‹ Le secret de M. LadureauChapitre 7 sur 20 · L'ESPRIT DE MADAME LADUREAU TRAVAILLE · texte numérisé non relu

L'ESPRIT DE MADAME LADUREAU TRAVAILLE

Les événements de la nuit du 1er mai, joints à la contrainte qui régna désormais entre les époux, ne ramenèrent pas la placidité habituelle de l'intérieur .

La femme du notaire , depuis le drame, était prise de soupçons bizarres ; elle rêvait portefeuille comme un ambitieux qui aspire à devenir ministre.

Que pouvait contenir le portefeuille enfoui dans le double fond du bureau ? Quel-

que correspondance mystérieuse, le déroulement d'une intrigue, des lettres d'amour, un portrait peut-être !

Être trompée par un Ladureau semblait cruel à la bourgeoise. Elle se jugeait mieux conservée que son mari ; tout le monde le lui répétait, sans compter son miroir. Cela n'était pas juste. Non, M. Ladureau n'était plus assez jeune pour se permettre de galantes incartades, et son canif était trop ébréché pour donner des coups dans le contrat.

Cependant, à s'en rapporter aux propos de la ville, on comptait un certain nombre de bourgeois d'apparence respectable et qui, malgré leur âge , se laissaient entraîner dans des aventures, non pas relevées ni piquantes, mais qui prouvaient que le pot-aufeu matrimonial ne suffit pas à toutes les natures.

Deux ou trois bourgeoises émancipées,

des couturières jeunes et agaçantes, des servantes qui ne restaient jamais plus de sept mois en place, formaient une liste connue dont madame Ladureau étudia tous les noms, sans pouvoir en piquer un avec l'épingle empoisonnée d'une rivale en état de légitime défense.

Le notaire allait trop irrégulièrement au cercle, dont il était membre, pour qu'un échafaudage quelconque pût être basé sur ses absences.

— Je suis perdu ! s'était écrié, le soir de la découverte du vol, M. Ladureau d'un ton qui, s'il avait été entendu du juge d'instruc- 1 tion, eût suffi pour le faire mettre en état d'arrestation.

Fallait-il le considérer comme "d'accord avec les voleurs ou fabricateur de faux billets de banque ?

L'assoupissement particulier aux provin-

ciaux leur donne des facultés pareilles à celles des chats, qui ne ferment jamais complètement les yeux. Avant de procéder à l'interrogatoire de celui qu'elle accusait de la tromper, madame Ladureau songea longuement. Elle aussi avait son instruction à faire.

Plus d'une fois elle épia le sommeil de son mari, qu'elle tenait pour un profond coupable.

A diverses reprises elle palpa les poches des vêtements jetés sur les chaises à côté du lit conjugal ; avec une anxiété fébrile, elle feuilleta les papiers que M. Ladureau portait dans sa redingote.

Il lui arriva au petit jour de se glisser dans l'étude à l'aide de clefs qu'elle avait prises à son mari endormi, et de jeter un regard inquisiteur sur le bureau de celui dont elle ne pouvait parvenir à pénétrer

le mystère. Alors, perplexe, elle restait en contemplation devant ce meuble qui, s'il n'eût pas été d'un bois si dur, lui eût certainement livré le secret du notaire. Qu'avait-il renfermé dans ses flancs ? Qu'avait contenu la cachette jadis? Car maintenant M. Ladureau ne devait plus rien confier à un meuble qui s'était laissé violer si facilement.

La bourgeoise forçait mentalement les serrures, cherchait des tiroirs qui n'existaient pas et plongeait du regard dans un double fond mystérieux. Elle revenait de l'étude avec l'idée que si M. Ladureau avait encore de nouveaux secrets, il les cachait prudemment dans des endroits moins visibles.

Plus d'une fois la femme du notaire fatigua de questions les clercs. Ceux-ci s'arrêtaient à l'entrée des paysans dans l'étude

et n'en savaient pas plus. Madame Ladureau attendit qu'avec le temps une lueur vînt l'éclairer ; mais elle attendit prudemment, comme ces agents de police à qui aucun indice n'apparaît et qui continuent à vaquer à d'autres occupations, ayant dans la mémoire un feuillet plié à l'endroit où a été constaté le crime.

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