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Le docteur apprit alors à M. Stepark... (Page 102.)
Nous comprîmes, à cette entrée en matière, que le plus simple serait d'attendre les questions cle M. Stepark.
— Je vous demanderai tout d'abord, monsieur le docteur, si vous avez encouru la haine de quelqu'un, si vous rpensez que "par suite de cette ..haine, une vengeance ait pu être ^exercée contre votre famille, et précisément à propos du. mariage de M lie Myra Roderich et de M. Marc Vidal?
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— Je le crois, répondit le docteur.
— Quelle serait cette personne?
— Un nomme Wilhclm Storïtz.
Ce fut le capitaine Haralan qui prononça ce nom. Le chef de police ne sembla nullement surpins.
Le docteur apprit alors à M. Stepark que Wilhelm Storitz avait recherché la main de Myra Roclerich, qu'il avait renouvelé sa demande, et. qu'après un nouveau refus il avait menacé d'empêcher le mariage par des moyens qui déliaient toute puissance humaine.
— Oui, oui, dit M. Stepark, et il a commencé en lacérant l'affiche de mariage sans qu'on ait pu l'apercevoir.
Nous fûmes tous de cet avis.
Toutefois, notre unanimité ne rendait pas le phénomène plus explicable, à moins de. l'attribuer à quelque sorcellerie. Mais c'est dans le domaine de la réalité que se meut la police. C'est au collet de gens en chair et en os qu'elle met sa main brutale. Elle n'a point l'habitude d'arrêter des spectres ou des fantômes. L'arracheur de l'affiche, le destructeur du bouquet, le voleur de la couronne, était un être humain parfaitement saisissable. Il ne restait qu'à le saisir.
M. Stepark reconnut ce qu'il y avait de bien fondé dans nos soupçons et dans les présomptions qui s'élevaient contre Wilhelm Storitz.
— Cet individu, dit-il, m'a toujours paru suspect, bien que je n'aie jamais reçu de plaintes à son sujet. Son existence est cachée. On ne sait trop comment il vit ni de quoi il vit. Pourquoi a-t-il quitté Spremberg, sa ville natale ? Pourquoi, lui, un Prussien de la Prusse méridionale, est-il venu s'établir en ce pays magyar peu sympathique à ses compatriotes? Pourquoi s'est-il. renfermé avec un vieux serviteur dans cette maison du boulevard Tékéli, où personne ne pénètre jamais? Je le répète, tout cela est suspect... très suspect...
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— Que comptez-vous faire, monsieur Stepark? demanda le capitaine Haralan.
— Ce qui est tout indiqué, répondit le chef de police, opérer une descente dans cette maison où nous trouverons peut-être quelque document... quelque indice...
— Mais, pour cette descente, demanda le docteur Roderich, ne vous faut-il pas une autorisation du Gouverneur?
— Il s'agit d'un étranger, et d'un étranger qui a menacé votre famille. Son Excellence accordera cette autorisation, n'en cloutez pas.
— Le Gouverneur était hier à la soirée des fiançailles, fîs-je observer.
— Je le sais, monsieur Vidal, et il m'a déjà fait appeler au sujet des faits dont il a été témoin.
— Se les expliquait-il? demanda le docteur.
— Non! il ne leur trouvait aucune explication raisonnable.
— Mais, dis-je, lorsqu'il saura que Wilhelm Storitz est mêlé, à cette affaire...
— Il n'en sera que plus désireux de l'éclaircir, répondit M. Stepark. Veuillez m' attendre, Messieurs. Je vais directement au Palais, et, avant une demi-heure, j'aurai rapporté l'autorisation de perquisitionner clans la maison du boulevard Tékéli,
— Où nous vous accompagnerons, dit le capitaine Haralan.
— Si cela vous plaît, capitaine, et vous aussi, monsieur Vidal, accorda le chef de police.
— Moi, dit le docteur Roderich, je vous laisserai aller avec M. Stepark et ses agents. J'ai hâte de retourner à l'hôtel, où. vous reviendrez, après la perquisition terminée.
. — Et après arrestation faite, s'il y a lieu, déclara M. Stepark, qui me parut décidé à mener rondement cette affaire.
Il partit pour le Palais, et le docteur sortit en même temps que lui, se rendant à l'hôtel, où nous, irions le retrouver.
Le capitaine Haralan et moi nous restâmes clans le cabinet
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du chef de police. Peu de propos furent échangés. Nous allions donc franchir la porte de cette maison... Son propriétaire s'y trouvait-il en ce moment?.. Je me demandais si le capitaine Ha- /.
ralan pourrait se contenir lorsqu'il serait en sa présence. . |
ï M. Stepark reparut après une demi-heure d'absence. Il rap- |
portait F autorisation de perquisitionner, et avait mandat de |
prendre toutes mesures qui lui sembleraient nécessaires. |
^ Maintenant, Messieurs, nous dit-il, veuillez sortir avant p
moi. J'irai d'un côté, mes agents de l'autre,, et, clans vingt mi- §
nutes, nous serons à la maison Storitz. Est-ce convenu?
— C'est convenu, «répondit le capitaine H ar&lan.
Et tous deux, quittant la Maison de Ville, nous descendîmes vers le quai Batthyani.
La -direction prise par M. Stepark le faisait passer par le nord de la ville, tandis que ses agents, deux à deux, traversaient les quartiers du centre. Le capitaine Plaralan et moi, après avoir atteint l'extrémité cle la rue Etienne I er , nous suivîmes le quai le long du Danube.
Le temps était couvert. Les nuages grisâtres et boursouflés chassaient rapidement de l'Est. Sous la fraîche brise, les embarcations donnaient une forte bande en sillonnant les eaux jaunâtres du fleuve. Des couples de cigognes et de grues, faisant tête au vent, jetaient des cris aigus. Il ne pleuvait pas, mais les hautes vapeurs menaçaient de se résoudre en averses torrentielles.
Excepté dans le quartier commerçant, rempli à cette heure de la foule des citadins et des paysans, les passants étaient rares . Cependant, si le chef de la police et ses agents fussent venus avec nous, cela aurait pu attirer l'attention, et mieux valait s'être séparés en quittant la Maison de Ville.
Le capitaine Haralan continuait à garder le silence. Je craignais toujours qu'il ne fût pas maître de lui et qu'il ne se livrât à quelque acte de violence. s'il rencontrait Wilhelm Storitz. Aussi regrettais-jeïprësque que M. Stepark nous eût permis de l'accompagner. .
- Un quart d'heure nous- suffit pour atteindre, au bout du quai Batthyani, l'angle occupé par 1- hôtel Roderich. Aucune des fenêtres du rez-de-chaussée n'était encore ouverte, pas plus que
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celles des chambres de M n,e Roderich et de sa fille. Quel contraste avec l'animation de la veille !
Le capitaine Haralan s'arrêta, et ses regards s'attachèrent un instant à ces persiennes closes. Un soupir s'échappa de sa poitrine, sa main esquissa un geste menaçant, mars il ne prononça pas une pàrole.- Le coin tourné, nous remontâmes le boulevard Tékéli, et nous fîmes halte près de la maison Storitz.
Un homme se promenait devant la porte, les mains dans les * poches, en indifférent. C'était le chef de police. Le capitaine Haralan et moi nous le rejoignîmes ainsi qu'il était convenu.
Presque aussitôt, apparurent six agents en bourgeois, qui, sur un signe de M. Stepark, se rangèrent le long de la grille. Avec eux se trouvait un serrurier, réquisitionné pour le cas où la porte ne s'ouvrirait pas.
Les fenêtres delà maison S toritz étaient fermées comme d'habitude. Les rideaux du belvédère, tirés intérieurement, rendaient les vitres opaques.
« Il n'y a personne, sans doute, dis-je à M. Stepark.
— Nous allons le savoir, me répondit-il. Mais je serais étonné que la maison fût vide. Voyez cette fumée qui s'échappe de la cheminée, à gauche. - "
En effet, un filet de vapeur fuligineuse s'échevelait au-dessus du toit.
— Si le maître n'est pas chez lui, ajouta M. Stepark, il est probable que le domestique est là, et, pour nous ouvrir, peu importe que ce soit l'un ou l'autre.
A part moi, étant donnée la. présence du capitaine Haralan, j'eusse préféré que Wilhelm Storitz fût absent et même qu'il eût quitté Ragz.
' ■ . - ' Le chef de la police fit résonner le heurtoir fixé à l'un des pan-
|§i;> neaux de la grille. Puis nous attendîmes que quelqu'un parût ou
pli" que la porte fût ouverte de Pintérieur.
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Une minute s'écoula. Personne.. Second coup de heurtoir... ' — On a l'oreille dure dans cette maison, murmura M. Stepark. Puis, se retournant vers le serrurier :
— Faites, dit-il.
Cet homme, choisit un outil dans son trousseau. Le bec-decane seul étant engagé dans la gâche, la porte céda sans difficulté.
Le chef de police, le capitaine Haralan et moi, nous entrâmes dans la cour. Quatre des agents nous accompagnaient, tandis que les deux autres restaient à. l'extérieur .
Au fond, un perron de trois marches montait à là porte d'entrée de l'habitation, fermée comme celle de la grille. M. Stepark heurta deux fois avec sa canne.
Il ne fut pas répondu. Aucun bruit ne se fit entendre à l'intérieur de la maison.
Le serrurier gravit les degrés du perron et introduisit une de ses clefs dans la serrure. Il était possible que celle-ci fût fermée à plusieurs tours, et même que les verrous eussent été poussés en dedans, si Wilhelm Storitz, ayant aperçu les agents, voulait les empêcher d'entrer.
Il n'en fut rien. La serrure joua. La porte s'ouvrit aussitôt. --Entrons, dit M. Stepark.
Le corridor était éclairé à la fois par l'imposte grillagé ménagé au-dessus de la porte, et, au fond, par le vitrage d'une seconde porte donnant accès dans le jardin.
Le chef de police fit quelques pas clans ce corridor, et cria d'une voix forte :
— Y a-t-il quelqu'un ici ?
Pas de réponse, même quand cet appeleut été j été une seconde
-fois. Aucun bruit à l'intérieur de cette maison. A peine si, en
prêtant l'oreille, en y appliquant toute notre attention, nous
crûmes percevoir comme une sorte de glissement dans ■ une des
chambres latérales... Mais c'était une illusion, sans doute.
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M. Stepark s'avança jusqu'au fond du -corridor. Je marchais
derrière lui, et le capitaine Haralan nie suivait. •
Un des agents était resté de garde sur le perron de la cour.
La porte ouverte, on put d'un coup d'œil parcourir tout le
jardin. Il était. enclos de 'murs sur une superficie d'environ deux
à trois mille toise : s. Une pelouse, qui n'avait pas été fauchée
!j||, depuis longtemps, et dont les hautes herbes traînaient, à demi
flétries, en occupait le centre. Tout autour courait une allée sinueuse bordée de taillis fort épais. Au delà de ces taillis on |l|: apercevait des arbres élevés, plantés sans doute le long des
,|| murs, et dont les têtes devaient dominer répaulement des for-
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î'ijllî Tout dénotait l'incurie et l'abandon.
Le jardin fut visité. Les agents n'y .découvrirent personne, bien que les allées fussent marquées de pas récents. j'I-l Les fenêtres, de ce côté, étaient closes de contrevents, sauf la
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p!f dernière du premier étage, par laquelle is'éclairait l'escalier.
|{ — Ces gens-là ne devaient pas tarder à- rentrer, fit observer
le chef de police, puisque la porte était simplement tirée et non fermée à double tour... à moins qu'ils n'aient eu l'éveil, et qu'ils lit n ? aient pris laclef des champs.
îjl — Vous pensez qu'ils ont pu savoir ?.. répliquai-je. Non, je
|f m'attends plutôt à ce qu'ils reviennent d'un instant à l'autre.
M. Stepark secoua la tête d-ùmair de doute.
— D'ailleurs, ajoutai-je, cette fumée qui s'échappe de l'une des cheminées prouve qu'il y a du feu quelque part.
— Cherchons le feu, répondit le chef de police. Après avoir constaté que le jardin était désert comme la cour,
i et que personne n'y était caché, M. Stepark nous pria de ren-
trer dans la maison, et la porte du corridor fut refermée derrière nous.
Ce corriclorclesservait quatre pièces. De l'une d'elles, du côté Iffc du jardin^ on avait fait la cuisine. Une autre n'était à vrai dire
LE SECRET DE WILIIELM STORITZ.
Il me semblait que le portrait était vivant... (Page 1U.)
que la cage de l'escalier qui montait au premier étage, puis au grenier.
,0'e fut parla cuisine que la perquisition débuta. Un des agents alla ouvrir la fenêtre et en repoussa les contrevents, percés d'une étroite ouverture en losange, qui ne laissait pas pénétrer assez de jour.
Rien de plus simple, de plus 1 rudimentaire que le mobilier de
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cette cuisine, —-un fourneau de fonte, dont le tuyau se perdait sous l'auvent d'une vaste cheminée, de chaque côté une armoire, au milieu une table, deux chaises paillées et deux escabeaux de bois, divers ustensiles accrochés aux murs, clans un angle, une horloge au tic-tac régulier, et dont les poids indiquaient qu'elle avait été remontée de la veille.
Dans le -fourneau brûlaient, encore quelques morceaux de charbon qui produisaient la fumée vue du dehors. — • Voici la cuisine, dis-je, mais le cuisinier?.. — • Et son maître ?.. ajouta le capitaine Haralan. — Continuons nos recherches, répondit M. Stepark. Les deux autres chambres du rez-de-chaussée, qui prenaient jour sur la cour, furent visitées successivement. L'une, le salon, était garnie de meubles d'un travail ancien, en vieilles tapisseries d'origine allemande très usées par place. Sur la tablette de la cheminée à gros chenets de fer, reposait une pendule rocaille d'assez mauvais goût. Ses aiguilles arrêtées et la poussière étalée sur le cadran indiquaient qu'elle ne servait plus depuis longtemps. A l'un des panneaux, en face cle la fenêtre, était appendu un portrait dans son cadre oval, avec ce nom, dans un cartouche : Otto Storitz.
Nous regardions cette peinture, vigoureuse de dessin, rude de couleurs, signée d'un artiste inconnu, une véritable œuvre d'art
Le capitaine Haralan ne pouvait détacher ses yeux de cette toile.
Pour mon compte, la ligure d'Otto Storitz me causait une
impression profonde. Etait-ce la disposition de mon esprit qui m'y poussait?.. Ou plutôt ne subissais-je pas, à mon insu, l'influence du milieu?.. Quoi qu'il en soit, ici, dans ce salon abandonné, le savant m'apparaissait comme un être fantastique. Avec cette tête puissante, cette chevelure en broussaille} ce front démesuré,; ces yeux d'une ardeur de braise, cette bouche
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aux lèvres frémissantes, il me semblait que le portrait était vivant, 'qu'il allait s'élancer hors de son cadre, et s'écrier d'une voix venue de l'autre monde :
« Que faites-vous ici?.. Quelle audace est la vôtre de troubler mon repos !»
La fenêtre du salon, fermée de persiennes, laissait passer la lumière. Il n'avait pas été nécessaire de l'ouvrir, et,' dans cette pénombre relative, petit-être le portrait .gagnait-il en étrangeté et nous iinpressionnait-il davantage.
Le chef de police parût frappé de la ressemblance qui existait entre Otto et Wilhelm Storitz.
— À la différence d'âge près, me. fit-il observer, ce portrait pourrait être aussi bien celui dû fils que celui du père. Ce sont les mêmes yeux, le même front, la même tête placée sur de larges épaules. Et cette physionomie diabolique!.. On serait tenté de les exorciser l'un comme l'autre.
— - Oui, i^épliquai-je, cette ressemblance est surprenante. Le capitaine Haralan semblait cloué devant cette toile, comme si l'original eût été devant lui.
— Venez-vous, capitaine? lui dis-je.
Nous passâmes de ce salon dans la chambre voisine, en traversant le corridor. C'était le cabinet de travail,. très en désordre. Des rayons de bois blanc, encombres de volumes non reliés pour la plupart, des ouvrages de mathématiques, de chimie et de physique principalement. Dans un coin, plusieurs instruments, des appareils, des machines, des bocaux, un fourneau portatif, quelques cornues et alambics, divers échantillons de. métaux dont quelques-uns m'étaient inconnus, tout ingénieur que je sois. Au milieu de la pièce, sur une table chargée de papiers et d'ustensiles clé bureau, trois ou quatre volumes des œuvres complètes d'Otto Storitz. À côté de ces volumes, un manuscrit.- En mê penchant, je pus constater que ce manuscrit, signé également de ce. nom célèbre, était relatif à une étude sur la lumière.
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112 LE SEORET DE WïLHELM STORITZ.
Papiers, volumes et manuscrit furent saisis et mis sous scellés. La perquisition.- faite dans ce cabinet ne donna aucun autre
résultat qui pût être de nature à nous édifier. Nous allions donc
en sortir j. lorsque M. Stepark aperçut sur la cheminée une
fiole de forme bizarre en verre bleuté.
Fut-ce pour obéir à un sentiment dé curiosité ou à ses ins- ||
tincts de policier, M. Stepark avança la main pour prendre cette fiole afin de F examiner de plus 'près. Mais- il est à croire qu'il fit un faux mouvement, car la fiole, qui était posée sur le bord de la tablette-,.' tomba au moment où il allait la saisir et se M
brisa sur le carreau.
Une liqueur très fluide de couleur jaunâtre s'en échappa. Extrêmement volatile, elle se réduisit aussitôt en une vapeur d'une odeur singulière que je n'aurais pu comparer à aucune autre, niais faible en somme, car notre odorat n'en fut que peu affecté.
— Ma foi, dit M. Stepark, elle est tombée à propos, cette fiole.
— Elle renfermait, sans doute, quelque. composition inventée par Otto Storitz, clis-je.
— Son fils doit en avoir la formule,. et il saura bien en refaire, | répondit M. Stepark.
Puis, se dirigeant vers la porte :
— ■ Au premier étage, dit-il, en recommandant à deux de ses agents de rester dans le corridor.
Au fond, en face de la cuisine, se trouvait la cage d'un escalier à rampe de bois, dont les marches craquaient sous le pied.
Sur le palier s^ ouvraient deux chambres contiguës, dont les p ortes n'étaient point fermées: à clef, et il suffit d'en tourner le bouton de cuivre pour s'y introduire.
La première, au-dessus du salon, devait être la chambre à coucher de Wilhelm Storitz. Elle ne contenait qu'un lit de fer; une table de nuit, une armoire à linge en chêne, une toilette
IL eût juré qu'on lui avait tiré ou poussé" les pieds... (Page 116.)
montée sur pieds de cuivre, un canapé, un fauteuil de gros velours, et deux chaises. Pas de rideaux au lit, pas de rideaux aux fenêtres, un mobilier,' on le voit, réduit au strict nécessaire. Aucun papier, ni sur la cheminée, ni sur une petite table ronde placée dans un angle. La couverture était encore défaite à cette heure matinale, mais que le lit eût été occupé pendant la
nuit, nous ne pouvions que le supposer.
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Toutefois, en s'approchant de la toilette, M. Stepark observa que la cuvette contenait de l'eau avec quelques bulles savonneuses à sa surface.
■ — À supposer, dit-il, que vingt-quatre heures se fussent écoulées depuis que Ton s'est servi de cette eau, les bulles seraient dissoutes. D'où je conclus que notre homme a fait sa toilette ici-même, ce matin, avant de sortir,
— Aussi est-il possible qu'il rentre, répétai-je, à moins qu'il n'aperçoive vos agents.
— S'il voit mes agents, mes agents le verront, et ils ont ordre de me l'amener. Mais je ne compte guère qu'il se laisse prendre.
En ce moment, on entendit un bruit comme le craquement d'un parquet mal assujetti sur lequel on marche. Ce bruit semblait venir do la pièce à côté, au-dessus du cabinet de Iravail.
Il existait une porte de communication entre la chambre à coucher et cette pièce, ce qui évitait de revenir au palier pour passer do Tune à l'autre.
Avant le chef de police, le capitaine Haralan s'élança d'un bond vers cette porte, l'ouvrit brusquement...
Mais nous nous étions trompés. Il n'y avait personne.
Il était possible, après tout, que ce bruit fût venu de l'étage supérieur, c'est-à-dire du grenier par lequel on accédait au belvédère.
Cette seconde chambre était encore plus sommairement meublée que la première, un cadre tendu dune sangle de forte toile, un matelas très aplati par l'usage, de gros draps rugueux, une ^couverture de laine, deux chaises dépareillées, un pot à eau et une cuvette de grès sur la cheminée dont l'âtre ne renfermait ' .pas la moindre parcelle de cendres, quelques vêtements d'étoffe
épaisse accrochés aux patères d'un portemanteau, un bahut, ^ ,j. ou plutôt un coffre de chêne, qui servait à la fois d'armoire et de
[/J commode, -et dans lequel M. Stepark trouva du, linge en assez
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grande quantité.
-te.
Cette chambre était évidemment celle du vieux serviteur Iiermami. Le chef de police savait d'ailleurs, par les rapports de ses agents, que si la fenêtre de la première chambre à coucher s 1 ouvrait quelquefois pour l'aération, celle de cette seconde chambre donnant aussi sur la cour demeurait invariablement fermée. On put le constater matériellement en examinant l'espagnolette, d'un jeu très difficile, et les ferrures des persiennes, mangées de rouille.
En tout cas, ladite chambre était vide, et pour peu qu'il en fût ainsi du grenier, du belvédère et de la cave située sous la cuisine, c'est que, décidément, le maître et le serviteur avaient quitté la maison et peut-être avec l'intention de n'y' plus rentrer. . — Vous n'admettez pas, demandai-je à M. Stepark, que Wilhelm Storitz ait pu être informé de cette perquisition ?
— Non, à moins qu'il n'ait été caché dans mon cabinet, monsieur Vidal, ou dans celui de son Excellence, lorsque nous causions de cette affaire!
— Quand nous sommes arrivés sur le boulevard Tékéli, il est possible qu'ils nous aient aperçus.
— Soit! mais comment seraient-ils sortis?
— En gagnant la campagne par derrière.
— Ils n'auraient pas eu le temps de passer par dessus les murs du jardin, qui sont très élevés, et, de l'autre côté, d'ailleurs,' c'est le fossé des fortifications qu'on ne peut franchir.
L'opinion du chef de police était donc bien que Wilhelm Storitz et Iiermann étaient déjà hors de la maison avant-que nous y fussions entrés.
Nous sortîmes de cette chambre par la porte du palier. À l'in- . stant précis où nous attaquions la première marche pour monter au second étage, nous. entendîmes tout à coup l'escalier réunissant le premier au rez-de chaussée craquer fortement, comme si quelqu'un l'eût monté ou descendu à pas rapides. Presqueaussilèt, il y --eut^Mi femit de^chufce suivi d'un- cri de douleur. ■ -,
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