‹ Le secret de Wilhelm StoritzChapitre 24 sur 29 · IK · texte numérisé non relu

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qamt. La toiïière, en atteignant la surface du corps opaque imprégné de ■ ©élite substance, se: décomposait, et les: rayons qui la .Constituent s©; transformaient tous indistinetem ent en ces radiations inconnues dont j'imaginais l'existence, Ces radiations traversaient donc librement ce corps, puis, subissant, au mû-ment d'en sortir, une transformation en sens contraire, reprenaient leurs différentes formés* 1 premières et impres sionnaient nos yeux comme si le corps opaque n'eût pas existé.

Sans doute, bien des points demeuraient obscurs. Commentexpliquer qu'on n'aperçût pas plus les vêtements de Wilhelm Storitz que lui-même, et que cependant les objets qu'il tenait à . la main demeurassent visibles ?

D'autre part, quelle était la substance capable d'engendrer des : effets aussi miraculeux? Cela, je ne le savais pas, et c'était fort regrettable en vérité, attendu que, si je l'avais su, j'aurais pu en faire usage et lutter contre notre ennemi à armes égales. Mais peut-être,- après tout, était-il possible de le vaincre, sans posséder cet ■avantage'? Je me posais, en effet, ce dilemme : Quelleque fût cette 1 substance inconnue, ou son action étaittransitolre, ou elle était perpétuelle. Dans le premier cas, Wilhelm Storitz était obligé d'en absorber de nouvelles doses à intervalles plus ou moins rapprochés. Dans le second, il lui fallait nécessairement détruire parfois l'effet de sa drogue par une autre drogue antagoniste, un contrepoison en quelque sorte, car il est des circonstances où l'invisibilité serait, non une Supériorité, mais une infériorité véritable. Dans les deux cas, Wilhelm Storitz était astreint, soit à fabriquer, soit à prendre dans une réserve préexistante la substance qu'il désirait employer, la quantité qu'il en pouvait posséder sur sa personne: n'étaùt ^évidemment pas illimitée,

- - 'Ge jalon posé, je- me demandai quel sens avaient ces sonneries de cloches, ces lumières agitées frénétiquement. Cela ne rimait à rien. C'était incohérent^ comme je l'ai- déjà fait ob server.

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LE .SISCJMT DE WILHELM STQIUTZ,

Qu'en conclure, sinon, que Wilhelnï Storitz,. giusé par- la. toute puissance qu'il s'attrihuaitî, en arrimait à. des gestes, d'insensé^ qu'ii ; glissait à lai folle ? . C'était là -une: éventualité favorable;, et; que 1' ex amen des faits; tendait à^ rendre plausible -.

C'est; en: vertu de, ces? divers.vraisQnnemênts- que; j^allài; trouver M . Stepark. . Je lui fis- part, de , mes réflexion s , et, drun? commun* accord,, il: fut; décidé. que la-maison du boulevard; TéMli serait gardée jour et.nuit par un cordon.diag.ents de police-oudeisoldatsy de telle sorte qu'il fût; matériellement impossible à ;son propriétaire de s'y introduire. Ain si, ce .dernier serait privé k la;fois ; de, son laboratoire et de sa> réserve secrète, si tant ! est; que .celle-ci existât. IL serait donc, condamné- par' la force des. choses,, soit; à reprendre Tapparence; humaine dans. un délai; plus. où moins, long, soit. à rester éternellement invisible, ce qui, le. cas -.échéant*; pourrait devenir pour lui une, cause de faiblesse. Nul; doute d'ailleurs, si l'hypothèse d'une folie naissante était fondée;, que cette folie ne fût surexcitée par les* obstac.les> opposés au t démenty et que.celui^ci n'en vint à commettre des imprudences qui nous le livreraient désarmé.

M;. Stepark ne lit aucunedifficulté pour me donner satisfaction. Lui aussi, mais pour d'autres motifs, il avait déjà pensé à isolerla: maison de Wilhelmv Storitz* Il jugeait cette ^ mesure' propre ^ calnierdans une certaine niesure la ville, si tranquille d'ordinaire^ heureuse au point d'être enviée, des . autres. cités> magyares, et: maintenant troublée; au delàxletoute imagination^ Je ne saurais; mieux la comparer qu'à une ville^dhua pays- envahi^ sous; lacerai nte perpétuelle du bombardement, alors que chacun se demande où: tombera le premier boulet, et : si sa maison ne ; sera pas Ja^ premier e 'détruite.

En effet, que;; n'àvait-ori; pas ; à- redouter de Wiihelm^ Storitz. puisqu'idrn'^aiépointquittéfe ville^ ainsi qu'il avait pris* s otelui^ même, à® le faire connaître à tous ? . ' Â- ' Phôtei Rioderiçli^ la ■* situation était encore; plus graves La^

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raison n'était pas revenue à l'infortunée Myra. Ses lèvres ne s'ouvraient que pour des paroles incohérentes, ses yeux hagards ne se fixaient sur personne. Elle ne nous entendait pas. Elle ne reconnaissait ni sa mère, ni Marc, qui fut bientôt capable de venir rejoindre M inc Rodërich au chevet de la malade, dans cette chambre de. jeune -fille, si joyeuse autrefois, si triste à présent. Etait-ce un délire passager, une crise dont les soins triompheraient? Etait-ce une folie incurable ? Qui l'eût pu dire? - Sa faiblesse était extrême, comme si les ressorts de la vie eussent été brisés en elle. Etendue sur son lit, presque sans mouvement, à peine si elle esquissait parfois un geste de la main. On était en droit de se demander alors si elle ne cherchait pas à déchirer ce voile de l'inconscience qui l'enveloppait, si elle n'essayait pas de manifester sa volonté. Marc se- penchait, il lui parlait, il s'efforçait de surprendre une réponse sur ses lèvres, un signe dans ses yeiix... Mais les yeux restaient fermés, et la main, à peine soulevée, retombait aussitôt. .

M mc Rodërich se soutenait par une extraordinaire force morale. A peine si elle donnait quelques heures au repos, parce que son mari l'y obligeait, et quel sommeil troublé par les cauchemars, interrompu au moindre bruit ! Elle croyait entendre marcher dans sa chambre. Malgré les précautions prises, elle se disait qu'il était là, lui, l'ennemi insaisissable, invisible, qu'il avait pénétré dans l'hôtel, qu'il rôdait autour de sa fille!.. Elle se relevait épouvantée, et. ne retrouvait un peu de tranquillité qu'après avoir vu le docteur ou Marc veillant au chevet de Myra. Si cette situation se prolongeait, il lui serait impossible d'y résister. -Chaque jour, plusieurs des confrères du docteur Rodërich venaient en consultation. La malade longuement et minutieuse^ ment examinée, on n'avait pu se prononcer sur cette inertie intellectuelle. Pas de réaction, pas de crise. Non, une mdifféreiice à toutes, les choses extérieures, une inconscience complète, une tranquillité de morte, devant laquelle l'art demeurait impuissant.

-Dès qu'il fut en état de se tenir debout, et ce fut- au bout de trois jours, mon frère ne quitta plus la chambre de Myra. De mon côté, je ne m'absentais guère de l'hôtel, si ce n'est pour me rendre à la Maison de Ville. M. Stepark me tenait au courant de tout ce qui se disait à Ragz. Par lui, je savais que la population était en proie aux plus vives appréhensions. Dans-- l'imagination populaire, ce n'était plus seulement Wilhelm Storitz, mais une bande d'invisibles formée par lui, qui avait envahi la ville livrée sans défense à leurs infernales machinations.

Le capitaine Haralan, par contre, était le plus souvent hors de notre, forteresse. Sous l'obsession d'une idée fixe, il parcourait incessamment les rues. Il ne me demandait pas de raccompagner. Avait-il donc en tête quelque projet dont il craignait que je ne voulusse le détourner ? Comptait-il sur lé'plus invraisemblable deshasards pour rencontrer Wilhelm Storitz? Attendait-il que celui-ci fut signalé à Spremberg pu autre part, pour tenter de le rejoindre? Certes, je n'aurais plus essayé de le retenir. Je l'aurais accompagné, au contraire, et je l'aurais aidé à nous débarrasser de ce malfaiteur. . -

Mais cette éventualité avait-elle quelque chance de se produire? Non, assurément. Ni à Ragz, ni ailleurs. . Dans la soirée du 11 juin, j'eus une longue conversation avec mon frère. Il m'avait paru plus accablé que jamais, et j'appréhendais qu'il ne tombât sérieusement malade. Il aurait fallu l' entraîner loin de cette ville, le. ramener en France, mais il n'eût jamais consenti à se séparer de Myra. Cependant, était-il donc impossible que la famille Roderich s'éloignât de Ragz pour quelque temps ? La question ne méritait-elle pas d'être étudiée? J'y pensais et je me promettais d'en parler au docteur.

Ce jour-là, en terminant notre entretien, je dis à Marc : . « Mon pauvre frère, je te vois prêt à perdre tout espoir; tu as tort. La vie de Myra n'est pas en danger, les médecins s'ont d'accord là-dessus. Si sa raison l'a abandonnée, c'est mômeix-

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