‹ Le secret de la sagesse françaiseChapitre 9 sur 13 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

La femme française renferme donc son i dans le cercle de la famille ou dans les intérêts et les affaires qui conc . ecte-

ît le bien-être de celle-ci. Nous dit comment, dans cette le»

entreprises commerciales, i de

es dimensions, elle dirigeante. Ses capacité: listratives sont

déployées même fréquemment dans le ca

'aires, pour ne parler que des maisons de couture, ce] îans le monde

entier, sous la direction exclusive des femmes; et c'est encore une femme, Trime Boucicaut, qui a créé de toutes pièces le système aujourd'hui dominant des grands magasins.

Cette famille française est, comme on sait, quelque chose de particulièrement exclusif et fermé à l'étranger. Elle est tellement caracté-

ristique pour la vie française que j'ose dire que l'étranger qui n'y a pas d'attache reste plus ou moins incompréhensif quant à la vraie mentalité française. J'ai constaté cela chez des étrangers qui, pendant de longues années n'ayant connu que la vie extérieure de Paris, en sont arrivés à une complète méconnaissance des mœurs et des conceptions françaises.. Tout le parfum de la vie française leur échappe. Toute une atmosphère de tendresse confiante entre les proches et les vieux amis, de délicatesse de sentiments dont la vie du dehors, plaisirs ou struggle for liue, ne peut donner une idée, de gaieté enjouée enfin, qui maintient intacte la force de vivre.

Je crois qu'on peut avancer, que le français tend beaucoup moins qu'aucun autre peuple à s'échapper par des distractions extérieures à la monotonie de l'existence familiale; la vie de restaurant joue pour lui un rôle bien moindre, il se plaît plus à se créer des distractions dans le cadre d'un groupe de familles amies.

En même temps il tient son foyer fermé presque à l'égal d'un sanctuaire ouvert aux seuls initiés. Dans la plupart des autres pays d'Europe, il est relativement beaucoup plus facile d'être admis comme pensionnaire dans

une famille honorable qui en reçoit sans y être positivement contrainte par des nécessités économiques, et sans être de ce fait socialement déchue. Pour le français, au contraire, introduire dans une pareille intimité un étranger chez lui est chose à laquelle il ne se résoud qu'à la dernière extrémité.

C'est que sa vie familiale est beaucoup plus intime, beaucoup plus vivante aussi, plus communicative; il veut parler à table de ses affaires, ses projets, ses convictions politiques, enfin, il lui paraît odieux de sacrifier toute cette intimité confiante en y admettant un inconnu. Les français sont extrêmement loquaces, l'esprit toujours en éveil, ils aiment avoir chez eux les coudées franches, pouvoir s'exprimer en toute liberté; la présence d'un intrus rompt l'harmonie de leur vie, tandis que les peuples plus rares en paroles, d'âme plus renfermée, plus somnolente aussi, acceptent celui-ci sans qu'il leur en coûte.

Il s'y ajoute chez le français un autre sentiment plus impérieux encore : un respect jaloux des femmes de sa maison, dont il ne veut laisser approcher que ceux de sa race, de sa classe et de son éducation auxquels il sait des conceptions pareilles en tout aux siennes.

Qu'on ajoute à cela le déplaisir presque physique qu'il éprouve en entendant massacrer sa langue, cette langue toute en nuances subtiles qu'il manie lui-même avec une telle maestria en jouissant de ces sous-entendus et jeux de mots, incompréhensibles pour celui qui n'a pas vécu de longues années en France.

A l'occasion de la guerre, on a tenté de :: un mouvement pour ouvrir plus largement les '.les françaises aux étrangers, mais le d obstacle est le soin que prennent les français de ne laisser approcher de leurs filles que des hommes qu'ils considèrent comme des maris acceptables, et les familles françaises tement hostiles à l'idée de voir leurs^ tnts s'expatrier. Le langage gauche de l'imse majorité des étrangers, et l'ennui ndre, reste un I n'il sera

bir lie de surmonter.

pourtant regrettable que ce cercle de la famille française reste ainsi fermé, car la France gagnerait à être mieux connue dans son être intime, et les pèlerins du dehors en. .nieraient un enseignement de dévouement familial, de douceur, de confiance et de dignité dans les rapports entre proches, qui peut-être

est chez eux d'un mode plus distant et facilement dissous.

Le français apporte une affection plus passionnée que tout autre peuple dans les rapports des parents aux enfants; il sacrifie aux soins de leur avenir bien plus de son bien-être. Il répugne à s'en séparer, veut les établir autant que possible près de lui, tandis que d'autres nations les sèment à tous les vents et les envoient faire fortune ailleurs, sans autrement s'en son::cT. Cette attache du sang si forte ; les français n'est évidemment pas sans inconvénient; les autres nations ont, par leur insouciance, une plus grande force d'expansion, mais, d'autre part, cette forte assise de la famille est un élément stabilisateur de premier ordre. En revanche, ce souci extrême pour iiir de sa progéniture a créé chez les français le système des deux enfants, qui nuit si terriblement à la natalité et constitue la seule ombre au tableau.

La coutume de doter les filles est un résultat oc :et esprit de tendre prévoyance et de sacrifice qui distingue les parents français. Elle est plutôt blâmée au dehors, comme créant le mariage de raison. En fait, elle retourne seulement la situation qui existe à l'étranger, où les filles

non dotées sont généralement contraintes d'accepter l'homme qui veut bien leur offrir une situation, ou même de se livrer d'une façon désespérée à la chasse aux maris. Au contraire» la française avec dot peut choisir mieux, l'homme auquel elle apporte souvent une aide appréciable pour son établissement. Un avantage aussi est que les deux contractants peuvent se marier plus jeunes. Et le mari, en fait, rendra un jour à sa fille ce qu'il a reçu de sa femme. Celle-ci, de plus, garde dans la maison une situation plus indépendante et plus considérée, car elle y est entrée comme une associée et non comme une subalterne.

Si à l'étranger on peut plaider que l'homme choisit selon son cœur, il est classique que la jeune fille sans dot choisit parmi les candidats selon son intérêt. La jeune fille française, étant dotée, a plus de chances de pouvoir choisir selon son cœur. Aux psychologues de décider si le mariage d'inclination fonde des unions plus solides que le mariage de raison. En bien des cas, l'amour peut être un feu de paille qui laisse derrière la cendre des illusions. Tout cela n'est qu'affaire de tempérament personnel, et l'on ne peut établir d? règles. Mais rien ne permet d'alléguer que les mariages en

rrance soient plus fragiles et moins heureux qu'au dehors ; les statistiques d'avant-guerre montraient qu'on y divorce beaucoup moins que dans la plupart des autres pays. Du reste, on pourrait à ce sujet proposer un plébiscite entre les femmes de tous les pays : combien d'entre elles préféreraient être dotées ou bien courir la chance de la chasse aux maris?

L'éducation familiale des enfants est très douce en France, les punitions corporelles sont absolument interdites dans les écoles; on n'y connaît plus la discipline de l'ancienne mode ou à la prussienne avec obéissance aveugle et respect exagéré pour les supérieurs.

On s'y attache à laisser se développer librement l'esprit des enfants en leur permettant des conversations sans contrainte avec leurs aînés. Ils sont formés de très bonne heure à la vie sociale, en apprenant à faire les honneurs de la maison aussi bien que les grandes personnes; on s'efforce de leur faire acquérir de l'aisance et de leur enlever toute timidité en les habituant à réciter devant les invités,.

dès l'âge le plus tendre, des fables de La Fontaine ou des petits vers.

Jean-Jacques Rousseau, au début d'Emile, s'élève avec indignation contre cet usage de faire réciter aux enfants les fables du bon La Fontaine et montre par une sévère analyse des deux plus courantes, Le Corbeau et le Renard et La Cigale et la Fourmi, combien ces

es sont profondément immorales : la première, d'après lui, apprenant le bénéfice qu'il y a à flatter, la seconde enseignant à joindre la raillerie au refus devant l'imprévoyante pauvreté.

Or, encore aujourd'hui, cent cinquante ans plus tard, les petits français récitent exactement ces deux mêmes' fables qui sont la première chose qu'ils apprennent en même temps que « Notre Père qui êtes au ciel » et « Je vous salue, Marie ». Ceci en dit long sur la

lité des français à leurs traditions. Remarquons, du reste, que la première fable n'est nullement un encouragement à la flatterie, mais un conseil de se défier des flatteurs, puisque le corbeau lâche son fromage en se laissant charmer par le renard. Et la seconde est un enseignement de prévoyance et d'économie tout à fait cher aux âmes françaises.

On pourrait soutenir que ces fables, empreintes de si bonne heure dans de si jeunes cerveaux, y déposent le germe de quelques vérités d'expérience essentielles, qui contribuent considérablement à entretenir ces qualités de sagesse et de mesure qui marquent si profondément l'âme française.

ec l'éducation française on pourrait craindre que les enfants ne deviennent gâtés et prétentieux par la grande affection qui les entoure. Mais cette affection se double d'une certaine sévérité sur les peints considérés comme nécessaires. D'une part, les parents, toujours fort ambitieux pour leurs enfants, les forcent au travail presque à l'excès. D'autre part, ils les habituent à une économie serrée, et j'ai constaté que les jeunes bourgeois, de familles aisées, étudiants dans les Facultés, ont des besoins Lien plus modestes que les étudiants de mon pays.

La vie de collège en France est très dure par le surcroît de travail et nécessite une dose de douceur dans la famille pour ne pas rendre les petits tout à fait malheureux. L'ancien internat n'est plus autant la règle que pour la

génération précédente; cependant une grande partie des garçons y passent et, bien qu'adouci, le régime en est encore dur : assez mauvaise nourriture et jusqu'à dix ou onze heures d'études par jour.

On peut donc dire que, malgré la douceur familiale, l'éducation de la jeunesse masculine est fort sévère, de nature à former les enfants à une grande capacité de travail et à leur faire envisager la vie sous son aspect sérieux. Leur instruction est excellente, confiée à des professeurs de haute valeur et fortement imbus de l'esprit classique ; les livres d'enseignement sont des chefs-d'œuvre dans leur genre, comme style, comme méthode et comme précision, et le jeune français, en quittant le lycée avec son, « bachot », possède un bagage de connaissances générales et déjà une maturité d'esprit bien supérieure à celle des jeunes étrangers de son âge, excepté probablement en Allemagne.

Nous avons vu la somme de sacrifices et d'endurance dont ces jeunes français sont capables. Déjà le service de trois ans, qui prenait à la jeunesse une portion si démesurément longue de ses plus belles années, était supporté sans un murmure et. comme chose due, en dépit

des duretés de la vie de caserne, avec son régime égalitaire doublement pénible à des garçons bien élevés (adouci pour les jeunes allemands de même condition). Il eût provoqué des mouvements antimilitaristes violents dans la plupart des autres pays, pour ne pas parler de ceux qui ne veulent supporter aucune servitude militaire si courte qu'elle soit. Quant à l'attitude de cette jeunesse pendant la guerre, elle se passe de commentaires. Notons seulement que son mérite fut le plus grand, car de toutes les armées l'armée française était de beaucoup la moins bien abritée, la moins ménagée et la moins bien nourrie.

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