LE SECRE/' DE LA MARQUISE
bitemént enlevée. Vous me crûtes, ma fille devint la vôtre, vous l’avez élevée comme telle, vous l’avez aimée, aujourd'hui elle est une femme accomplie. Me pardonnez-vous de vous avoir trompée, d’avoir désiré pour mon enfant une position meilleure que celle que je pouvais lui donner ? ”
Madame de Montreuil la regardait avec stupeur, sans trop savoir si elle nerêvait pas. Tout ce qu’elle venait d’entendre était si imprévu. Enfin elle prononça ces mots : “ Marie, ce que vous venez de me dire est-il bien vrai ?
—Madame, bientôt je paraîtrai devant Dieu; ce n’est pas le moment de tromper.
—Oh ! alors mon fils peut donc encore être heureux, il peut aimer Louise. Ainsi elle deviendra ma véritabfe fille. Elevant ses mains jointes vers le ciel : Oh !\ mon Dieu, dit-elle, je vous remercie, vous m’avez pardonnée !
Marie pleurait de joie ; elle allait mdurir, mais mourir contente ; sa fille épouserait le fils de celle qu’elle avait toujours tant aimée : c'était pour elle trop de bonheur, elle sentit qu’elle ne pourrait pas en jouir longtemps et pria Madame de Montreuil de rappeler Louise. La marquise obéit. Prenant la. jeune fille par la main - ‘€ Viens, mon enfant, dit-elles, viens dire adieu à celle qui t’a donné le jour, Marie est ta mère ! ”
‘* Ma mère, fit la jeune fille, ah ! voilà donc Pourquoi j’ai toujours eu pour elle tant d’amour. Elle cacha sa tête dans lesein de la mourante.
‘€ Ma fille chérie, dit Marie, Dieu a exaucé mes prières, je meurs contente, madame la marquise veut que tu deviennes son enfant” :
Elle ne put achever, les paroles expirèrent sur ses lèvres avec son dernier soupir. Un pâle rayon
de lune vint en ce moment éclairer la chambre demeurée jusqu'alors dans une demi-obscurité, le visage de la morte apparut calme et souriant aux deux femmes qui pleuraient à son chevet.
Etendu sur un lit de douleur, Hector gisait dans le délire; une inflammation cérébrale s’était déclarée chez le jeune homme et l'avait conduit aux portes du tombeau. La blessure qu’il avait reçue en tombant n’était pas grave, mais la perte du sang avait considérablement affaibli ses forces ; pendant plusieurs jours on perdit toute espérance de le sauver,
Qu'on juge du désespoir de la marquise, (C’était elle qui l’avait tué ! ce que tout le monde avait reconnu être un accident, elle se disait : Cela n’est pas, Hector a voulu se suicider, c’est moi qui ai armé sa main ; je suis la meurtrière de mon fils! (Chaque seconde était une éternité, la pauvre femme faisait encore plus pitié que le mourant.
Ce fut en ces jours d’affliction que chacun put apprécier les riches qualités de Louise, elle était l'ange consolateur de Madame de Montreuil, la garde malade du marquis, ne laissant jamais échapper une plainte ni une parole de ses lèvres qui put révéler tout ce qu’elle souffrait ; elle voyait disputer à la mort celui qui était plus que sa vie ; combien de courage il lui fallait pour paraître calme lorsque son âme agonisait. Si parfois Hector semblait recouvrer sa lucidité pendant quelques instants, il regardait la jeune fille avec tendresse, puis soudain son regard changeait d’expression, ses yeux redevenaient hagards, il la repoussait avec violence et le dé-
lire le reprenait plus fort. ‘“ Non, disait-il, je ne veux plus la voir, enlevez-la de devant moi, sa vue me fait mourir.”’
On conçoit ce qui se passait alors chez la pauvre Louise,
Madame de Montreuil seule comprenant ce que son fils voulait dire, s'était souvent penché sur le jeune homme pour iui murmurer à l’oreille qu'il se trompait, que Louise n’était pas sa sœur ; mais il repoussait sa mère, Souvent il fallait l’aide des domestiques pour parvenir à le calmer, à le faire demeurer dans son lit. |
Le médecin déclara que le jeune homme avait sans doute éprouvé un violent chagrin dont le souvenir le hantait et que si dans les rares moment de lucidité qu’il avait on ne parvenait pas à le faire pleurer, il serait impossible pour lui de répondre de la guérison. Peut-être, dit-il, recouvrera-t-il la santé, mais son esprit sera perdu pour toujours.
C'était une guérison pire que la mort.
Le temps s’écoulait ainsi dans cette horrible anxiété sans apporter aucun changament. Un jour que Louise était assise au chevet du malade, qu’ellé avait veillé une semaine entière, sans avoir fermé l’œil, elle sentit ses forces l’abandonner ; brisée par le chagrin et le besoin de sommeil, elle crut qu’elle allait mourir. ‘“ Mon Dieu, dit-elle, en prenant un petit crucifix dans ges mains, que votre volonté soit faite, retirez-moi de ce monde si vous le voulez, mais rendez-lui la santé. Puis ses paupières se fermèrent, épuisée elle tomba dans un sommeil de plomb.
Un grand changement s'était opéré chez la jeune fille depuis un mois : les événements cruels
qui s'étaient succédé
amaigri, altéré ses trai
naguère rendant ses ;
complètement disparu,
pâleur märmoréenne ;
figure un air de souffra
sait peine à voir. En l’
quets de fleurs bureau, les rayons du ns la chambre, à tra-
vague souvenir de ce
a maladie, le dévoue-
» Sa patience, sa tendresse à le
soigner ; il se sentait ému d’être l’objet d’un attachement aussi grand, aussi tendre, cette femme aux sentiments si délicats, à l’âme si poétique lui avait prouvé combien il lui était cher. Ah ! qu’il était heureux. Le souvenir de la terrible confidence de sa mère l'avait quitté : il jouissait à cette heure d’une joie parfaite. Soudain, il chercha du regard celle qui lui faisait éprouver tant de bonheur ; il l’aperçut près de lui, livide, les traits altérés, pâle, étendue dans ce grand fauteuil, Un cri s’échappa de sa poitrine, Se soulevant, il saisit les mains de la jeune fille, les :Porta à ses lèvres en l'appelant des noms les plus