. Une contre-vérité se découvre toujours et tue la confiance. Il faut que ce portrait de la France, au plus grand moment de sa vie de nation, soit fidèle et sans complaisances.
Cette vérité, nous la devons aussi à notre sublime armée. Elle a accompli des exploits sans pareils et magnifié le nom français comme jamais il ne le fut ; ce serait une impiété que de travestir une telle histoire. Nos morts qui tombèrent dans ces tristes rencontres sans avoir connu le sourire de la victoire, — j'ai laissé l'un des miens sur ces champs de bataille tragiques! — ces purs héros se dresseraient contre nous et nous demanderaient compte d'une telle imposture.
Je crois avoir dit la vérité sur ce .sombre drame. Voilà le pire et d'où nous sommes revenus. J'ai, quant à moi, piii>é dans cette histoire une foi profonde dans les destinées de ma patrie. Un pays qui a pu triompher de telles épreuves est visiblement protégé; la bonté de notre cause en est attestée : Dieu fut avec nous!
Et puis comment comprendre toute la beauté de la résurrection de la Marne si l'on n'a pas d'abord gravi ce calvaire ? ' Charleroi est fini, et Charleroi, s'il fut la rédemption de multiples fautes, de lourdes erreurs, fut aussi le retour au bon sens, la réapparition du clair génie français. Avec la retraite la bataille de la Marne commence; c'est comme un changement à vue ; on dirait une nouvelle guerre.
Ces combats malheureux, dont j'ai voulu tirer la leçon, se menèrent tous dans le brouillard : brouillard à Sarrebourg, brouillard à Morhange, brouillard à Virton, brouillard sur la Semoy, brouillard sur la Sambre; brouillard physique, brouillard moral, un commandement aveuglé et invisible.
Ce brouillard s'était levéau delà de nos frontières, deces frontières que nous ne connaissions plus, de ces défenses séculaires dont nous avions fait fi; il semble qu'il fût là comme une indication du ciel sur l'aventure de ces offensives téméraires et comme le conseil de garder une attitude plus réservée, d'attendre, pour nous engager, de