‹ Le secret de Wilhelm StoritzChapitre 22 sur 29 · QUELQUES PERSONNES ATTENDAIENT^!^ SORTIE DES VOITURES... (PAGE · texte numérisé non relu

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s'asseoir de chaque côté des fauteuils réservés aux fiancés. En arrière, prirent place les quatre témoins, M. Neuman et le capitaine Harâlan à gauche, le lieutenant Ariiïgarcl et moi, à droite.

Un maître des cérémonies annonça le Gouverneur. Tout le monde se leva à son entrée.

Celui-ci s'assit sur son trône, puis demanda aux parents s'ils consentaient au mariage clé leur fille avec Marc Vidal. Ce fut ensuite aux deux fiancés que le Gouverneur posa les questions d'usage : .

« Marc Vidal, promettez-vous de prendre Myra Roclerich pour 4pous^?

— Je le, jure, répondit mon frère, à qui on avait fait la leçon,

— Myra Roclerich, promettez-vous de prendre Marc Vidal pour époux ? ^

— Je le jure, répondit M llc Myra.

— Nous, Gouverneur de Ragz, prononça alors son Excellence, en vertu des pouvoirs qui nous ont été conférés par l'Impératrice-Reine, et conformément aux franchises séculaires de la ville de Ragz, baillons licence de mariage à Marc Vidal et à Myra Roderioh. Voulons et ordonnons que ledit mariage soit ■célébré dès demain, en la forme régulière, dans l'église cathédrale de la ville. »

Ainsi s'étaient passées les choses clans leur simplicité habituelle. Aucun prodige n'avait troublé l'audience, et, bien que -cette idée m'eût tin instant traversé l'esprit, ni l'acte sur .lequel ■furent apposées les signatures ne fut déchiré, ni les plumes ; arrachées de la main des mariés pu des témoins.

Décidément, Wilhelm Storitz était à Spremberg -^ il pouvait y rester pour la joie de ses compatriotes ! — ; ou, s'il était à Ragz, c'est alors qu'il avait épuisé son pouvoir.

Maintenant, que ce sorcier surfait le voulût ou non, Myra Roclerich serait la femme de Marc Vidal, ou elle ne le serait de ^personne. -. : V

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Nous étions au 1 er juin. Cette date si impatiemment'- attendue» il avait semblé qu'elle n'arriverait jamais; !

Nous y étions enfin. Quelques heures encore, et la cérémonie du mariage allait s'accomplir à la cathédrale de Ragz,

L'appréhension qu'avait pu laisser dans notre esprit le sou-* venir des inexplicables incidents qui remontaient alors à une douzaine de jours, s'était entièrement effacée après l'audience du Gouverneur.

Je me levai de bonne heure. Mais si pressé que je fusse, Marc l'était plus encore, et il m'avait devancé* Je n'avais ; pas fini de in'habillër lorsqu'il entra chez moi.

Il était déjà en tenue de marié. Il rayonnait de bonheur, et pas une ombre n'obscurcissait, co rayonnement; II m'embrassa avec effusion, et je le pressai sur mon cœur.

« Myra, me dit-il, m'a recommandé de te rappeler... — Que c'est pour aujourd'hui, répondis-je en riant. Eh bien, dis-lui que si je n'ai pas manqué l'heure de l'audience du Gôu> verneur, je ne manquerai pas ; celle de la cathédrale. Hier \ j'ai réglé ma montre sur le beffroi. M;ais toi-même, mon cher Marc, tâche de ne pas te faire attendre ! Tu sais que- ta présence est indispensable, et qu'on ne pourrait commencer sans toi ! »

Il me quitta, et je me hâtai d'acheverma toilette* bien qu'il fût à peine neuf heures du matin.

Nous, avions pris rendez-vous à FhôteL C'est de laque devaient partir les voitures. Ne fût-ce que pour mettre mon exactitude

LE "SECRET DE WILHELM ST0RÏTZ. Ml

en valeur, j'arrivai plus tôt qu'il ne fallait, — .ce qui nie vaudrait un joli sourire de la mariée, — et je m'installai dans le salon.

L'une après l'autre se présentèrent les personnes— disons les personnages, étant donnée la solennité de la circonstance ■-— qui avaient figuré la veille à la cérémonie du Palais. Tous étaient , comme là Veille, en costumes de gala. Les deux officiers portaient croix et médailles sur leurs splendides uniformes du régiment f des Confins Militaires.

Myra Roderioh, — et pourquoi ne dirais-je pas Myra Vidal, puisque les deux fiancés étaient déjà liés en fait par l'ordonnance du Gouverneur — Myra, en toilette blanche, robe de moire à traîne, rcorsage brodé de fleurs d'oranger, était habillée à ravir . A son côté s'épanouissait le bouquet de mariée, et sur sa chevelure blonde reposait la couronne nuptiale, d'où retombait en longs plis «on voile de tulle blanc. Cette couronne, c'était celle que lui avait rapportée mon frère. Elle n'en -avait pas voulu d'autre.

En entrant dans le salon avec sa mère, elle vint vers moi et me tendit la main. Je la lui serrai affectueusement, fraternellement. Puis, la joie éclatant dans ses yeux :

:« Ali i frère, s'écrla-t-elle, que je suis heureuse ! » - Ainsi, des vilains jours passés, des tristes épreuves auxquelles avait été soumise cette honnête famille, il ne restait aucune trace. Il n'était pas jusqu'au capitaine Haralan qui ne parût avoir tout oublié. La preuve en est qu'il me dit en me serrant la main.

■« -Non. ... N'y pensons plus ! » -

Voici quel était le programme de cette journée, programme quLavait reçu l'approbation ^générale. A dix heures moins le quart, départ pour la cathédrale, où le- Gouverneur de Ragz, les autorités et les notabilités .-de.; la ville se trouveraient à l'arrivée des jeunes époux. Présentations et çonipliments, après la messe de s mariage, à la signature -des aotes^ dans la sacristie de Saint- Michel. Retour pour le déjeuner qui devait :réunir une cinquan-

taine de convives. Le soir, clans les salons cle l'hôtel, fètepour. laquelle avaient été envoyées près de deux cents invitations.

Les carrosses furent occupés de la même manière que la veille : le premier par la mariée, le docteur, M 111C Roderich et M. Neuman; le second par Marc et les trois autres témoins. En revenant de la cathédrale, Marc et Myra Vidal, à jamais unis, prendraient place dans la. même voiture. D'autres équipages étaient allés chercher les personnes qui devaient composer le cortège.

A neuf heures trois quarts, les voitures quittèrent l'hôtel Roderich et suivirent le quai Batfchyani. Après avoir atteint la place Magyare, elles la traversèrent et remonté rentle beau quar-, tier de Ragz, parla rue du Prince Miloch.

Le temps était superbe, le ciel égayé clés rayons du soleil. Sotis les galeries de la rue, les passants en grand nombre se dirigeaient vers la cathédrale. Tous les regards allaient à la première voiture, des regards de sympathie et cl' admiration pour la jeune mariée, et je dois constater que mon cher Marc en eut. aussi sa part. Les fenêtres laissaient apercevoir des visages souriants, et cle partout il tombait des saluts auxquels on n'eût pas suffi à répondre.

« Ma foi, dis-je; j'emporterai de cette ville d'agréables souvenirs !

— . Les Hongrois honorent en vous cette France qu'ils aiment,, monsieur Vidal, me répondit le lieutenant Armgarcl, et ils sont heureux d'une union qui fait entrer un Français clans la famille Roderich. »

En approchant de la place, il fallut marcher au pas des attelages, tant la circulation devenait difficile.

' Des tours cle la cathédrale s'échappait la joyeuse volée clés,, cloches que la brise cle l'Est emportait toute vibrante, et,un peiL ayant dix heures, le carillon du beffroi mêla ses notes aiguës aux: voix sonores cle Saint-Michel, . .- ".. '.

Il était exactement dix heures oiiiq, quand nos deux carrosses vinrent s'arrêter aux pieds des marches, devant le portail cën- o;

tral ouvert à deux battants.

Le docteur Rodefich descendit le premier, puis sa fille, qui lui prit le bras. M. Neuman offrit le sien à M 111C Roderich. Nous sautâmes aussitôt à terre et nous avançâmes, à la suite de Marc, entre les rangs des spectateurs qui s'échelonnaient le long du parvis.

A ce moment, les grandes orgues résonnèrent à l'intérieur, et c'est aux sons de leurs majestueux accords que le cortège pénétra clans, l'église. ,-

Marc et Myra se dirigèrent vers les deux fauteuils placés côte à côte devant le grand autel. Derrière eux, les parents et les témoins trouvèrent les sièges qui leur étaient destinés.

Toutes les chaises et les stalles du chœur étaient déjà occupées par une nombreuse réunion, le Gouverneur de Ragz, les magistrats, les officiers de la garnison, le bailli et les syndics, les prin* cipaux fonctionnaires de l'administration, les amis de la famille, les notables de l'industrie et du commerce. Aux dames, en brillantes toilettes, des places spéciales avaient été aussi réservées le long des stalles, et il n'en restait pas une de libre.

Derrière les grilles du chœur, un chef-d'œuvre de la serrurerie du XIII e siècle, se pressait la foule des curieux. Quant aux per- :

sonnes qui n'avaient pu s'en approcher, elles s'étaient casées ^H

dans la grande nef dont toutes les chaises étaient prises. : -TJ?l'

Dans les contre-nefs du transept, dans les. bas-côtés, était =...;- : ^.^

tassé le populaire, qui refluait jusque sur les marchés du ■ parvis.

Si quelques-uns des assistants conservaient à ce moment le souvenir des; phénomènes qui avaient trou blé la ville, pouvait-il leur venir à là pensée qu'on les verrait se reproduire à la cathédrale ? Non, évidemment, pour peu qu'ils les eussent attribués aune intervention démoniaque,; car ce n'était pas dans unéégliseL

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144 LE SECRET DE l WILHÊLM STOMTZ,

que cette intervention aurait pu s'exercer, .La puissance du Diable ne -s'-arrête-t-élle pas, en effet, au seuil du sanctuaire ? . Un .mouvement se fit à droite du chœur, et la foule' dtits'touvrir pour livrer passage à rarchiprêtre, au diacre, =au sous-diacre, aux bedeaux, aux enfants de la maîtrise.

L'archiprêtre s'arrêta devant les marches de l'autel, s'inclina, et dit les- premières phrases de l'Incrort 9 -tixiidis> que les chantres entonnaient les versets du Confiteor.

Myra était agenouillée sur le coussin de son prie-Dieu, la tête baissée, dans une attitude fervente. Marc se tenait- debout près d'elle, et ses yeux ne la quittaient pas.

La messe était dite avec toute la pompe dont l'église catholique a voulu entourer ses cérémonies solennelles. L'orgue alternait avec. le plaiivchant des Kyrie et les strophes du Gloria ta Eoocelsisy qui éclataient sous les hautes voûtes. - Il se. produisait parfois un vague bruit de foule remuante, de chaises déplacées, de sièges rabattus, que scandaient les pas des; officiers de l'église veillant à ce que le passage de la- grande nef demeurât libre sur toute sa longueur.

D'ordinaire, l'intérieur de la 'Cathédrale est plongé dans orne pénombre où l'àme se; livre avec plus d'abandon aux impressions religieuses. A travers lès anciens vitraux où se dessine en couleurs somptueuses .la silhouette des : personnages bibliques, par les étroites fenêtres du style ogival de la première époque, par les verrières latérales, il ne vient qu'un jour incertain. Pour peu que le temps soit couvert, la grande nef, les bas^côtés, l'abside, restent sombres, et cette mystique obscurité n'est piquée que des pointes de feu qui brillent au sommet des longs cierges de

l'autel..

, Aujôuircrhui,âl en était 'autrement. Sous ce magnifique soleil, les ifenêtres tournées vers l'Est et la rosace du transept s'embrasaient . Un faisceau de rayons , traversant une des haies de l'abside., tombait 'directement -sur la tokaire suspendue à l?un

« Ah ! frère que je suis heureuse! » (Page 14t.)

des piliers de la nef, et semblait animer la face tourmentée du géant qui la soutient de ses énormes épaules.

Lorsque la sonnette se fit entendre, l'assistance se leva, et, aux mille bruits qui en résultèrent, succéda le silence, pendant que le diacre lut en psalmodiant l'Évangile de Saint-Mathieu.

Puis l'archiprêtre, se retournant, adressa une allocution aux

fiancés. Il parlait d'une voix un peu faible, la voix d'un vieillard

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couronné de cheveux blancs. Il dit des choses très simples qui devaient aller au cœur de Myra. Il fit l'éloge de ses vertus familiales, de la famille Roclerich, de son dévouement envers les malheureux et de son inépuisable charité. Il sanctifia ce mariage qui unissait un Français et une Hongroise, et il appela la bénédiction céleste sur les nouveaux époux.

L'allocution terminée, le vieux prêtre, tandis que le diacre et le sous-diacre reprenaient place à ses côtés, se retourna vers l'autel pour les prières de l'offertoire.

Si je note pas à pas les détails de cette messe nuptiale, c'est qu'ils sont restés profondément gravés dans mon esprit, c'est que leur souvenir ne devait jamais s'effacer de ma mémoire.

Alors, de la tribune de l'orgue s'éleva, une voix superbe, accompagnée d'un quatuor d'instruments à cordes. Un ténor très en renom dans le monde magyar, chantait l'hymne de l'offrande. .

Marc et Myra quittèrent leurs fauteuils et vinrent se placer devant les marches de l'autel. Et là, après que le sous-diacre eut reçu leur riche aumône, ils appuyèrent leurs lèvres, comme en un baiser, sur- la patène que présentait l'officiant. Puis, ils allèrent reprendre leur place en marchant l'un près de l'autre. Jamais, non, jamais Myra n'avait paru plus rayonnante de beauté, plus auréolée de bonheur!

Ce fut alors aux quêteuses de recueillir la part des malades et des pauvres. Précédées des bedeaux, elles se glissèrent au milieu des rangs du chœur et de la nef, et on entendait le bruit des chaises déplacées, le frou-frou des robes, le bourdonnement de la foule, tandis que les piécettes tombaient dans la bourse des jeunes filles.

Enfin, l'archiprêtre,. accompagné de ses deux assistants, se dirigea vers les fiancés. Il s'arrêta devant eux,.

« Marc Vidal, interrogea sa voix chevrotante qui fut néanmoins entendue par tous, tant le silence était profond, consentezvous à prendre Myra Roderich pour épouse?

— Oui, répondit mon. frère.

— Myra Roderioh, consentez- vous à prendre Marc Vidal pour époux?

— Oui, dit Myra dans un souffle.

Avant de prononcer les paroles sacramentelles, l'arohiprêtre

reçut les alliances que lui donna mon frère et les bénit. Puis il

se disposa à passer Tune d'elles au doigt de la jeune épouse...

À ce moment, un cri retentit, un cri d'angoisse et d'horreur.

Et voici ce que je vis, ce que mille personnes virent comme

moi :

Le diacre et le sous-diacre reculant en chancelant, comme repoussés par une force supérieure; l'arohiprêtre, la bouche tremblante, les traits décomposés, le regard effaré, paraissant lutter contre un fantôme invisible, et finalement s'écroulant à genoux...

Puis, immédiatement après, car les événements se déroulèrent avec la rapidité de la foudre et personne n'eut ]e temps d'intervenir ni même de comprendre, ce furent. mon frère et Myra qui

tombèrent sur les dalles, à demi renversés

Puis ce furent les alliances qui volèrent à travers la nef et dont l'une m'atteignit violemment au visage...

Et, à ce moment, voici ce que j'entendis. Mille personnes entendirent, comme moi, ces paroles prononcées, d'une voix terrible, la voix que nous connaissions bien, la voix de Wilhelm Storitz : -..'.-..

« Malheur sur les époux... malheur!.. » . .

À cette malédiction qui semblait venir de l'au delà, un souffle d'épouvante passa sur la foule. De toutes les poitrines, une sourde clameur jaillit, et Myra,,. qui se redressait, poussant un cri déchirant, retomba évanouie ervtre les bras de Marc terrifié.

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Les phénomènes auxquels nous avions assisté à la cathé- §|

drale de Ragz et ceux dont l'hôtel Roderich avait été le théâtre tendaient au même but. Leur origine était la même. C'est Willielm Storitz, lui seul, qui en était l'auteur. Admettre qu'ils fussent dus à quelque tour d'adresse?.. J'étais bien obligé de me répondre négativement. Non, ni le scandale de l'église, ni l'enlèvement de la couronne nuptiale ne pouvaient être attri- . ;|

bues à un escamotage. J'en arrivais à supposer sérieusement que cet Allemand tenait de son père quelque secret scientifique, celui d'une découverte ignorée qui lui aurait donné le pouvoir de se rendre invisible... Pourquoi pas, après tout?.. Pourquoi certains rayons lumineux n'auraient-ils pas la propriété de traverser les corps opaques, comme si ces corps étaient translucides?.. Mais où allais-je m'égarer!.. Billevesées que tout cela, billevesées dont je me gardai de rien dire à personne.

Nous avions ramené Myra sans qu'elle eût repris connaissance. On la transporta dans sa. chambre, on la déposa sur son JHi lit, mais les soins qui lui furent prodigués ne réussirent pas à la

ranimer. Elle restait inerte, insensible, malgré les efforts du docteur impuissant. Toutefois, elle respirait, elle vivait. J'en étais à me demander comment elle avait pu survivre à tant d'épreuves, comment cette dernière émotion ne l'avait pas tuée. . Plusieurs des. confrères du docteur Roderich étaient accourus à l'hôtel. Ils entouraient le lit de Myra, étendue sans mouvement, les paupières abaissées, la figure d'une pâleur de cire, la poitrine soulevée par les battements ir réguliers du cœur, la res-

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pi-ration, réduite à un souffle, un souffle qui pouvait s'éteindre d'un instant à l'autre ! . . Mare lui tenait les mains. Il pleurait. Il la suppliait,, l'appelait : « Myra... ma chère Myra !.. . »

D'une voix étouffée par les sanglots, M me Roderich répétait en vain :

« Myra... mon enfant... Je suis là... près de toi... ta mère... » La jeune fille ne rouvrait pas les yeux, et certainement elle ne l'entendait pas.

Cependant les médecins avaient essayé des remèdes les plus énergiques. Il sembla que la malade allait reprendra connaissance... Ses lèvres balbutièrent de vagues mots dont il fut impossible de saisir le sens, ses doigts s'agitèrent entre les mains de Marc, ses yeux se rouvrirent à demi... Mais- quel regard incertain, sous ces paupières à demi relevées ! Quel regard où manquait l'intelligence ! , .

Marc ne le comprit que trop. Tout à coup, il recula, en poussant ce cri :

ce Folle... Folle!.. »

Je me précipitai sur lui et le maintins avec l'aide du capitaine Haralan,'en me- demandant si, lui aussi, il n'allait pas perdre la raison. Il fallut l'entraîner dans une autre pièce où les médecins luttèrent contre cette crise,, dont l'issue aurait pu être fatale.

Quel serait le dénouement de ce drame? Y avait-il lieu d'espérer que Myra recotivrerait avec le temps son intelligence, que les soins triompheraient de l'égarement de son esprit, que cette folie ne serait que passagère?

Le capitaine Iïaralan, lorsqu'il se retrouva seul avec moi, me dit.:

« Il faut en finir !.. »

En finir?.. Comment Pentendait-iL? Que Wilhelm Storitz fût revenu, àRagz, quïiL fût l'auteur de cette profanation, nous- n'en

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pouvions douter. Mais où le rencontrer, et avait-on prise sur cet être insaisissable?

D'autre part, a quelle impression allait s'abandonner la ville? Voudrait-elle accepter une explication naturelle de ces faits? Ici nous n'étions pas en France, où, à n'en pas douter, ces prodiges eussent été tournés en plaisanterie et ridiculisés par des chansons. Il devait en être tout autrement en ce pays. J'ai déjà eu l'occasion de le noter, les Magyars ont une tendance naturelle au merveilleux, et la superstition, dans la classe ignorante, est indéracinable. Pour les gens instruits, ces étrangetés ne pou- . vaient résulter que d'une découverte physique ou chimique. Mais, quand il s'agit d'esprits peu éclairés, tout s'explique avec l'intervention du diable, et Wilhelm Storitz allait passer pour être le diable en personne.

En effet, il" ne fallait plus songer à cacher dans quelles conditions cet étranger, contre lequel le Gouverneur de Ragz avait signé un arrêté d'expulsion, était mêlé à cette affaire. Ce que nous avions tenu secret jusqu'alors ne pouvait plus rester dans l'ombre, après le scandale de Saint-Michel.

Dès le lendemain, la ville fut en ébullition. On rattacha les événements de l'hôtel Roclerich à ceux de la cathédrale. L'apaisement qui s'était fait dans le public fit place à de nouveaux troubles. Le lien qui unissait ces divers incidents, on le connut enfin. Ce nom de Wilhelm Storitz, clans toutes les maisons, dans toutes les familles, on ne le prononça plus sans qu'il évoquât le souvenir, on pourrait dire le fantôme d'un personnage étrange, dont l'existence s'écoulait entre, les murs muets et les fenêtres closes de l'habitation du boulevard Tékéli.

Qu'on ne soit donc pas surpris, si dès que la nouvelle fut connue, la population se porta vers ce boulevard, entraînée par .une force irrésistible, dont elle ne se rendait peut-être pas compte.

C'est ainsi que la foule s'était amassée dans le cimetière de

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Spremberg. Mais, là, les compatriotes du savant espéraient ~ assister à quelque prodige, et aucun sentiment d'animosité ne les poussait. Ici au contraire, il y avait une explosion de haine, un besoin de vengeance, justifiés par les actes d'un être malfaisant.

Qu'on n'oublie pas, d'autre part, l'horreur que devait inspirer à cette ville si religieuse le scandale dont la cathédrale venait d'être le théâtre.

Cette surexcitation ne pouvait que s'accroître. Le plus grand nombre ne voudrait jamais accepter une explication naturelle de ces incompréhensibles phénomènes.

Le Gouverneur de Ragz dut se préoccuper de ces dispositions de la ville, et enjoindre au chef de police de prendre toutes les mesures que réclamait la situation. Il fallait être prêt à se défendre contre les excès d'une panique, qui aurait pu avoir les conséquences les plus graves. En outre, à peine le nom de Wilhelm Storitz eut-il été révélé, qu'il fallut protéger la maison du boulevard Tékéli, devant laquelle se rassemblèrent des centaines d'ouvriers, de paysans, et la défendre contre l'envahissement et le pillage.

Cependant, mes idées évoluaient, et j'en arrivais à discuter sérieusement une hypothèse que j'avais, au premier abord,' repoussée de piano. Si donc cette hypothèse était fondée, si un homme avait le pouvoir de se rendre invisible, ce qui était incroyable, peut-être, mais ne me paraissait décidément plus contestable, si la fable de l'anneau de Gygès à la cour du roi Candaule était devenue une réalité, c'était la tranquillité publique absolument compromise. Plus de sécurité personnelle. Puisque Wilhelm Storitz était venu à Ragz et que nul n'avait pu l'y voir, rien ne s'opposait à ce qu'il y fût encore, sans qu'on eût le moyen de s'en assurer. Autre sujet de crainte, avait-il gardé pour lui seul le secret de cette découverte que lui avait probablement léguée son père? Son serviteur Hermann ne

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l'utili sait-il pas comme lui?" D'autres n'en feraient-ils p as usage à son profit ou au leur? Qui les empêcherait dès lors de pénétrer dans les. maisons quand et comme il leur plairait, de se mêler à l'existence des occupants? L'intimité des familles n'allait-elle, pas être détruite? Pour s'être enfermé chez soi, seraifr-on assuré d'y être seul, assuré de n'y p oint être entendu, comme de n'y point être vu à moins de se tenir en une obscurité profonde? Et, dehors, dans les rues, cette crainte perpétuelle d'être suivi, sans le savoir, par quelqu'un d'invisible, qui ne vous* perd pas des yeux et peut faire de vous ce qu'il veut!.. Quel moyen de se soxistraire aux attentats; de toutes' sortes rendues! faciles? N'était-ce pas, à bref délai, l'anéanti ssenient delà vie sociale?

On se rappela alors ce qui s'était passé sur la place du marché Col oman, ce dont le capitaine Haralan et moi nous avions été témoins . U n homme avait été vi olemment renversé , prétendait-il , par un agresseur invisible. Totxt portait à croire, maintenant, que cet homme avait dit la vérité. Sans doute, il avait été heurté au passage par Wilhelm Storitz, par Hermann ou par tout autre. . Chacun eut la pensée que cela pouvait lui arriver. A chaque pas, on était exposé à de pareilles rencontres.

Puis, certaines particularités revinrent à la mémoire, l'affiche des -publication s arrachée de son cadre à la cathédrale, et, lors de Ta perquisition du boulevard Tékéli, un bruit de pas entendu dans les chambres, cette fiole inopinément tombée et brisée.

Eh bien, il était là, lui, et, vraisemblablement, Hermann y était aussi. Ils n'avaient point quitté la ville aussitôt après la soirée des fiançailles, ainsi que nous le supposions, et cela expliquait l'eau savonneuse: de la chambre à coucher, le feu sur le four^ nèau de la cuisine. Oui ! tous deux assistaient aux perquisitions faites dans la cour, dans le jardin, dans la maison, et c'est en s'enfuyant qu'ils avaient: fait choir l'agent de police de gardëan pied de l'escalier. Si nous avions trouvé la couronne nuptiale

IL Y AVAIT UNE EXPL0%I#î DE HAINE... (PA&E 151 )

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dans le belvédère, c'est que Wilhelm Storitz, surpris par la perquisition, n'avait pas eule temps de l'enlever.

En ce qui me. concernait, les incidents qui avaient marqué mon voyage à bord de la Dorothée , lorsque je descendais le Danube de Pest à Ragz, s'expliquaient désormais. Le passager, que je croyais débarqué à Vukovar, était toujours à bord, et on ne l'y voyait pas !..

Ainsi, me,disais-je, cette invisibilité, il sait la produire instantanément. Il paraît ou disparaît à son gré, comme les magiciens grâce à leur baguette enchantée, et, en même temps que luimême, il peut rendre invisibles les vêtements qui le couvrent, mais non pas les objets qu'il tient à la main, puisque nous avons vu le contrat et le bouquet déchirés, la couronne emportée, les alliances lancées à travers la nef. Toutefois, il ne s'agit pas ici de magie, de mots cabalistiques, d'incantations, ni de sorcellerie. Restons dans le domaine des faits matériels. Evidemment, Wilhelm Storitz possède la formule d'une composition qu'il suffit d'absorber... Laquelle? Sans doute, celle que renfermait cette fiole brisée et qui s'est évaporée presque instantanément. Quelle est la formule de cette composition, voilà ce que nous ne savons pas, ce qu'il importerait de savoir, ce qii'on ne saura jamais peut-être!..

Quanta la personne de Wilhelm Storitz, alors même qu'elle est invisible, est-il donc impossible de la saisir? Si elle se dérobe au sens de la vue, elle ne se dérobe pas, j'imagine, au sens du toucher. Son enveloppe matérielle ne perd aucune des trois dimensions communes à tous les corps, longueur, largeur, profondeur. Il est toujours là, en chair et en os, comme on dit. Invisible, soit, intangible, non! Gela, c'est pour les fantômes, et nous n'avons pas affaire à un fantôme I

Que le hasard permette de le saisir par les bras, par les jambes, par la tête, si on ne le voit pas, du moins le tiendra-t-on. Et si étonnante que soit la faculté dont il dispose, elle ne

LE SECRET -BEi WILHELM STORITZ,

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M permettra; pas de passer à= travers les- murs d'une rprison. Ce n'était là que raisonnements, en somme acceptables,, que chacun* faisait probablement, mais, la situation n'en restait pas moins inquiétante, la sécurité publique compromise. On ne vivait plus- que clans, les transes. On ne, se sentait en sûreté, ni au dehors, ni à l'intérieur des maisons, ni la nuit, ni le jour. Le moindre bruit dans les chambres, un craquement du plancher, une persienne* agitée par le vent;, un gémissement de la girouette sur le toit, le bourdonnement d!un insecte^ aux oreilles, le: sifflement de la brise par une porte ou une fenêtre mal fermée,, tout paraissait suspect.- Pendant; le va-et-vient, de la vie. domestique* à table; pendant les repas-, le soir pendant la; veillée,. la nuit pendant le: sommeil, en admettant que le sommeil fût possible,, on ne savait jamais si quelque intrus ne s'était pas introduit, dans la maison, si Wilhelm. Storitz ou. quelque- autre n'était pas là, épiant vos démarches, écoutant vos paroles, pénétrant, enfin les plus intimes- secrets des familles.

Sans doute, il pouvait se faire que cet Allemand eût quitté Ragz et fût retourné à Spremberg.vToutefois, en y réfléchissant, — ce fut ravis du docteur et du capitaine; Haralan,. et. aussi celui du Gouverneur et du chef de. police — -. pouvait-on raisonnablement admettre que Wilhelm Storitz en eût fini avec ses déplorables attaques:? S'il avait laissé le « baillage de licence.,)) s'accomplir, c'est qu'il n'était pas t encore revenu de, Spreniberg. Mais, le mariage, même,, il; en avait interrompu la célébration, et, dans le cas; où Myra recouvrerait la raison, ne ; chercherait-il pas. à l'empêcher encore? Pourquoi la haine qu'il avait vouée à la famille Roderich serait-elle éteinte,, puisqu'elle, n'était pas satisfaite? Les menaces qui avaient, retenti dans la; cathédrale, ne répondaient-elles pas éloquemnient à ces questions?

Non,, le dernier mot de cette affaire n'était. pas, dit, ; et ou était eh xlroit: de tout çraindçe, en pensant aux moyens dont disposait ' cet homme pour laréalisationde ses projets de vengeance;.,

Je vis mon frère chanceler... (Page 158.)

En effet, si surveillé jour ; et nuit que fût l'hôtel Roderich, ne parviendrait-il pas à s'y introduire ? Une fois dans l'hôtel, n'agirait-il pas comme il lui conviendrait ?

On peut juger, d'après cela, de l'obsession des esprits, aussi bien de ceux qui se maintenaient dans le domaine des faits positifs, que de ceux qui s'abandonnaient aux exagérations d'une imagination superstitieuse.

Mais enfin, existait-il un remède à cette situation? Je n'en voyais aucun, je l'avoue. Le départ de Marc et de Myra ne l'eût pas changée. Wilhelm Storitz n'avait-il pas, en effet, le pouvoir de les suivre en toute liberté? Sans compter que Pétat clans lequel se trouvait Myra ne lui permettait guère de- quitter Ragz. Pour Pinstant, où était-il, notre insaisissable ennemi ? Nul n'eût été capable de le dire avec certitude, si une série d'événements ne nous eussent prouvé coup sur coup qu'il s'obstinait à séjourner au milieu d'une population qu'il bravait et terrorisait impunément. .

Le premier de ces événements faillit mettre notre désespoir au comble. Deux jours pleins s'étaient alors écoulés depuis la terrible scène de l'église Saint-Michel, sans qu'aucune amélioration se fût manifestée dans la santé de Myra, toujours privée de raison, toujours alitée, toujours entre la vie et la mort. Nous étions au 4 juin. Après le déjeuner, toute la famille Roderich, mon frère et moi compris, était réunie dans la galerie, et nous discutions avec animation la meilleure conduite à adopter, quand un éclat de rire véritablement satanique retentit à nos oreilles. Nous nous levâmes tous épouvantés. Marc et le capitaine Haralan, pris d'une sorte de frénésie, s'élancèrent d'un même mouvement vers la partie de la galerie d'où semblait venir cet effrayant écjat de rire, mais ce fut pour s'ai^rêter au bout de quelques pp,s. Tout se passa en deux secondes. En deux secondes, je vis fulgurer un éclair, comme celui d'une lame brillante décrivant danp la lumière sa courbe homicide; je vis mon frère chanceler, e^; le capitaine Haralan le recevoir dans ses bras...

Je mp précipitai à leur secours, au moment même où une voix — cet(;e voix que nous connaissions tous, à présent ! — prononçait fyvec l'accent d'une indomptable volonté :

« Jamais Myra Roderich ne sera la femme de Marc Vidal !.. Jan>ais ! »

Aussitôt, une violente poussée d'air fit vaciller les lustres, l'a

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porte du jardin rapidement ouverte et refermée battit à grand bruit, et nous comprîmes que notre implacable adversaire nous échappait une fois de plus.

Le capitaine Haralan et moi, nous étendîmes mon frère sur un divan, et le docteur Roderich examina sa blessure. Elle n'était pas grave heureusement. La lame du poignard avait glissé sur l'omoplate gauche de haut en bas, et tout se réduisait à une longue estafilade, qui, bien que fort impressionnante d'aspect, n'en serait pas moins guérie en peu de jours. Pour cette fois, l'assassin avait manqué son but. Mais en serait-il toujours ainsi?

Marc fut pansé, puis transporté à l'hôtel Temesvar, et je m'installai à son chevet, où, tout en le veillant, je m'absorbai dans l'examen du problème posé à ma sagacité et qu'il fallait rér souclre coûte que coûte sous peine de mort pour tant d'êtres qui m'étaient chers.

Je n'avais pas encore fait, je le confesse, le premier pas sur le chemin de la solution cherchée, lorsque d'autres événements survinrent, nullement dramatiques ceux-ci, mais plutôt bizarres, incohérents même, et qui me donnèrent fort à penser.

Le soir de ce même jour, 4 juin, une lueur puissante, qui fut aperçue de la place Kurzt et du marché Coloman, apparut à la plus haute fenêtre du beffroi. Une torche enflammée s'abais- . sait, se relevait, s'agitait, comme si quelque incendiaire eût voulu mettre le feu à l'édifice.

Le chef de police et ses agents, se jetant hors du poste central, atteignirent rapidement les combles du beffroi. La lumière avait disparu, et, comme M. Stêpark s'y attendait d'ailleurs^ on ne trouva personne. Sur le plancher gisait la torche éteinte d'où une odeur fuligineuse se dégageait, des étincelles résineuses glissaient encore sur la toiture, mais l'incendiaire avait disparu. Ou l'individu — disons Wilhelm Storitz — avait eu le temps de s'enfuir, oui! se ^dissimulait, introuvable, en un coin du beffroi.

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La foule amassée sur la place en fut pour ses cris de vengeance dont se riait le coupable.

Le lendemain, dans la matinée, nouvelle bravade jetée à la cité entière prise d'affolement.

Dix heures et demie venaient de sonner, lorsque retentit une sinistre volée de cloches, un funèbre glas, une sorte de tocsin d'épouvante.

Cette fois, ce n'était pas un homme seul qui aurait pu mettre en branle l'appareil campanaire de la cathédrale. Il fallait que Wilhelm Storitz fût aidé de plusieurs complices, ou tout au moins de son serviteur Hermann.

Les habitants se portèrent en foule sur la place Saint-Michel, accourant même des quartiers éloignés où ces coups de tocsin avaient jeté l'effroi. De nouveau, M. Stepark et ses agents s'élancèrent. Ils se précipitèrent vers l'escalier de la tour du Nord, en franchirent rapidement les marches, arrivèrent à la cage des cloches, tout inondée du jour qui passait à travers ses auvents. . . Mais en vain visitèrent-ils cet étage de la tour et la galerie supérieure... Personne! Personne!.. Lorsque les agents étaient entrés dans la cage où les cloches muettes achevaient de se balancer, les invisibles sonneurs avaient déjà disparu.

Ainsi donc, mes craintes se réalisaient. Wilhelm Storitz n'avait pas quitté Ragz et il était entré sans difficulté dans l'hôtel Roderich. Qu'il eût manqué son coup, soit! Mais cela ne garantissait nullement l'avenir. Ce qu'il avait essayé vainement de faille une première fois, il essayerait de le refaire, et peutêtre avec un meilleur succès. Il importait donc d'arrêter un plan de conduite qui nous garantît contre les attaques ultérieures de ce misérable.

Il ne me fut pas très difficile d'imaginer ce plan de conduite. Je résolus tout d'abord de réunir les diverses personnes menacées à un titre quelconque et d'organiser un système de défense tel qu'il fût impossible à personne de les approcher. J'étudiai soigneusement les moyens d'atteindre cet idéal, et, dès 'qu'ils furent trouvés, je les mis sans tarder à exécution.

Le matin du 6 juin, moins de quarante-huit hexires après l'attentat, mon frère, dont la blessure toute superficielle se cicatrisait déjà, fut transporté à l'hôtel Roderich et couché dans une chambre voisine de celle de Myra. Cela fait, j'exposai mon plan au docteur, qui, l'ayant approuvé entièrement, me donna carte blanche et déclara me considérer, à partir de ce moment, en quelque sorte comme le commandant d'une garnison assiégée. \ ■

Je fis aussitôt acte d'autorité. Laissant- un seul domestique à la garde de Maire et de Myra — il me fallait courir ce risque ! — je commençai une visite minutieuse et méthodique de l'hôtel,

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