MADAME SANTE.\AY
Mais pourquoi ce départ ? (Presque tendrement.) Qu'estce que vous avez, Trévoux?
TRÉVOUX
Kien.
Vous savez que je ne vous en veux pas de m'avoir dit cela toui à l'heure.
TRÉVOUX
Vous êtes gentille.
MADAME SANTENAY.
Au fond, je vous aime beaucoup sans en avoir 1 îir.
TRÉVOUX
Mais sans en avoir Tair aussi nous nous entendons tr-3 bien.
MADAME SANTENAY.
Vous ne pouvez vraiment pas me confier ce qui qui vous arrive?
132 LE SECKKT Dft IM) L I CUI > E L LE
TRÉVOUX
Oh! non.
MADAME SANÏENAY.
Pourquoi ?
TRÉYOUX.
Parce qu'il y a certaines choses que les femmes ne comprennent pas.
MADAME SANTENAY.
Trcwtez-moi en bon camarade.
j'nKvoux.
En homme, alo^^ ?
Oui, en homme.
TRÉVOUX
Ehf bien, voilà... Fi^jurez-vous que je suis très^ amoureux !
MADAME SANTENAY.
Vousl
TRÉVOUX
En personne.
MADAME SANTENAY.
D'une jeune fille ?
TRÉVOUX
Non.
MADAME SANTENAY.
D'une femme mariée?
TRÉVOUX
Non.
MADAME SANTENAY.
D'une veuve?
AC TK THOISIÈME 133
TRÉVOUX
Vous voyez, vous voulez que je vous Imite en iionnne... et vous me questionnez déjà comme une l..'iume.
C'est que je n'ai pas l'habitude. Je vous écoute.
TRÉVOUX
Donc, je vous le répète, je suis très amoureux.
MADAME SANTENAY.
Elle est jolie?
TRÉVOUX
Elle est la plus jolie.
MADAME SANTENAY.
Vous aime-t-elle?
TRÉVOUX
Je n'en sais rien.
MADAME SANTENAY.
Demandez-le lui. Qu'est-ce que vous risquez?
TRÉVOUX
Qu'elle me réponde : non. N'importe, je vais tout vous (lire et [leut-ètre ainsi pourrez-vous me donner un bon conseil; voulez-vous?
MADAME SANTENAY, lêgèremont émue.
Je veux bien.
TRÉVOUX
Aujourd'hui, pour la première fois, depuis longtemps, je me suis trouvé seul avec elle et pour la luemière fois aussi, j'ai failli lui dire que je l'aimais.
MADAME SANTENAY, sans le regarder.
11 fallait.
13i LE SECRET DE POLICHINELLE
TRÉVOUX
Oui.., mais voilà... au dernier moment, j'ai man \\\ié décourage.
MADAME SANTENAY.
Je ne vous savais pas si timide.
TRÉVOUX
. J'ai bien d'autres qualités que vous ignorez. Et, cependant, jamais, non jamais, elle ne m'avait paru si charmante, si délicieusement femme! Petit à petit, comment cela s'est-il fait?.. Je l'ignore... mes doigts rencontrèrent les siens... comme les nôtres se rencontrent en ce moment.
Il lui prend la
MADAME SANTENAY.
Mais, Trévoux...
TRÉVOUX, en la gardant.
Je VOUS traite en. bon camarade, ne l'oubliez pas.
MADAME SANTENAY.
C'est vr?!.
TRÉVOUX
A partir de cet instant, je n'eus qu'une peur : qu'elle s'aperçût que sa main était dans la mienne...
TRÉVOUX
... Et subitement, je ne trouvai plus un mot! Et cependant c'était le moment ou jamais de lui avouer tout ba<, mais si bas... qu'elle aurait pu me dire après qu'elle n'avait pas entendu : je vou3 aime.
aCTK I Uol.^lt.VlK iôo.
MADAMK SANTENAY.
Trévoux!..
TRÉVOUX
Je vous aime...
Il l'embrasse.
MADAME SANTENAY, se levant vivement et très émue.
Trévoux ! Oh ! que c'est mal ce que vov.s failcs là!
TRÉVOUX
Elle fl*aurait pu me répondre cela... . puisque je l'ai quittée sans avoir rien osé dire.
MADAME SANTENAY.
Vraiment;
TRÉVOUX
Ai-je eu tort? Ai-je eu raison? C'est ici aue j'ai besoin d'un conseil... et d'ailleurs ne m'avez-vous pas promis de m'en donner un?
MADAME SANTENAY, de même.
Certes... mais vous le voyez... je suis un peu troublée.
Ah!
MADAME SANTENAY, de même.
Et plus que je ne saurais le dire. Pourquoi ? ce serait peut-être trop long à vous expliquer. Et cependant, il me semble que vous auriez dû lui parler comme vous venez de me 'iwrler tout à l'heure!.. Je suis sûre, moi, qui suis tout de même obligée de redevenir femme pour vous donner mon avis, qu'elle vous eût dit, après vous avoir écouté : Ne partez pas. Car, croyez-moi, mon ami, lorsque nous nous laissons prendre la main... comme vous avez pris la sienne... et que nous ne nous révoltons pas, c'est déjà un premier aveu.
TRÉVOUX
Alors ?
MADAME SANTENAY, souriante.
Alors, mon conseil, le voici : Restez... Faites-lui un peu la cour... Oh ! mais très vite... pour rattraper Je temps perdu.
TRÉVOUX, se rapprochant vivement.
Gabri...
Jouvenel entre.