‹ Le secret de M. LadureauChapitre 2 sur 20 · LIS ANGOISSES CHANGENT DE NATURE SANS SE DISSIPER · texte numérisé non relu

LIS ANGOISSES CHANGENT DE NATURE SANS SE DISSIPER

En ce moment on entendit frapper à la grande porte de la rue.

— Six heures, dit le notaire. Voilà les peintres. Tout va s'expliquer.

Mais à l'intérieur personne ne répondit au bruit du marteau de la porte,

— Es-tu bien sûr des mœurs de Thérèse? demanda M. Ladureau à sa femme.

— Tu badines... Une fille de cinquante ans!... Quelle opinion as-tu de notre sexe?

Trois fois au dehors le marteau de fer fit un appel à l'ouverture de la porte, et trois fois resta sans réponse.

■ — Nous ne pouvons cependant demeurer ainsi enfermés toute la journée, disait M, Ladureau ; et mes clients ! . . *

Il alla jeter un coup d'œil sur le jardin situé au-dessous des fenêtres de la chambre à coucher et revint l'oreille basse, jugeant qu'il ne pouvait pas se permettre une descente d'une telle hauteur.

Cependant, au dehors, on entendait un bruit de voix confus. Quelque chose de particulier se passait dont ne pouvaient se rendre compte le mari et la femme.

Des allées et venues se succédaient dans l'antichambre, des exclamations, un bruit de pas dans l'escalier et enfin l'ouverture de la chambre à coucher.

— La porte de l'étude est enfoncée!

s'écria un ouvrier peintre qui vint délivrer les prisonniers.

— Grand Dieu! fit M. Ladureau.

— Mon échelle trouvée dans la rue, ajouta l'ouvrier... La servante bâillonnée dans la cuisine!...

Avec la rapidité d'une trombe, M. Ladureau descendit l'escalier, sans s'inquiéter comment on s'étail introduit dans la maison. Tout d'abord il se précipita dans l'étude, et son premier coup d'œil fut pour la tapisserie qui masquait la caisse. Le papier de tenture couleur chocolat qui la recouvrait était intact*

Les voleurs n'avaient pas découvert dans quelle partie de l'appartement était caché le coffre-fort. M; Ladureau n'en ouvrit pas moins la serrure, dont les combinaisons étaient en bon état.

Dans le portefeuille, les billets de banque

se pressaient les uns contre les autres comme d'habitude. Le notaire les compta : pas un ne manquait à l'appel ; dans les casiers vivaient en bonne intelligence les rouleaux de louis.

M. Ladureau poussa un fort soupir de satisfaction. Mais, en se retournant, il tressauta.

Il était évident que le bureau avait subi des assauts violents de la part des. voleurs. Deux tiroirs portaient des blessures béantes, qui déshonoraient le meuble.

Certainement, à l'endroit de la serrure, des pesées avaient été pratiquées avec un instrument qui avait écaillé le placage d'acajou du secrétaire.

En ouvrant ce tiroir, sans avoir besoin de clef, le notaire poussa une exclamation :

— Les misérables ont volé mon portefeuille !

— Qu'est-ce qu'ils ont pris? demanda madame Ladureau , qui entrait dans la pièce.

— Mon portefeuille.

— - Ton portefeuille ! Que contenait-il ? Le notaire ne répondit pas tout d'abord.

— Parle donc, reprit madame Ladureau.

— Il n'y avait rien dans le portefeuille.

— Dieu soit loué ! s'écria la femme du notaire... En tous cas, ce n'est pas la bonne volonté qui a manqué à ces brigands. . . Tu vas les dénoncer immédiatement.

— A quoi bon? dit M. Ladureau.

En ce moment entraient dans la cour les ouvriers, les voisins et voisines, curieux de contempler le théâtre des événements.

— Vite, qu'on aille prévenir le commissaire, les gendarmes ! s'écria madame Ladureau»

— C'est inutile, lui dit à voix basse le notaire.

— Comment, tu ne veux pas qu'on poursuive ces brigands ? demanda la bourgeoise étonnée.

— Tais-toi, tais-toi ! lui souffla son mari dont la voix était devenue atone.

Madame Ladureau regarda le notaire jusqu'au fond de la conscience. Son abattement était considérable.

— Qu'as-tu? lui demanda-t-elle.

— Ah ! ce portefeuille ! Plaise au ciel qu'il ne soit pas retrouvé! murmura M. Ladureau.

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