‹ Le secret de Wilhelm StoritzChapitre 21 sur 29 · VA · texte numérisé non relu

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Ainsi, plus de doute sur "l'intervention de Wilhelm Storifcz. Nous étions en possession d'une preuve matérielle, et nous n'étions plus réduits à de simples présomptions. Que lui ou un autre fut le coupable, c'était, en tous cas, à son profit qu'avait été accompli ce vol bizarre, dont le mobile et l'explication nous échappaient d'ailleurs.

« Doutez-vous toujours, mon cher Vidal? s'écria le capitaine Haralan, dont la voix tremblait de colère. .

M. Stepark gardait le silence. Dans cette étrange affaire, il y avait encore une grande part d'inconnu. Si la culpabilité de Wilhelm Storitz était incontestable, on ignorait par quels moyens il avait agi, et il n'était pas certain qu'on réussit jamais à le savoir.

Pour moi, à qui le capitaine Haralan s'adressait d'une manieio plus directe, je ne répondis pas. Qu'aurais-je pu répondre en effet?..

— N'est-ce pas ce misérable, continua-t-il, qui est venu nous insulter, en nous jetant à la face ce Chant de la Haine, comme un outrage au patriotisme magyar ? Vous ne l'avez pas vu, mais voixs l'avez entendu!.. Il était là, s'il échappait à nos regards !.. Quant à cette couronne souillée par sa main, je ne veux pas qu'il en reste une feuille !..

M. Steparlc l'arrêta, au moment où il allait la déchirer.

— N'oubliez pas que c'est une pièce à conviction, dit-il, et qui peut servir si, comme, je le pense, cette affaire a des suites.

Le capitaine Haralan lui remit là couronne, et nous descen-

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que notis n'avons pu rencontrer AVilhelm Storitz, et qu'il ne doit ;-lf ;.' plus être à Ragz, ce qui me paraît probable, d'ailleurs.

| — Vous ne direz pas que la couronne a été découverte chez

;1 ■ lui?

■ — Si, mieux vaut qu'ils le sachent. -Mais inutile d'en parlera i votre mère et à votre sœur. À quoi bon aggraver leurs inquié-

tudes? A votre place, je dirais que la couronne a été retrouvée dans le jardin de l'hôtel et je la rendrais à votre sœur. »

Malgré sa répugnance, le capitaine Haralan convint que j'avais raison, et il fut convenu que j'irais chercher la couronne chez M. Stepark, qui ne refuserait sans doute pas de s'en dessaisir.

§ . dîmes l'escalier, après avoir une dernière fois visité inutilement

toutes les chambres de la maison. . " ' ï"

Les portes du perron et de la grille furent fermées à clef, les Jj

|j scellés y furent apposés et la maison resta en l'état d'abandon j|

où nous l'avions trouvée. Toutefois, sur l'ordre de leur Ghef, gf

| deux agents demeurèrent en surveillance aux environs.

Après avoir pris congé de M. Stepark, qui nous demanda de

garder le secret sur cette perquisition, le capitaine Haralan et

moi, nous revînmes à l'hôtel Roderioh, en suivant le boulevard.

If r Mon compagnon ne pouvait se contenir, et sa colère débordait

en phrases et en gestes d'une grande violence. J'eusse vainement essayé de le calmer. J'espérais, d'ailleurs, que Wilhelm Storitz avait quitté ou quitterait la ville, lorsqu'il saurait que sa demeure avait été visitée et que la police possédait la preuve du rôle joué par lui dans, cette affaire.

Je me bornai à dire :

« Mon cher Haralan, je comprends votre colère, je comprends que vous ne vouliez pas laisser impunies ces insultes. Mais n'oubliez pas que M. Stepark nous a demandé le secret.

— Et mon père?.. Et votre frère?.. Ne vont-ils pas s'informer S|: du résultat de la perquisition? " ■

— Evidemment, mais nous leur répondrons tout simplement

Itf. Stcpark l'arrêta au moment où il allait déchirer la couronne... (Page 119.)

Cependant, il me tardait d'avoir revu mon frère, de l'avoir mis au [courant, et il me tardait plus encore que son mariage fût accompli.

Dès notre arrivée à l'hôtel, le domestique nous introduisit dans lé cabinet où le docteur notis attendait avec Marc. Leur impatience était extrême, et nous fûmes interrogés avant même d'avoir franchi la porte.

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Quelles furent leur surprise, leur indignation, au récit de ce

qui' venait de se passer dans la maison du boulevard Tékéli ! Mon

| frère ne parvenait pas à se maîtriser. Comme le capitaine

Haralan, il voulait châtier Wilhelm Storitz avant que la justice fût intervenue. En. vain je lui objectai que son ennemi .avait sûrement quitté laville.

« S'il n'est -pas à Ragz, s'écriait-il, il est à Spremberg ! J'eus grand'peine à le modérer, et il fallut que le docteur joignît ses instances aux miennes.

— Mon clier Marc, dit le docteur, écoutez les conseils de votre frère, et laissons s'éteindre cette affaire si pénible pour notre famille. Le silence sur tout ceci, et on aura bientôt oublié. »

Mon frère, la tête entre ses mains faisait peine à voir. Je sentais tout ce qu'il devait souffrir. Que n'aurais-je pas donné pour être plus vieux de quelques jours, pour que Myra Roderich fût enfin Myra Vidal ! . . "

Le docteur ajouta qu'il verrait le gouverneur de Ragz, Wilhelm Storitz était étranger, et son Excellence n'hésiterait pas à Il . prendre un arrêté d'expulsion contre lui. L'urgent, c'était d'em-

pêcher que les faits dont l'hôtel Roderich avait été le théâtre pussent se renouveler, dût-on renoncer à en donner une explication satisfaisante. Quant à croire que Wilhelm Storitz clis- ;||" ' posât, comme il s'en était vanté, d'un pouvoir surhumain, per-

sonne ne pouvait l'admettre.

En ce qui concerne M me . Rodeinch et sa fille, je lis valoir les

raisons qui commandaient un silence absolu. Elles ne devaient

savoir, ni que la police eût agi, ni qu'elle eût démasqué Wilhelm

Storitz.

Ma proposition relative à la couronne fut acceptée. Marc

|f l'aurait, par hasard, retrouvée dans le jardin de l'hôtel. Il serait

ainsi démontré que tout cela provenait d'un mauvais plaisant, que Ton finirait par découvrir et que l'on châtierait comme il le méritait.

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Le jour même, je retournai à la Maison de Ville, où je réclamai la couronne à M. Stepark. Il consentit à me la remettre, et je la rapportai à l'hôtel.

Le soir, nous étions réunis dans le salon avec M mc Roderich et sa fille, lorsque Marc, après s'être, absenté un instant, rentra en disant : ' . * -

« Myra... ma chère Myra... voyez ce que je vous rapporte !..

— Ma couronne !.. s'écria Myra, en s'élançant vers mon frère.

— Oui, répondit Marc, là... dans le jardin.... je l'ai trouvée derrière mi massif où elle était tombée.

— Mais comment ?. . comment ?. .. répétait M ine Roderich.

— Comment? répondait le docteur. Un intrus qui s'était introduit parmi nos invités. Il ne faut plus penser à cette absurde aventure.

— Merci, merci, mon cher Marc, » dit Myra, tandis qu'une larme coulait de ses yeux.

Les journées qui suivirent n'amenèrent aucun nouvel incident. La. ville reprenait sa tranquillité habituelle. Rien n'avait transpiré de la perquisition opérée clans la maison du boulevard Tékéli, et personne ne prononçait encore le nom de Wilhelm Storitz. Il n'y avait plus qu'à attendre patiemment — ou plutôt impatiemment — le jour où serait célébré le mariage de Marc et de Myra Roderich.

Je consacrai tout le temps que me laissait mon frère à diffé- v rentes promenades aux environs de Ragz. Quelquefois, le capitaine Haralan m'accompagnait. Il était rare alors que nous ne prissions pas le boulevard Tékéli pour sortir de la ville. Visiblement, la maison suspecte l'attirait. D'ailleurs, cela, nous permettait de voir qu'elle était toujours déserte, et toujours gardée par deux agents.. Si Wilhelm Storitz. avait para, la police aurait été immédiatement avertie de son retour et on l'eût mis en état d'arrestation. -

Mais nous eûmes bientôt une preuve de son absence et la cer-

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titude qu'on ne pouvait, actuellement du moins, le rencontrer dans les rues de Ragz.

En effet, convoqué le 29 mai par M. Stepark, j'appris: de sa bouche que la cérémonie d'anniversaire d'Otto Storitz avait eu lieu, le 25, à Spremberg. La cérémonie avait attiré, paraît-il, un nombre considérable de spectateurs, non seulement la population de Spremberg, mais aussi des milliers de curieux venus des villes voisines et même de Berlin. Le cimetière n'avait pu . contenir une telle foule. De là, accidents multiples, quelques personnes étouffées, lesquelles trouvèrent, le lendemain, dans le cimetière une place qu'elles n'avaient p\i y trouver ce jour-là.

On ne l'a pas oublié, Otto Storitz avait vécu et était mort en pleine légende. Tous ces superstitieux s'attendaient à quelque prodige posthume. Des phénomènes fantastiques devaient s'accomplir à cet anniversaire. A tout le moins, le savant Prussien sortirait de sa tombe, et il ne serait pas surprenant qu'à ce moment l'ordre universel fût singulièrement dérangé. La terre, modifiant- son mouvement sur son axe, se mettrait à tourner de l'Est à l'Ouest, rotation anormale dont les conséquences, amèneraient un bouleversement universel du système solaire!.. Etc., etc.

Tels étaient les bruits qui couraient la foule. Toutefois, en dernière analyse, les choses s'étaient passées de la manière la plus régulière. La pierre tombale ne s'était pas soulevée. Le mort n'avait point quitté sa demeure sépulcrale, et la terre avait continué cle se mouvoir suivant les règles établies depuis 1 le commencement du monde..

Mais, ce qui nous touchait davantage* c'est que le fils d'Otto Storitz assistait en personne à cette cérémonie. C'était la preuve matérielle qu'il avait effectivement, quitté Ragz. J'espérais, quant à moi, que c'était avec la formelle intention de n'y plus jamais revenir.

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« MA GOUB.ONNE !.. » 'S-ËÊRIA MYRA. (PAGE 123.)

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Je m'empressais de communiquer cette nouvelle à Marc et au capitaine Haralan.

Cependant, bien que le bruit de cette affaire se fût notablement assoupi, le Gouverneur de Ragz ne laissait pas de s'en inquiéter encore. Que les prodigieux phénomènes, dont personne n'avait pu donner une explication plausible, fussent dus à quelque tour d'adresse merveilleusement exécuté ou à toute autre cause, ils n'en avaient pas moins troublé la ville, -et il convenait d'empêcher qu'ils vinssent à se renouveler.

Qu'on ne s'étonne donc pas si son Excellence fut vivement impressionnée, lorsque le chef de police lui fit connaître la situation de Wilhelm Storitz vis-à-vis de la famille Roderich et quelles menaces il avait proférées ! -

Aussi, lorsque le Gouverneur connut les résiiltats de la perquisition, résolut-il de sévir contre cet étranger. En somme, il y -avait eu vol, vol commis par Wilhelm Storitz, ou à son profit par un complice. Si donc il n'eût pas quitté Ragz, on l'aurait arrêté, et, une fois entre les quatre murs d'une prison, il n'est pas probable qu'il en eût pu sortir sans être vu, comme il était entré clans les salons de l'hôtel Roderich.

C'est pourquoi, le 30 mai, la conversation suivante s'engagea entre son Excellence et M. Stepark.

« Vous n'avez rien appris de nouveau?

— Rien, monsieur le Gouverneur.

. — Il n'y a aucune raison de croire que Wilhelm Storitz ait l'intention de revenir à Ragz ?

— Aucune.

— Sa maison est toujours surveillée? .

— Jour et nuit.

— J'ai dû écrire à Bucla-Pest, reprit le Gouverneur, à propos

de cette affaire dont le retentissement a été plus considérable peut-être qu'elle ne le mérite, et je suis invité à prendre des mesures pour .y mettre fin..

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— Tant que Wilhelm Storitz n'aura, pas reparu à Ragz, répondit le chef de police, il n'y aura rien à craindre de lui, et nou.s savons de source certaine qu'il était à Spreinberg le 25.

— En effet, monsieur Stepark, mais il peut être tenté de reparaître ici, et c'est cela qu'il faut empêcher.

— Rien de plus facile, monsieur le Gouverneur. Comme il s'agit d'un étranger, il suffira d'un arrêté d'expulsion.. .

— Un arrêté, interrompit le Gouverneur, qui lui interdira, non seulement la ville de Ragz, mais tout le territoire austrohongrois.

— Dès que j'aurai cet arrêté, monsieur le Gouverneur,, répondit le chef de police, je le ferai signifier à tous les postes de la frontière. »

L'arrêté fut signé séance tenante, et le territoire du royaume interdit à Wilhelm Storitz.

Ces mesures étaient de nature à rassurer le docteur, sa famille, ses amis. Mais nous étions loin d'avoir pénétré les secrets de cette affaire, et plus loin encore d'imaginer les péripéties qu'elle nous réservait.

La date du mariage approchait. Bientôt, le soleil du l° r juin, date définitivement choisie, se lèverait sur l'horizon de Ragz,

Je constatais, non sans une vive satisfaction, que Myra, si impressionnable qu'elle Mt, semblait n'avoir pas gardé souvenir de ces inexplicables incidents. Il est vrai que le nom de Wilhelm Storitz n'avait jamais été prononcé ni devant elle, ni devant sa inère.

J'étais son confident. Elle me parlait de ses projets d'avenir, sans trop savoir s'ils se réaliseraient* Marc et elle iraiem>ils s'installer en France? Oui, mais pas immédiatement. Se séparer de son père et de sa mère serait pour elle un trop gros. chagrin.

« Mais, disait-elle, il n'est question maintenant que d'aller pour quelques semaines à Paris, où vous nous accompagnerez, n'est-ce pas ?

. — Certes!.. A moins que vous ne vouliez pas de moi, cependant.

— C'est que, deux nouveaux époux, c'est une assez maussade compagnie en voyage.

— Je tâcherai de m'y faire, » répondis-je d?un ton résigné.

Le docteur approuvait ce départ. Quitter Ragz un mois ou deux, cela valait mieux à tous égards. Sans doute M mc Roder ich serait très affectée de l'absence de sa fille, -mais elle aurait le bon sens de s'y résigner. -,

'De-. son côté,. pendant les heures qu'il passait près de Myra, Marc oubliait, ou plutôt il -s'efforçait d'oublier. Par contre, lorsqu'il se retrouvait seul avec moi, il lui revenait des craintes que j^essayais vainement de dissiper.

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Invariablement, il me disait :

« Tu ne sais rien de nouveau, Henri?

— Rien, mon cher Marc, » répondais-je non moins invariablement, et c'était la pure vérité.

Un jour, il crut devoir ajouter :'

« Si tu savais quelque chose, si, en ville, ou par M. Stepark, tu entendais parler...

— Je t'avertirais, Marc. ' ■— Je t'en voudrais de me cacher quoi que ce soit.

— Je ne te cacherai rien, sois tranquille. Mais je t'assure! qu'on 'ne s'occupe plus de cette affaire. Jamais la ville n'a été plus calme. Les uns vont à leurs affaires, les autres à leurs plaisirs, et les cours du marché se maintiennent en grande hausse..

— Tu plaisantes, Henri...

— C'est pour te prouver que je n'ai plus aucune appréhension.

— Et pourtant, dit Marc dont le visage s'assombrit, si cet homme.,.

— Bah ! il n'est pas si bête. Il se doute bien qu'il serait arrêté s'il mettait le pied sur le territoire austro-hongrois, et il y a en Allemagne nombre de foires ou il aura l'occasion d'exercer ses talents de bateleur. . -•- .

— Ainsi, cette puissance dont il parle...

— C'est bon pour les enfants, cela!

■ — Tu n'y crois pas?

— r" Pas plus que tu n'y crois toi-même. Donc, mon cher Marc, borne-toi à compter les heures, à compter les minutes qui te séparent du grand jour... Tu n'as rien de mieux à faire, sinon recommencer le calcul quand il est fini.

— Ah ! mon ami I .. s'écria Marc tristement.

: — Tu n'es pas: raisonnable,. Marc. Myra l'est plus que toi. , — C'est qu'elle ne sait pas ce que je sais;

— Ce que tu sais?... Parbleu, tu sais que le personnage en question n'est plus à Ragz, qu'il ne peut y revenir, que nous. ne

le reverrons jamais, entends-tu bien! Si cela ne suffit pas à te tranquilliser!,.

— Queveux-tu, Henri, j'ai clés pressentiments. .. Il me semble-...

— C'est insensé, mon pauvre Marc ! Tiens ! crois-moi ■ refarurne près 'de Myra. Cela te fera voir la vie plus en rose.

— Oui, tu as raison Je ne devrais jamais là quitter, pas un. instant !»

Pauvre frère! Il me faisait mal à voir, mal à entendre. Ses craintes s'accroissaient à mesure que s'approchait le jour de-son mariage.. Et," -moi-même,, pour être franc, j'attendais ce jour avec, une involontaire angoisse.

D'autre part, si je pouvais compter sur Myra, sur son influence pour calmer mon frère, je ne savais plus quel moyen employer à T égard du capitaine Haralan.

. Le jour où il avait appris que Wilhelm Storitz était à Spremberg, ce n'était pas sans peine que j'étais parvenu à empêcher son départ. 'Il n'y a guère que deux cents lieues tout au plus entre Spremberg et Ragz. En quatre jours cette distance peut être franchie. Enfin, nous l'avions retenu, mais, malgré les . raisons que son père et moi nous faisions valoir, en dépit de l'évidente utilité de laisser cette affaire tomber dans l'oubli, il y revenait sans cesse, et je craignais toujours qu'il ne nous échappât.

Un. matin, il vint me trouver, et, dès le début de la conversation, je compris qu'il avait résolu de partir.

« Vous ne ferez pas cela, mon cher Haralan, déclarai -je, vous ne le ferez pas... Une rencontre entre ce Prussien et vous est impossible. Je vous supplie de ne pas quitter Ragz.

— Mon cher "Vidal, me répondit: le capitaine d'un ton qui indiquait une résolution farouche, il faut que ce misérable soit puni.

— Et il le. sera tôt ou tard, n'en doutez pas ! m'écriai-ye. Mais la, seule main qui doive s'abattre sur lui, c'est l'a main de la police,

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m, LE DECRET ©E : WILHE LM ST0SRITZ.

Le capitaine Ilaralan sentait que j'avais raison. Toutefois, il ne voulait pas se rendre.

. — Mon cher Vidal, répondit-il d'un ton qui ne laissait pas d'espoir, nous ne voyons pas, nous ne pouvons voirU:es choses de la même façon. Ma famille, qui va devenir celle de votre freine, a été outragée, et je ne tirerais pas vengeance de ces

outrages?..

— Non, c'està la justice de le faire.

— Gomment' le ferait-elle, si cet homme lie revient, pas?.. Or, le Gouverneur a signé; ce matin un arrêté d'expulsion qui rend impossible le -retour de Storitz. Il faut donc que j'aille où il est, où il doit être du moins, à Spreniberg.

; — Soit, répliquai-je, en dernier argument, : mais attendez au moins le mariage de votre sœur. Encore quelques jours de patience et, alors je serai le premier à vous conseiller de partir. J© vous accompagnerai même à Spremberg. »

. fele pressai avec tant de chaleur que l'entretien se termina par sa-promessé : formelle qu'il seferait violence, à la condition que, le mariage ^célébré, je ne mbpposerais plus à son projet, et que je, partirais avec lui.

Elles allaient mé paraître interminables, les heures qui nous" . séparaient^ du 1 er juin. Gar;en somme, tout en r égaillant comme un devoir de rassurer les autres, je n'étais pas sans éprouver quelques inquiétudes. Aussi m'arrivait-il souvent de remonter où de descendre le boulevard Tékéli, poussé par je ne sais quel pressentiment.

:.La maison Storitz était toujours telle .qu'on l'avait laissée après la descente de police, portes fermées, fenêtres closes, cour; . et {jardin déserts . Sur le boulevard, quelques agents dont la surveillance s'étendait jusqu'au parapet des anciennes .fortifications et sur la campagne environnante. Aucune tentative pour rentrer dans : cette maison n'avait été laite ni par le maître/ ni par le . serviteur. Et pourtant, ce que c'est que l'obsession,

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JE REGARDAIS UN A UK-ïlES PASSAGERS. (Page 133.)

LK SIÎCRET DE WUJIEL.M STOR1TZ.

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LE SDORET DE WILHELM STQïtim

malgré tout eê que je disais à Mare et au capitaine Haralan,: en dépit dé ce q^e je me disMs à moirmême, j'aurais vu* une femée s J échapper de la-cheminée du laboratoirey une figure apparaître derrière les ; vitresi du belvédère,, je n'en eusses p&si été surpris> En réalité, alors que la population ragziennej revenue: de sa première épouvante, ne parlait plus; de cette affaire, tétait le docteur Roderichy c'était mon frère, c'était le esupitairie; liaralan, c'était^ moi-même' que liantaitle fantôme de Wilhelm Stoa?itz*-

Ce jour-là, 30 mai, afin de me distraire dans; l'après-midi, je me dirigeai vers le pont; de File Swendor pour gagner la-rive droite du Danuhe>

Avant d'arriver au pont, je passai ; devant le: débarcadère au moment où une igabarre à passagers- arrivait de Famont.

Alors revinrent à ma mémoire les incidents de. mon ^voyage, ma rencontre avec cet; Allemand, son attitudes provocantey le sentiment d ? antipathie qna?il. m'avait inspiré à; première vue* puis, quand je le croyais débarqué à Vukovar, les paroles quiil avait prononcées. Car c'était bien lui qui; les avait: prononcées, ces paroles menaçantes. J'avais reconnu sa voix: dajns; le salon de rhôtelBodericb. Même- articulation^. même duretéj.même rudesse teutonne-..

Sous l'empire de ces idées, je regardais un à uni les passagers qui s'arrêtaient à Ragz. Je cherchais la pâle figure, lés yeux étranges,; la.physiononiie; diabolique de; ce personnage... Mais, comme on dit, j'en fus pour ma peine,;

A six heures;, j'allai, suivant mon habitude, prendre place à la table de famille; M^ c Koderich me semblamieux portante, à peu près remise de ses émotions. Mon frère oubliait; tout auprès ;dê Myra,, à. la, veille : duj j our où elle serait sa femme- Le capitaine ïïaralan;; lui- même; paraissait plus^ catoae,, qiaoique un peu sombre. . ;.;;,■ ' ; : :

l'étais défîidiéràjlaui'g: L 5 impossible ,? pour^anime^ ce petit monde et dissiper les derniers^ nuages i du sjouvenir. Je^ fctSy heureuse?

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-ment secondé par Myra, charme et joie de cette .soirée .".qui se prolongea assez tard. Sans se faire prier, elle se mit au clavecin, fct nous chanta de vieilles. chansons magyares, comme pour •effacer .cet abominable Chant de la Haine, qui avait retenti dans ce salon.

Au moment de nous retirer, elle me dit en souriant : .. .."..-'« Demain, monsieur Henri, n'allez pas oublier:..

-r-. Oublier/ mademoiselle?. . répondis-je sur le ton plaisant qu'elle venait de prendre.

— Oui, oublier que c'est le jour de l'audience du Gouverneur, du « baillage de licence », pour employer l'expression consacrée* : . ,-t- Ah! vraiment! c'est demain!.. |

— Et. que vous êtes un des témoins de votre frère.». , — Vous avez raison de me le rappeler, mademoiselle Myra. Témoin de 'mon frère !.. Je ne m'en souvenais déjà plus.

— Cela ne m'étonne pas. J'ai remarqué que vous aviez parfois des distractions...

— Je m'en accuse, mais je n'en aurai pas demain, je vous le promets... Et pourvu que Marc n'en ait pas plus que moi..,

— Je réponds de lui. Ainsi donc, à quatre heures précises.

— Quatre 1 heures, mademoiselle Myra?.. Et moi qui croyais que c'était à cinq heures et demie !.. Soyez donc sans crainte. Je :serai là- à quatre heures moins dix. . .

-r- Bonsoir ! . . Bonsoir au frère de Marc, qui va devenir le mien.

— Bonsoir, mademoiselle Myra, bonsoir! »

Le lendemain, Marc eut quelques courses à faire dans la

matinée. Il me parut avoir repris toute sa tranquilité, et je le

j/V -laissai aller seul.

£;': ;■■■ ; De mon côté, d'ailleurs, par surcroît de prudence, et pour

■|lff:; avoir, si c'était possible, la certitude que Wilhelm Storitz n'avait

|]É; : - pas été revu à Ragz, je me rendis à la Maison de Ville.

|j|J;;/ :./:■.- .. A M. Stepark,. auprès de. qui je fus immédiatement introduit,

;i[Bi;k ; je.deïuandai s'il avait quelque nouvelle information. '"--. . \

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« Aucune, monsieur Vidal, me répondit-il, vous pouvez être certain que notre homme n'a pas reparu à Ragz. — Est-il encore à Spremberg? :

- — Tout ce que je puis affirmer, c'est qu'il y était encore, il y 4i. quatre jours. ■

:— Yous en avez reçu Tavis ? ■ . .

.--' — Oui,; par un courrier de la policé allemande, qui me confirme le fait.

."■— r Cela me rassure. .'.'Y

— Et moi, cela m'ennuie., monsieur Vidal. Ce diable d'homme — et diable est le mot — me paraît peu disposé à jamais franchir la .frontière.

— C'est tant mieux, monsieur Stepark ! ..-'.-" * — C'est tant mieux pour vous, mais, comme policier, j'aurais

aimé à lui mettre la main au collet, à tenir cette espèce dé sorcier entre quatre murs !.. Enfin, plus tard, peut-être,..

— Oh! -plus tard, après le mariage, tant que vous voudrez, monsieur Stepark. » ...■■'..'

. Je me retirai en remerciant le chef de police. '

A quatre heures de l'après-midi, nous étions réunis dans le ■salon de l'hôtel Roderich. Deux carrosses attendaient sur le -j

^boulevard Tékéli, — l'un pour Myra, son père, sa mère et un -, -ami de la famille, le juge ,Neuman r l'autre pour Marc, le capitaine Haralan, un de ses camarades, le lieutenant Àrmgard, et -moi. M. Neumari et le capitaine Haralaii étaient les témoins de la mariée, le lieutenant Armgard et moi, ceux de Marc.

Ainsi que le capitaine Haralan me l'avait expliqué, il ne } j

s'agissait pas, ce jour-là, de procéder au mariage proprement ;

dit, mais aune cérémonie pr,ép aratoire en quelque ^ sorte. C'est seulement après en avoir reçu l'autorisation du Gouverneur, que Je mariage pourrait être, célébré lé lendemain; à la cathédrale.. Jusque-là, lès fiancés, s!ils n'étaient pas mariés au âen^: psirfadt ;du. mot, n'en seraient .. pas, môifts fortement liés l'un a l'autre,

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136 LE SECRET DE "WïLHELMP STORITZ.

puisque, dans le cas où un obstacle imprévu viendrait ensuite empêcher l'union projetée, ils seraient condamnés à un. célibat perpétuel.

Il serait possible de reteouver- da,ns la féodalité française quelques traces de cette coutume, qui a quelque chose de paternel, puisque le chef paraît ainsi se considérer comme le père des citoyens,: et qui s'était perpétuée à Ragz jusqu'à nos jours. La jeune fiancée portait une robe charmante et de bon goût, M mc Roderich une toilette très simple bien que très. riche. Le docteur et le jugé étaient, .comme; mon; frère et moi, eh habit de llf cour, et les deux officiers en uniforme de grande tenue;

Quelques personnes attendaient sur le boulevard la sortie des voitures, femmes et jeunes filles du peuple,, dont un -mariage excite toujours la curiosité. Mais, il était problable que le, lendemain,' à la cathédrale, la foule serait considérable, juste hommage il.-.-" rendu à la famille Roderich.

. Les deux carrosses franchirent la porte principale de l'hôtel, tournèrent le coin du boulevard, suivirent le quaiBàtthyani, la rue du Prince Miloch, la; rue Ladislas, et arrivèrent à la grille du Palais du Gouverneur.

Les curieux se; trouvaient en. plus grand nombre? sur la place et dans la cour, du Palais, Peut-être; après tout, le: souvenir des premiers incidents les avait-il attirés. Peut-être sedèmandaientils; si un nouveau phénomène' n ? allait pas s- accomplir;

Les< voitures pénétrèrent dans la cour; d'honneur, et station- |j|i-'' ' lièrent devant le> perron.:

Un instant après, M lle Myr a au bras de son» père, M me Roderich au bras; de M. Neuman,: puis. Marc, le capitaine Haralan, le lieutêriant; Armgard et moi, nous avions pris, place dans la salle de;s, fêtes, éclairée dei hautes fenêtres à vitraux* -de couleur et boisée: de panneaux sculptés du plus' grand prisç. Au centre,

une large- table p ortait deux magnifiques corbeilles: de* fleurs,

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I ; ' , En Teur qualité de- père et de mère, M. et;Mf e Roderich. vinrent

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